À Bagnères-de-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées, Celia Pascaud conçoit et fabrique les bijoux, tableaux et sculptures d’Archipel de verre. Son travail transforme le verre en objets aux formes épurées et aux couleurs mesurées, avec une apparence mate, translucide et minérale. Chaque pièce évoque un paysage réduit à quelques éléments : une île, une roche, une mer, une montagne ou une ligne d’horizon. La créatrice verrière s’intéresse à la capacité du verre à devenir doux, soyeux et presque pierreux, tout en conservant une relation avec la lumière.
L’univers d’Archipel de verre se construit comme un ensemble de paysages miniatures. Un bijou peut porter une forme qui rappelle un caillou poli par l’eau, une surface qui évoque une roche ou une transparence qui suggère une profondeur. Le verre n’est pas traité comme une matière brillante destinée à attirer le regard par son éclat seul. Celia Pascaud cherche plutôt à révéler des qualités moins attendues : le mat, le translucide, la douceur visuelle et la densité. Cette approche donne aux créations une présence contemplative, à mi-chemin entre l’objet à porter et le petit fragment de paysage.
Les bijoux Archipel de verre sont entièrement réalisés à l’atelier. Les formes et les couleurs restent épurées afin que la matière conserve sa place. Une pièce peut être portée sur le corps, mais elle peut aussi être regardée comme une petite composition autonome. Le bijou devient alors un volume qui accompagne un mouvement et change selon la lumière, la distance et le vêtement. Une surface mate absorbe davantage le regard qu’une surface très réfléchissante ; une zone translucide laisse apparaître des passages lumineux ; une épaisseur différente peut donner au verre une sensation de profondeur.
La créatrice travaille principalement avec les techniques du fusing et de la pâte de verre. Le fusing consiste à réunir des morceaux ou des éléments de verre par la chaleur dans un four verrier. La pâte de verre s’appuie sur des poudres et des grains de verre colorés, placés dans un moule ou organisés à l’aide d’un pochoir avant la fusion. La préparation joue un rôle décisif : elle détermine la répartition des couleurs, les contours, les superpositions et la manière dont la lumière traversera la pièce après cuisson. Le four transforme cet assemblage en une forme qui doit ensuite être refroidie avec soin.
Le refroidissement fait partie du processus de fabrication. Le verre chauffé ne peut pas être travaillé comme un matériau immédiatement stable. Il doit retrouver progressivement une température qui permette de poursuivre les étapes sans créer de rupture. Une fois la pièce refroidie, Celia Pascaud la meule, la façonne, la polit et la perce selon l’objet auquel elle est destinée. Ces opérations retirent certaines irrégularités, précisent la silhouette, adoucissent les bords et préparent le montage. Une pierre de verre destinée à devenir un pendentif ou une boucle d’oreille ne demande pas exactement les mêmes attentions qu’un élément destiné à un tableau.
Le travail de surface permet de maîtriser la relation entre le verre et la lumière. Le meulage peut modifier un bord, révéler une épaisseur ou donner une transition plus douce entre deux zones. Le polissage apporte une autre qualité au toucher et à la réflexion. Une partie peut rester mate tandis qu’une autre laisse apparaître un éclat plus net. Ces différences créent une lecture par couches. Le regard découvre d’abord la forme générale, puis les variations de surface, les nuances et les détails qui donnent au volume sa singularité.
Le perçage intervient lorsque la pièce doit être montée en bijou ou reliée à un élément de fixation. Cette étape demande de tenir compte de l’épaisseur et de la résistance du verre. L’ouverture doit être placée de manière à respecter la forme et l’équilibre de l’objet. Elle ne doit pas affaiblir une zone trop fine ni perturber la composition. Le montage vient ensuite relier la pièce de verre à une chaîne, un support ou une partie métallique. Celia Pascaud réalise parfois des éléments en argent ou en laiton pour compléter ses créations.
L’association du verre et du métal donne une place différente à chaque matériau. Le verre apporte la couleur, la transparence, la densité et la forme principale ; l’argent ou le laiton peut assurer le lien, soutenir le volume ou souligner une partie du dessin. Le montage doit rester discret lorsque la pièce de verre est conçue comme un paysage. Il peut aussi devenir un élément visible de la composition, en faisant dialoguer une ligne métallique avec une forme minérale. La finition rassemble ces choix pour que l’objet soit agréable à porter ou à regarder.
Les tableaux d’Archipel de verre prolongent cette recherche au-delà du bijou. Un tableau offre davantage d’espace pour organiser des masses, des intervalles et des effets de profondeur. Les poudres et les grains peuvent former des reliefs ou des zones colorées qui se répondent à distance. Une composition murale peut évoquer un territoire sans le représenter de manière descriptive. Le verre devient une surface qui garde une part de silence : les formes suggèrent un paysage, mais laissent au regard le temps de construire ses propres associations.
Les sculptures donnent au verre une présence encore plus volumique. Une forme sculptée se regarde depuis plusieurs côtés et change avec son environnement. La lumière glisse sur ses surfaces, se bloque dans certaines épaisseurs ou traverse des zones plus claires. Le déplacement du regard révèle des différences entre la face, le bord et le revers. Une sculpture en verre ne dépend donc pas seulement de son contour. Sa densité, ses irrégularités et sa capacité à réfléchir ou à diffuser la lumière participent à son expression.
Celia Pascaud décrit sa démarche comme poétique et contemplative, centrée sur la matière et le rapport au paysage. Les créations ne cherchent pas à reproduire exactement une montagne, une mer ou une roche. Elles retiennent plutôt une sensation : la douceur d’une forme érodée, la présence d’un horizon, la variation d’une surface minérale ou la rencontre entre opacité et transparence. Cette manière de travailler permet à chaque pièce de rester ouverte. Le verre donne une forme à une impression sans la réduire à une image unique.
La formation de Celia Pascaud s’appuie sur le Centre Européen de Recherche et de Formation aux Arts Verriers. Elle y obtient un diplôme de Créateur Verrier Européen et un CAP de verrier décorateur. Elle complète cet apprentissage par des stages en France et en Europe auprès de verriers et d’artistes. Ce parcours relie les bases techniques du matériau à la recherche personnelle. Comprendre les températures, les poudres, les moules, les supports et les finitions permet ensuite de travailler avec davantage de liberté sur les formes et les couleurs.
Le fusing et la pâte de verre demandent une préparation précise, mais le résultat conserve une part de transformation. Les grains se rapprochent, les couleurs se rencontrent et les contours peuvent évoluer sous l’effet de la chaleur. La créatrice doit anticiper les réactions du verre sans pouvoir réduire la cuisson à une simple reproduction mécanique. Le moule ou le pochoir organise le départ ; la fusion donne à l’ensemble sa cohésion ; la meule, le polissage et le montage révèlent ensuite la forme définitive. Le travail artisanal se situe dans cette continuité entre prévision, observation et ajustement.
Les couleurs d’Archipel de verre restent volontairement contenues. Une gamme épurée permet de faire apparaître les effets de texture et les différences de transparence. Un ton plus profond peut donner du poids à une partie du volume, tandis qu’une zone claire ouvre le passage de la lumière. Les couleurs ne sont pas séparées de la forme : elles modifient la manière dont le relief est perçu et peuvent faire paraître une surface plus lointaine, plus dense ou plus légère. Le choix chromatique accompagne ainsi la sensation de paysage.
Les bijoux, tableaux et sculptures sont des pièces originales fabriquées artisanalement en France. Leur réalisation manuelle implique de légères différences entre des objets qui appartiennent pourtant à une même famille. Une variation de grain, de transparence, de contour ou de nuance peut apparaître d’une cuisson à l’autre. Cette singularité n’est pas une imperfection à dissimuler ; elle témoigne du rapport entre une préparation précise et la transformation du verre par la chaleur. Chaque pièce conserve ainsi une identité propre.
Les créations ont été exposées dans des galeries et des musées en France et à l’étranger, et Celia Pascaud participe régulièrement à des salons consacrés aux métiers d’art. Ces présentations permettent de découvrir le verre dans des formats différents et de comprendre les relations entre les bijoux, les tableaux et les sculptures. Une pièce portée se découvre dans le mouvement ; un tableau se lit dans la lumière d’un mur ; une sculpture impose un déplacement autour du volume. Le même vocabulaire minéral peut donc prendre des formes et des usages variés.
Celia Pascaud est membre des Ateliers d’Art de France depuis 2015 et du réseau européen Homo Faber Guide depuis 2020. Ces engagements situent Archipel de verre dans des réseaux consacrés à la création et aux savoir-faire métiers d’art. Ils accompagnent une démarche qui reste centrée sur l’expérimentation du verre, la fabrication manuelle et le rapport au paysage. L’atelier conserve une dimension personnelle tout en s’inscrivant dans un ensemble professionnel plus large.
À Bagnères-de-Bigorre, Archipel de verre fait du verre une matière de contemplation et de mouvement. Les poudres et grains fusionnés au four deviennent des formes meulées, façonnées, polies et montées pour le corps ou la maison. Le fusing et la pâte de verre permettent de créer des bijoux, tableaux et sculptures aux apparences mates, translucides et minérales. Chaque objet évoque un paysage sans le copier, en associant la précision du geste, la transformation par la chaleur et une recherche sur la lumière. Celia Pascaud développe ainsi un univers où une petite forme peut contenir la sensation d’une île, d’une roche, d’une mer ou d’une montagne.