Au Castellet, dans le Var, Nicolas Gérard crée des chaussures et des bottes sur mesure au sein de l’atelier Mes Propres Chaussures. Bottier passionné, il fabrique à la main des modèles pour femmes et pour hommes, en cherchant un équilibre entre confort, esthétique et robustesse. Derbies, mocassins, escarpins et bottines peuvent être dessinés selon une occasion particulière, un usage quotidien ou une envie de porter une paire qui ne ressemble à aucune autre. Le projet s’appuie sur un dialogue consacré à la forme, au cuir, au daim, à la couleur, au semelage et aux finitions.
La démarche de Nicolas Gérard est nourrie par un intérêt ancien pour la botterie traditionnelle et par son expérience dans le domaine de l’orthopédie. Le sur mesure y répond déjà à des besoins de morphologie et de confort. Cette double pratique aide à regarder le pied comme une structure en mouvement, avec des appuis, des zones de pression et des différences entre les deux côtés. Une chaussure élégante doit accompagner la marche, tenir le pied et rester agréable au fil de la journée. Le choix d’une ligne, d’un talon ou d’une largeur ne peut donc pas être séparé de la manière dont la paire sera portée.
La première étape d’une création consiste à définir les grandes lignes du modèle. Le type de chaussure, le style général, la hauteur éventuelle du talon et le type de semelage sont discutés avec le bottier. Le cuir, le daim et d’autres matières nobles apportent des aspects différents au toucher et à la lumière. Une peau lisse peut souligner une ligne formelle ; un daim donne une présence plus mate et souple ; une patine ou une teinte particulière renforce la personnalité du modèle. L’échange permet également d’estimer le temps de fabrication, le prix de l’ouvrage et les modalités de paiement avant d’aller plus loin.
Un second rendez-vous sert à finaliser le dessin et à prendre les mesures. Le croquis détaillé précise la forme de la tige, le bout, les quartiers, les garants, les ouvertures et les éléments décoratifs. Les mesures peuvent être prises à l’atelier ou au domicile, selon la situation. La forme en bois qui servira au montage est adaptée à la morphologie du pied. Elle traduit la longueur, la largeur, la hauteur de cou-de-pied et la place des orteils. Cette préparation conditionne le confort final : une forme trop étroite comprimerait l’avant-pied, tandis qu’un volume trop large manquerait de maintien.
Le patronage transforme le dessin en pièces de cuir. Chaque élément doit être découpé avec précision pour se rejoindre sans tension excessive. Les lignes du modèle, les marges de couture et le sens du cuir sont pris en compte avant la coupe. Le montage réunit ensuite la tige, la doublure, la première et la semelle selon la construction retenue. La qualité d’une chaussure dépend autant de la régularité des coutures que de la préparation du support. Les gestes anciens, réalisés avec de vieux outils et une attention constante, donnent au bottier la possibilité de corriger une ligne ou d’ajuster un détail au fur et à mesure.
Le premier essayage intervient lorsque les formes sont mises aux mesures. Il permet d’observer le maintien, les points de contact et la liberté des orteils avant la finition définitive. La personne peut signaler une gêne, une pression ou une sensation de volume insuffisant. Le bottier ajuste alors la forme, la tige ou le semelage dans la mesure permise par la construction. L’essayage est aussi le moment de confirmer la couleur, la patine, les éléments de décoration et la hauteur de la semelle. Cette phase évite de réduire le sur mesure à une simple prise de pointure : la paire se construit autour d’un pied réel et d’un usage concret.
Les modèles féminins et masculins peuvent recevoir des choix très variés. Une bottine peut être dessinée pour une cheville fine ou pour porter un pantalon. Un escarpin doit associer le maintien du contrefort, la stabilité du talon et la ligne souhaitée. Un mocassin privilégie l’aisance d’enfilage et la souplesse de la tige. Un derby peut offrir un laçage plus ouvert et s’adapter à un pied qui varie au cours de la journée. Les détails comme les perforations, les surpiqûres, la couleur des tranches ou la forme du bout donnent au modèle une identité sans compromettre sa fonction.
Le semelage joue un rôle dans la marche, l’adhérence et la durée de vie. Une semelle en cuir accompagne une chaussure habillée et peut être entretenue ou remplacée selon sa construction. Une solution plus résistante peut convenir à un usage régulier ou extérieur. Le choix se fait en rapport avec la saison, le terrain, le poids de la personne et le style du modèle. La finition des bords, le talon, les couches de protection et la manière de poser la semelle influencent le confort. Le bottier présente les possibilités et leurs contraintes avant de lancer la fabrication.
L’atelier s’adresse aussi aux personnes qui rencontrent des difficultés de chaussage ou qui doivent porter une paire dans un contexte professionnel. Une personne debout plusieurs heures, un musicien, un commerçant ou un professionnel en déplacement n’a pas les mêmes attentes qu’une personne qui cherche une paire pour une cérémonie. Les mesures, les appuis et les matières sont alors choisis pour préserver le confort sur la durée. L’expérience en orthopédie permet de comprendre que la beauté d’une chaussure ne se sépare pas de la stabilité, de la répartition des pressions et de la liberté de mouvement.
La livraison intervient après les derniers ajustements et la confirmation du résultat. La paire est remise avec les conseils d’entretien correspondant au cuir, au daim ou au type de semelage. Une chaussure faite main peut présenter de petites variations de grain ou de couleur, liées à la matière naturelle et au travail artisanal. Ces marques participent à son caractère ; elles demandent néanmoins un entretien régulier, un séchage à l’écart d’une chaleur directe et un rangement qui respecte la forme. La rotation entre plusieurs paires permet également au cuir de retrouver son équilibre après le port.
Mes Propres Chaussures reçoit les demandes au Castellet et peut se déplacer plus loin le week-end pour faciliter les prises de mesure. Une personne qui prépare un projet peut réunir ses chaussures habituelles, décrire les zones de gêne, préciser le contexte de port et apporter quelques images de modèles appréciés. Le bottier pourra ensuite proposer un dessin, un choix de matières, un calendrier et un semelage cohérents. L’atelier du Castellet fait ainsi vivre une botterie artisanale où la forme, le patronage, le montage et la finition convergent vers une paire pensée pour un pied et une histoire singuliers.