À Plomodiern, dans le Finistère, Michel Fagon Créations imagine et réalise du mobilier contemporain en associant le bois massif et le métal. L’atelier MFC travaille des meubles, des pièces uniques et des petites séries dont les lignes épurées laissent apparaître la personnalité de chaque matière. Le chêne, le frêne, l’if et le noyer d’origine française rencontrent la tôle d’acier et le fer plat. Cette combinaison donne naissance à des buffets, bureaux, bibliothèques, colonnes, étagères, consoles, tables, assises, miroirs et luminaires. La recherche porte autant sur l’usage que sur l’équilibre visuel entre une matière organique et une matière minérale.
Michel Fagon est ébéniste de formation et titulaire d’un BTS Fabrication industrielle du mobilier. Son parcours s’est ensuite déroulé pendant plus de vingt-cinq ans dans la construction de décors pour le théâtre et l’opéra. Cette expérience a développé une connaissance de la machinerie, des accessoires, des structures solides et démontables, ainsi que de la conception de la lumière. Elle continue d’influencer sa manière de penser un meuble : une pièce doit avoir une présence, une logique constructive et une relation claire avec l’espace qui l’accueille. Le passage du décor à l’ébénisterie ne constitue donc pas un changement complet, mais une réunion entre une culture de la scène, la précision du mobilier et le travail direct des matériaux.
Sara Fernandez participe à l’aventure de l’atelier. Originaire de Grenade, en Andalousie, elle a étudié l’architecture avant de consacrer de nombreuses années au théâtre comme artiste dramatique. Son regard sur les volumes et l’espace nourrit les projets de MFC. Les deux parcours se rejoignent dans une façon de concevoir où il faut rêver une forme, la dessiner, en comprendre les proportions, la fabriquer et la mettre en relation avec son environnement. Le mobilier devient ainsi le résultat d’un échange entre une sensibilité au bois, une connaissance des structures métalliques et une attention particulière aux usages de la pièce.
MFC a été créé en 2015 avec le désir de travailler des matières nobles et de mettre en œuvre les acquis de la scénographie. L’atelier s’organise autour de deux axes : les pièces uniques et les petites séries d’une part, la création sur mesure d’autre part. Les petites séries restent limitées, avec trois à dix œuvres au maximum selon les collections. Cette échelle permet de conserver une fabrication suivie et de porter une attention précise aux détails. Une même ligne peut être reprise dans plusieurs exemplaires, mais le bois, les finitions et les ajustements donnent à chaque meuble une présence propre.
La création sur mesure commence par la compréhension d’un besoin particulier. Une dimension, une forme, une essence de bois ou une manière d’utiliser un meuble peuvent orienter le projet. Le dessin sert à confronter l’idée à l’espace disponible et aux contraintes de fabrication. Une bibliothèque doit accueillir des objets et rester stable ; un bureau doit proposer une surface confortable et organiser les éléments utiles ; une console doit trouver sa place sans alourdir le passage. La forme est donc travaillée en relation avec la fonction, la circulation et la matière choisie. Les projets visibles dans les collections peuvent servir de point de départ à une déclinaison personnelle, sans réduire la demande à une reproduction mécanique.
L’esthétique de l’atelier repose sur la rencontre de deux sensibilités. Le bois massif apporte ses fibres, ses nuances, son toucher et sa chaleur. Le métal offre une résistance, une finesse de profil et une capacité à être plié, cintré ou soudé. La tôle d’acier et le fer plat multiplient les possibilités de structure. Un fer plat peut devenir un piétement, une ceinture qui entoure un plateau ou une ligne qui prolonge une façade. Une tôle peut former une étagère, une enveloppe ou un élément qui contraste avec la surface du bois. La construction reste lisible : les assemblages et les portées participent à l’apparence au lieu d’être dissimulés derrière un décor ajouté.
Le travail du métal comprend le pliage, le cintrage et la soudure à différents angles. Ces opérations transforment un profil droit en élément porteur ou en détail graphique. Le choix d’un angle modifie la silhouette, la façon dont la lumière se pose sur la pièce et la relation entre le métal et le plateau. La soudure doit accompagner cette géométrie sans perturber les lignes. Une fois la structure réalisée, les surfaces sont préparées pour recevoir une finition adaptée. Le métal peut rester présent par son aspect sombre et minéral, tandis que le bois apporte la variation de ses veines. L’ensemble recherche une tension entre netteté des lignes et présence tactile des matériaux.
Les essences travaillées sont principalement le chêne et le frêne, avec parfois l’if et le noyer, tous d’origine française selon l’atelier. Chaque essence possède une couleur, une fibre et une réaction propres au ponçage et à la finition. Le chêne peut donner une structure visuelle forte à un plateau ou à une façade. Le frêne apporte une lecture plus claire et un dessin de fibre qui accompagne les lignes droites. L’if et le noyer introduisent d’autres nuances pour un projet qui demande une présence différente. Le choix du bois intervient donc dans le dessin général du meuble et pas seulement dans sa teinte finale.
La chaîne de fabrication est prise en charge de l’idée à la finition. Après la conception viennent la réalisation des éléments en bois et en métal, l’assemblage, la préparation des surfaces puis les traitements de protection. Le ponçage fait disparaître les aspérités et prépare le toucher. Les teintes peuvent renforcer ou nuancer la couleur naturelle. Les cires et les huiles donnent une profondeur à la surface tout en laissant perceptibles les fibres du bois. Le métal reçoit également des soins de préparation et de finition. L’atelier dispose d’une cabine de peinture pour appliquer des vernis ou des peintures lorsque le projet le demande. Chaque décision transforme la manière dont la lumière glisse sur le meuble et dont il sera perçu au quotidien.
Le souci du toucher est lié à cette succession de gestes. Une table se découvre par le bord du plateau, une console par la douceur d’une surface, un tiroir par la régularité de son mouvement et une étagère par la précision de ses jonctions. Le ponçage, la cire ou l’huile ne sont pas des étapes purement visuelles : ils influencent la sensation lorsque la main rencontre le bois. La finition doit aussi rester cohérente avec l’usage. Une pièce destinée à être manipulée régulièrement ne reçoit pas exactement la même attention qu’un élément décoratif placé à distance. L’ébéniste cherche un équilibre entre la protection, la facilité d’entretien et l’expression de la matière.
Les collections couvrent plusieurs usages de la maison. Les buffets peuvent intégrer des rangements et une façade qui donne au bois une lecture continue. Les bureaux et bibliothèques associent des surfaces de travail, des niches ou des étagères à une structure précise. Les colonnes et les étagères jouent davantage sur la verticalité, la profondeur et la façon de présenter des objets. Les consoles peuvent être légères dans leur silhouette tout en reposant sur une construction stable. Les tables et les assises mettent en évidence la rencontre entre un plateau, un piétement et les gestes de finition. Les miroirs et les luminaires prolongent la recherche vers des objets où le métal guide la lumière et où le bois apporte un cadre ou un contrepoint.
La collection Ceinture illustre clairement le dialogue entre les deux matériaux. Un fer plat entoure le bois et s’y encastre pour devenir un élément porteur. La jonction à quarante-cinq degrés prolonge les lignes du plateau jusque dans le piétement. Selon le modèle, une étagère en tôle cirée ou un tiroir en applique complète la construction. Le meuble ne cherche pas à imiter une forme organique : il assume une géométrie faite de retours, de prolongements et de rencontres. Le bois reste le centre de la pièce, tandis que le métal l’accompagne et lui donne une structure lisible.
La pièce unique appelée Servante puise dans l’histoire du théâtre. Dans ce monde, la servante désigne une veilleuse laissée allumée sur une scène vide. L’atelier transpose cette évocation dans une sculpture en fer plat plié qui encadre plusieurs modules, deux tiroirs et un miroir à hauteur variable. Le miroir glisse le long d’une tige arrière et se bloque par porte-à-faux. Le meuble associe ainsi un récit lié aux coulisses, une fonction de rangement et une recherche sur la mécanique d’un élément mobile. Le chêne massif et le fer plat ne sont pas choisis comme une simple opposition de couleurs : ils relient la chaleur d’un matériau travaillé à la main et la mémoire industrielle de la machinerie.
Les projets destinés à des espaces professionnels montrent une autre dimension de l’activité. L’atelier a réalisé du mobilier pour un établissement hôtelier, notamment des tables de nuit et des éléments inspirés par la collection Cosmos. Un meuble installé dans un lieu recevant du public doit respecter les dimensions, la résistance et la circulation propres à son environnement. Le dessin doit conserver son caractère tout en répondant aux contraintes de la pièce. La fabrication sur mesure permet d’ajuster la largeur, la hauteur, les rangements et les finitions à un projet d’aménagement. Le savoir-faire scénographique de Michel Fagon trouve ici un prolongement naturel dans la relation entre mobilier et architecture.
Le mobilier MFC peut aussi entrer en dialogue avec des architectes et des designers. L’atelier se dit ouvert au partenariat pour étudier la réalisation d’un projet imaginé par un professionnel. Ce type de collaboration demande de traduire une intention en choix de matières, de sections, d’assemblages et de finitions. Le dessin d’un meuble peut être fourni par un tiers, mais sa faisabilité dépend de la stabilité, des tolérances, du transport et de l’usage. Les échanges servent à faire évoluer la proposition sans perdre l’idée qui l’a fait naître. Le travail de l’ébéniste intervient alors autant dans la mise au point que dans la fabrication.
La démarche MFC se rattache au slow made, une approche qui redonne de la valeur au temps nécessaire pour concevoir, produire et utiliser un objet. Dans l’atelier, cette idée se traduit par une fabrication qui laisse une place à la recherche, au geste, à la pratique et à la transmission. Elle rejoint aussi le choix de matériaux durables et d’essences françaises. Un meuble n’est pas pensé comme une forme vite remplacée, mais comme une pièce qui doit trouver sa place dans un intérieur et accompagner son usage. La conception, la qualité des surfaces, la possibilité d’un projet personnalisé et le certificat d’authenticité signé participent à cette relation de durée.
Les objets présentés dans la galerie sont classés en pièces uniques, petites séries, créations sur mesure et réalisations d’atelier. Cette organisation rend visibles des échelles de travail différentes. Une pièce unique peut concentrer une idée de structure ou un détail mécanique qui ne sera pas reproduit. Une petite série permet de développer une famille de formes tout en conservant un nombre limité d’exemplaires. Le sur-mesure part d’un besoin particulier et demande un dialogue plus étroit autour des dimensions et des usages. Dans chaque cas, le bois et le métal sont traités avec la même exigence de préparation, de finition et de cohérence.
À Plomodiern, Michel Fagon Créations développe ainsi une ébénisterie contemporaine fondée sur l’alliance du bois massif et du métal. Le parcours de Michel Fagon dans le mobilier et la scénographie, le regard de Sara Fernandez sur l’espace, la maîtrise du pliage et de la soudure, le travail des essences françaises et le soin des finitions forment une pratique identifiable. Buffets, bureaux, bibliothèques, tables, consoles, luminaires, pièces uniques et projets personnalisés prolongent une même recherche : construire des meubles utiles, précis et singuliers, dont la ligne vient de la rencontre entre la matière organique du bois et la structure minérale du métal.