À Sèvres, Rémi Dufour exerce le métier de peintre-décorateur sur porcelaine au sein de la Manufacture nationale. Son travail s’inscrit dans la continuité d’un atelier où la précision du dessin, la connaissance des couleurs et la maîtrise des cuissons se rencontrent. Il ne considère pourtant pas la porcelaine comme un territoire fermé. Le verre, la peinture sur verre et le vitrail occupent également une place structurante dans son parcours. Ces matières conduisent sa recherche vers la lumière, la transparence, l’opacité et les transformations provoquées par le feu.
Le dessin constitue le socle de cette pratique. Rémi Dufour a étudié les disciplines classiques du dessin et l’illustration jeunesse à l’Institut Saint-Luc de Tournai, en Belgique. Il y a développé l’observation, le trait, l’image et la couleur comme des moyens de comprendre puis de représenter une forme. Ses premiers repères artistiques remontent aussi à l’atelier de son père, le sculpteur François Dufour. Les volumes expressifs, les couleurs affirmées et l’humour de cet univers familial ont nourri une sensibilité qui relie aujourd’hui la surface peinte à la perception du relief.
Cette formation explique l’attention qu’il porte à la ligne. Sur une porcelaine, le peintre intervient sur un support qui possède déjà une forme et une présence. Le dessin doit respecter cette architecture tout en la faisant évoluer visuellement. Rémi Dufour cherche à suggérer un volume sur une surface peinte, à donner du mouvement à une composition et à ménager un équilibre entre les couleurs. La nature humaine, la morphologie, la flore et le monde animal alimentent son vocabulaire. Il ne s’agit pas seulement de reproduire un motif, mais d’organiser une image dont le sens peut se révéler progressivement au regard.
En 2010, il réussit le concours d’entrée de la Manufacture nationale de Sèvres. Il se forme ensuite pendant cinq années dans l’atelier de peinture, auprès de plusieurs professionnels expérimentés, notamment Agnès Derue. Cet apprentissage prolongé lui permet d’acquérir les gestes propres au décor sur porcelaine et de participer à la production de la Manufacture. Le rapport d’activité 2014 de l’établissement mentionne sa réussite au concours de technicien d’art et son entrée dans les équipes de production. Le parcours associe ainsi formation artistique, apprentissage de métier et exercice au cœur d’une institution consacrée à la céramique.
La peinture sur porcelaine exige une anticipation particulière. Les couleurs visibles pendant le travail ne correspondent pas toujours exactement à leur apparence après cuisson. À Sèvres, les peintres utilisent des couleurs préparées par le laboratoire de la Manufacture pour les pâtes tendres ou dures. Elles leur parviennent sous forme de poudres, puis sont travaillées avec des liants et testées sur des palettes. Ces essais aident à apprécier la compatibilité avec l’émail et les variations de teinte produites par l’épaisseur. L’œil du peintre doit donc lire à la fois l’état présent du décor et le résultat que le feu pourra révéler.
Les décors peints sont réalisés sur des formes déjà émaillées et cuisent au petit feu, à une température inférieure à 1 000 °C. La peinture avance par étapes successives, séparées par des temps de séchage et par plusieurs cuissons appelées repiques lorsqu’il faut renforcer l’intensité d’une couleur. Chaque passage modifie la pièce et engage la suite du travail. Rémi Dufour souligne lui-même combien l’action du feu sur la matière et les couleurs a éveillé sa curiosité. Dans ce contexte, patience et concentration ne sont pas des qualités abstraites : elles accompagnent chaque décision de trait, de nuance et de cuisson.
Le support impose également sa géométrie. Peindre une plaque plane peut se rapprocher de certains gestes de la peinture de chevalet. Sur un vase ou une forme convexe, le motif doit être adapté afin qu’il paraisse juste une fois regardé dans l’espace. Les lignes se déplacent visuellement autour du volume, les proportions doivent être corrigées et le décor se découvre selon plusieurs angles. La rigueur du dessin acquise par Rémi Dufour intervient ici comme un outil de construction. Elle lui permet de relier la représentation à la forme réelle de la porcelaine au lieu de traiter la surface comme une simple feuille.
La Manufacture fait alterner de nombreux métiers de décoration et des cuissons à des températures différentes. Couleurs de grand feu, couleurs de petit feu, fonds colorés, filage, dorure et brunissage peuvent intervenir selon les pièces. Un objet bleu, peint et doré peut ainsi passer au four au moins huit fois. Rémi Dufour travaille dans cet environnement collectif, où l’intervention d’un peintre prend place dans une chaîne de compétences très spécialisées. La singularité du geste individuel doit rester compatible avec les propriétés de la pâte, de l’émail et des autres décors qui composent l’œuvre.
Pour ses peintures sur porcelaine, il nourrit son regard par l’histoire et par les artistes qui l’ont précédé. Cette relation au patrimoine ne l’enferme pas dans la copie. Il cherche un équilibre entre technique, représentation et expression personnelle. Le rythme d’une ligne, la distribution des masses, le mouvement d’une silhouette ou l’accord entre plusieurs teintes deviennent les moyens de renouveler un langage décoratif ancien. La porcelaine conserve sa noblesse matérielle, mais elle reçoit une image liée à une observation contemporaine de l’humain, de la flore ou du monde animal.
Le verre a progressivement ouvert un second champ de recherche. Rémi Dufour en découvre la pratique lors d’un stage dans l’atelier du sculpteur Yves Lohé. Entre 2015 et 2017, il suit des cours du soir consacrés à la décoration sur verre à froid et obtient le certificat d’aptitude professionnelle correspondant en candidat libre. En 2017 et 2018, il poursuit avec une formation complémentaire en peinture sur verre au lycée Lucas-de-Nehou, ponctuée de stages auprès de professionnels. Il obtient ensuite un certificat d’aptitude professionnelle de vitrailliste en 2019.
Ce cheminement ne juxtapose pas deux activités indépendantes. Rémi Dufour recherche les correspondances entre céramique et verre. La présence d’une phase vitreuse dans l’univers de la céramique, les comportements de la couleur et le rôle de la cuisson rapprochent les deux matières. Le verre ajoute cependant ses propres contrastes : transparence et opacité, brillance et matité, couleur traversée par la lumière ou posée en surface. Ce dialogue lui donne la possibilité de reprendre une question picturale avec des contraintes différentes et d’observer comment une même intention change selon le support.
Sa pratique verrière comprend la grisaille, les émaux, les cémentations et le vitrail. La grisaille permet de modeler une valeur, de dessiner ou de filtrer la lumière sur le verre. Les émaux introduisent la couleur, tandis que le vitrail organise des pièces découpées dans une composition tenue par un réseau de plomb. Le montage et la soudure ajoutent au dessin une structure concrète. La ligne n’est plus seulement peinte : elle peut devenir l’armature qui relie les verres. Cette matérialité rejoint son intérêt pour la morphologie, le volume et la construction d’un équilibre.
La lumière transforme la lecture de ces œuvres. Sur la porcelaine, elle révèle l’éclat de l’émail, les nuances colorées et les effets de profondeur obtenus par la peinture. Dans un vitrail, elle traverse le verre et fait varier l’intensité des teintes selon le moment, l’orientation ou l’environnement. Rémi Dufour s’intéresse au poids respectif des couleurs dans une composition, à leurs rapports et à leur comportement lorsqu’elles se rencontrent. Son expérience du feu complète cette réflexion, car la cuisson fixe certains états tout en produisant des résultats que le peintre doit apprendre à prévoir.
La transmission prolonge le travail d’atelier. La Ville de Courbevoie présente Rémi Dufour comme peintre sur verre, peintre-décorateur sur porcelaine et enseignant dans ses centres culturels. En 2026, la commune lui confie encore des ateliers consacrés au dessin du patrimoine urbain. D’autres rendez-vous municipaux ont porté sur l’initiation à la peinture sur porcelaine, avec des décors simples ou complexes, classiques ou modernes. L’enseignement met ainsi en circulation des savoirs qui demandent habituellement du temps, de l’observation et une pratique régulière.
Expliquer ces gestes revient à faire comprendre que le décor n’arrive pas à la fin comme un ajout superficiel. Il dépend du support, de sa courbure, de son émail, de la préparation des couleurs et de leur comportement au four. Le dessin initial doit déjà intégrer une part de cette réalité matérielle. Les différentes étapes obligent à regarder avec précision, à ralentir et à accepter que l’œuvre se construise par transformations. La transmission de Rémi Dufour peut relier cet apprentissage technique à une approche sensible de la ligne, de la couleur et de la lumière.
Son parcours donne aussi une place particulière à la collaboration. À la Manufacture, les projets confiés aux ateliers naissent souvent d’un dialogue entre un artiste et les professionnels capables de traduire une intention dans la porcelaine. Le peintre doit comprendre le dessin proposé, l’adapter à la forme, choisir ses moyens et respecter les contraintes des cuissons. Cette interprétation exige à la fois fidélité, initiative et connaissance du matériau. Les cinq années d’apprentissage suivies par Rémi Dufour l’ont préparé à cette articulation entre vision artistique et réalisation collective.
À Sèvres, le contexte de création réunit des pâtes, des émaux et des couleurs élaborés sur place, ainsi qu’une trentaine de métiers exercés par environ cent vingt céramistes. L’atelier de peinture appartient à cet ensemble vivant, chargé de préserver des gestes anciens tout en produisant des œuvres contemporaines. Rémi Dufour y inscrit une recherche personnelle issue du dessin et ouverte sur le verre. Son travail ne sépare pas la maîtrise d’un vocabulaire historique de l’attention portée aux formes et aux sensibilités actuelles.
Cette double compétence en porcelaine et en verre donne une cohérence nette à son œuvre. Le trait construit l’image, la couleur règle les rapports de force, le support détermine la perception et le feu accomplit une transformation décisive. La patience intervient entre les étapes ; l’observation accompagne aussi bien un motif naturel qu’une figure humaine ou un décor adapté à un volume. De la surface émaillée au vitrail traversé de lumière, Rémi Dufour explore ainsi les possibilités d’une peinture qui ne se limite jamais à la toile.
À la Manufacture nationale de Sèvres, Rémi Dufour représente un métier rare dont la maîtrise repose sur une formation longue et sur une fréquentation quotidienne de la matière. Son parcours relie l’Institut Saint-Luc de Tournai, l’apprentissage auprès des peintres de Sèvres, les techniques verrières découvertes chez Yves Lohé, la formation du lycée Lucas-de-Nehou et le certificat de vitrailliste. Cette continuité éclaire une pratique attentive au patrimoine, mais tournée vers la rencontre du dessin, de la céramique, du verre et de la lumière.