À Gahard, en Ille-et-Vilaine, Lucie Avezard fait vivre l’Atelier LUCAZE autour du verre filé à la flamme. Fileuse de verre depuis 2014 et perlière d’art, elle travaille principalement du verre sodocalcique, notamment du verre de Murano, à partir de baguettes et de tubes qu’elle porte à la chaleur du chalumeau. L’atelier Lucaze a été créé en 2017. Dans cet espace, la matière devient perle, bijou, accessoire ou objet décoratif, selon un travail entièrement façonné à la main. La pratique est contemporaine par ses couleurs et ses usages, tout en s’appuyant sur une technique verrière ancienne reconnue au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Le verre filé commence avec une baguette froide, dure et parfaitement stable avant son entrée dans la flamme. Sous l’effet de la chaleur, le verre se ramollit et devient suffisamment souple pour être étiré, enroulé ou modelé. Lucie Avezard observe la matière au fur et à mesure qu’elle chauffe et adapte son geste à sa viscosité. Une rotation régulière aide à conserver un volume centré ; un mouvement trop rapide ou une chaleur mal répartie pourrait déformer la pièce. Le travail demande donc de coordonner la main qui chauffe, celle qui tient le support et le regard qui suit la transformation du verre.
La perle se construit souvent par couches successives. Une première quantité de verre forme le cœur de la pièce, puis d’autres teintes peuvent être ajoutées pour créer des lignes, des points, des reliefs ou des effets de profondeur. L’artisane peut étirer la matière en fusion, utiliser des outils et jouer sur la gravité pour obtenir une silhouette particulière. La transparence laisse apparaître les couches internes, tandis qu’un verre plus dense absorbe davantage la lumière et donne une présence colorée. Une variation minime dans la température, la quantité de verre ou la vitesse de rotation suffit à différencier deux perles qui partagent pourtant la même intention.
Le refroidissement fait partie intégrante du savoir-faire. Après le façonnage, une perle ne peut pas être considérée comme terminée dès qu’elle quitte la flamme. Le passage de la chaleur intense à la température ambiante crée des tensions dans le verre ; la recuisson permet de les réduire progressivement et de stabiliser l’objet. Cette étape protège la pièce contre les fragilités liées à un refroidissement trop brutal. Elle rappelle qu’une création de petit format mobilise plusieurs temps : la préparation des couleurs et des outils, le façonnage, la finition, le refroidissement contrôlé, puis l’examen de la perle avant son montage ou sa présentation.
Les bijoux constituent un débouché majeur de cette production. Pendentifs, colliers, bagues et boucles d’oreilles utilisent la perle comme élément central d’une composition portée. Le verre apporte une couleur lumineuse, une surface parfois translucide et une sensation de légèreté visuelle. Le choix du support, de l’attache et de l’assemblage doit accompagner la forme sans la surcharger. Une perle destinée à une boucle d’oreille doit rester compatible avec le port ; un pendentif peut laisser davantage de place au volume ; une bague doit être étudiée pour que la partie en verre trouve un équilibre avec le doigt et le métal.
Les collections de l’Atelier LUCAZE associent plusieurs familles d’inspiration. Certaines évoquent les fleurs, les végétaux ou les gouttes ; d’autres font référence aux paysages marins, aux forêts, aux ciels étoilés ou aux contrastes de la couleur. Ces évocations ne sont pas des reproductions littérales de la nature. Elles passent par une nuance, une transparence, une courbe ou une combinaison de couches. Le motif se révèle différemment selon l’orientation de la perle et la lumière qui l’atteint. Le bijou devient ainsi un petit volume à observer, et pas seulement une surface colorée.
Le verre filé trouve aussi sa place dans des accessoires originaux. L’atelier réalise notamment des barrettes, des stylos, des rasoirs, des bijoux de sac et d’autres objets qui associent une perle ou un élément en verre à une fonction quotidienne. Cette adaptation impose de tenir compte de la prise en main, du poids, de la solidité de la fixation et de la manière dont l’objet sera rangé. Le verre reste fragile par nature, mais la conception peut éviter les contraintes inutiles en protégeant les parties exposées et en choisissant un montage cohérent avec l’usage. Chaque accessoire conserve néanmoins la singularité d’un travail manuel, avec des nuances et des proportions qui ne se répètent pas à l’identique.
Les arts de la table offrent un autre terrain d’expression. Une pièce en verre peut devenir un détail de service, un objet de présentation ou un élément décoratif autour d’un repas. Dans ce contexte, l’esthétique doit dialoguer avec la manipulation et le rangement. La forme ne se juge pas uniquement à l’arrêt : elle doit rester agréable à saisir et lisible dans l’espace d’une table. Les couleurs peuvent répondre à une vaisselle, à une nappe ou à une ambiance, tandis qu’une perle plus discrète peut accompagner un objet déjà très présent. Le travail sur mesure permet d’accorder le volume et le décor à un projet particulier, sans réduire la création à une série uniforme.
Lucie Avezard développe également des objets de décoration et des pièces d’exception. Le format devient alors plus libre, car le verre n’a pas nécessairement à supporter un usage répété ou à s’intégrer à un bijou. Une sculpture ou un objet peut jouer sur la répétition de petites formes, l’assemblage de couleurs et la relation entre transparence et opacité. Les collections puisent dans les paysages qui entourent l’atelier et dans l’idée d’une nature fragile à préserver. Cette orientation donne un fil conducteur à des créations très différentes : une pièce de décoration peut être plus ample qu’une perle, mais elle reste construite par le même dialogue entre chaleur, rotation, gravité et lumière.
La transmission occupe une place concrète à l’Atelier LUCAZE. Des ateliers de découverte, d’initiation et de perfectionnement permettent de comprendre la matière en la regardant se transformer dans la flamme. Les participants découvrent le rôle des baguettes, la nécessité de maintenir une distance avec la chaleur, la manière de déposer le verre et les précautions liées au refroidissement. Les formats peuvent s’adresser à des personnes qui souhaitent une première approche comme à celles qui veulent approfondir un geste. L’atelier organise également des démonstrations, qui rendent visible une pratique souvent difficile à observer dans la vie quotidienne.
L’accueil se fait sur rendez-vous, dans un cadre adapté à une activité qui demande de la concentration et une organisation précise. Une rencontre permet de regarder les pièces, de parler d’une couleur ou d’un usage, et de comprendre les différences entre une perle destinée à un bijou et un élément conçu pour un objet décoratif. Les personnes qui envisagent un atelier peuvent préciser leur expérience et leurs attentes afin de choisir un format cohérent. Pour une commande, les dimensions, la palette, le montage et la destination de la création donnent des repères utiles avant la fabrication.
La fabrication manuelle en Bretagne est au cœur de l’identité de LUCAZE. Le choix du verre, la construction des couches et le refroidissement ne sont pas séparés de la recherche esthétique : ils participent ensemble à la personnalité de chaque pièce. Une perle porte la trace du temps passé à la flamme, des décisions prises pendant le façonnage et des variations propres à la matière. Cette singularité peut se lire dans une transparence, une ligne colorée, une petite différence de volume ou une surface plus dense. Elle donne aux bijoux et aux accessoires une présence qui ne dépend pas d’une production standardisée.
À Gahard, Lucie Avezard relie donc la précision du verre filé à la flamme à un univers de bijoux, d’accessoires, d’objets décoratifs et de transmission. Les perles en verre sodocalcique et en verre de Murano sont chauffées, étirées, décorées puis stabilisées avec patience avant de rejoindre une création. Les collections explorent la couleur, les paysages et la lumière, tandis que les ateliers rendent les gestes accessibles à différents niveaux. L’Atelier LUCAZE propose ainsi une approche complète de la perle d’art : un travail de matière au chalumeau, une recherche de formes portables ou décoratives et une volonté de partager les étapes qui donnent au verre sa profondeur et son éclat.