À Curzay-sur-Vonne, Serge Elphège développe avec In Vitraux Veritas une pratique du vitrail contemporain qui élargit le panneau traditionnel vers la sculpture, le mobilier et l’objet d’art. Le verre reste lié à la lumière, mais il n’est pas limité à une fenêtre. Il peut devenir une forme suspendue, un élément de séparation, un miroir, une lanterne, une pièce de mobilier ou une composition lumineuse destinée à un intérieur. Cette diversité repose sur une même attention : faire dialoguer la transparence, la matière, la structure et l’espace où l’œuvre sera installée.
Le travail de l’atelier commence par une idée de forme et par l’observation du contexte. Un projet destiné à un mur ne répond pas aux mêmes contraintes qu’une sculpture posée au sol ou qu’un objet appelé à être manipulé. La distance de regard, la circulation autour de la pièce, l’éclairage naturel et la présence d’autres matériaux orientent le dessin. Le vitrailliste doit penser à la fois l’image visible, l’équilibre du volume et la façon dont le verre modifiera la lumière autour de lui.
Le panneau décoratif demeure une des formes possibles du métier. Une composition peut être claire et ouverte, ou au contraire construire des contrastes plus denses entre verres transparents, translucides et opaques. La couleur ne fonctionne pas isolément : elle se transforme au contact d’un support, d’une ombre ou d’un reflet. Dans un projet lumineux, une même pièce peut sembler différente selon l’heure et l’orientation. Le verre garde ainsi une part de mouvement, même lorsque le panneau reste immobile.
La technique traditionnelle au plomb fournit une structure à la composition. Le dessin répartit les morceaux et organise les lignes qui les réuniront. Chaque élément doit être choisi, découpé, ajusté puis placé dans un ensemble cohérent. Le réseau de plomb n’est pas seulement une armature cachée ; il dessine les contours et participe au rythme de l’œuvre. Une ligne peut conduire le regard, séparer deux valeurs ou donner de la tension à une forme. La précision technique sert alors une intention visuelle.
Le montage demande de vérifier les raccords, les angles et la stabilité de l’ensemble. Les pièces ne sont pas simplement juxtaposées : elles doivent s’inscrire dans une construction qui supportera sa propre masse et, selon le projet, les contraintes d’un usage ou d’une installation. Le travail avance par étapes, depuis le dessin jusqu’à la mise en place des éléments, avec une attention constante portée aux différences d’épaisseur et aux réactions de la matière. La surface finale conserve la mémoire de ces décisions dans ses lignes et ses variations de lumière.
Serge Elphège revisite aussi le vitrail sur des supports multiples. La technique peut accompagner une sculpture, prendre place dans un meuble ou composer un objet qui n’a pas la fonction d’une fenêtre. Cette transposition change la manière de penser le verre. Il faut imaginer des faces, des angles, des passages de lumière et des zones d’ombre. Un volume ajouré se découvre progressivement lorsque le visiteur se déplace. Une pièce qui semblait compacte peut révéler un vide, une transparence ou un second contour depuis un autre point de vue.
Les sculptures lumineuses mettent en évidence ce rapport entre matière et espace. Le verre peut y apparaître comme une surface qui capte l’éclairage, comme une peau colorée ou comme une série de fragments réunis par une structure. La lumière traverse certaines parties, s’arrête sur d’autres et projette parfois des nuances sur le mur ou le sol. La sculpture n’est donc pas seulement un objet à regarder : elle modifie son environnement immédiat et crée une relation changeante avec le lieu.
Les miroirs et les lanternes apportent une autre expérience. Un miroir associé au verre transforme la profondeur et renvoie des fragments de l’espace environnant. Les transparences et les reflets peuvent se superposer pour produire une impression de passage entre l’intérieur et l’extérieur. Une lanterne, de son côté, met en valeur la matière lorsque l’éclairage vient de l’intérieur de l’objet. Les verres colorés, les zones plus claires et les joints structurent alors une lumière qui devient partie intégrante du décor.
Le mobilier sur mesure demande de coordonner le verre avec une base, un cadre ou une structure. L’objet doit être beau sous plusieurs angles, mais aussi rester adapté à l’usage prévu. Une table, une console, une séparation ou un élément de rangement ne se conçoit pas comme un simple panneau posé sur un support. Les proportions, la résistance, la stabilité et l’entretien entrent dans le projet. La présence du verre peut alléger visuellement un meuble, créer une profondeur ou introduire une couleur qui se transforme avec l’éclairage de la pièce.
Les collaborations avec des particuliers, des collectivités, des architectes et d’autres artisans d’art ouvrent des situations très différentes. Une commande privée peut partir d’un motif, d’une ambiance ou d’un besoin précis dans un intérieur. Une collectivité peut souhaiter une œuvre qui accompagne un bâtiment ou un espace de passage. Un architecte peut intégrer le vitrail dans une composition plus vaste où le verre doit dialoguer avec la pierre, le bois, le métal ou la peinture. Dans chaque cas, le dessin et les matériaux sont ajustés à une réalité de lieu, plutôt qu’appliqués comme une formule toute faite.
Une réalisation destinée à un espace public doit être lisible depuis plusieurs directions et conserver sa présence malgré la circulation des visiteurs. Les transparences peuvent guider un parcours, marquer une entrée ou distinguer une zone sans créer une cloison visuellement lourde. Les couleurs doivent tenir compte des éclairages artificiels et naturels. Le projet gagne à être observé à l’échelle de l’architecture, car la relation entre l’œuvre et le bâtiment peut modifier la perception de chacun des deux.
Le parcours de Serge Elphège associe le dessin, l’iconographie et la pratique artisanale du vitrail. Cette double attention explique l’équilibre recherché entre la rigueur des contraintes et la liberté de la création. Un motif doit rester identifiable, mais il peut aussi être déformé par la transparence, la découpe, la superposition et le volume. Le verre permet de conserver une image tout en la faisant passer dans un autre langage, où le contour est séparé en pièces et où la lumière devient une matière active.
La transmission occupe une place régulière auprès du Musée du Vitrail. Serge Elphège encadre des stages de vitrail au plomb pour adultes dans son atelier, à proximité du musée. Les participants découvrent les différentes étapes du métier et peuvent réaliser une première pièce ou approfondir un projet personnel selon la formule choisie. Une initiation fait comprendre la logique du tracé, la sélection du verre, la coupe, le sertissage et l’assemblage. Le geste devient plus compréhensible lorsque l’on observe comment une petite surface se construit à partir de décisions successives.
La visite d’atelier et les démonstrations prolongent cette approche. Les Journées européennes du patrimoine 2026 présentent In Vitraux Veritas comme un lieu où le public peut observer les étapes de la conception au montage et assister à une démonstration. Ce type de rencontre rend visible un travail souvent caché derrière l’œuvre achevée. Le visiteur peut suivre la transformation d’un dessin en fragments, puis comprendre comment ces fragments retrouvent une unité dans le panneau ou le volume.
L’atelier participe également à la vie artistique de Curzay-sur-Vonne par la galerie Courants d’ART, un espace d’exposition consacré aux métiers d’art et aux créateurs locaux ou nationaux. La présence de cette galerie permet de mettre en relation le vitrail avec d’autres pratiques. Les œuvres peuvent être confrontées à la céramique, au textile, au bois, au métal ou à la sculpture. Cette proximité rappelle que chaque savoir-faire possède ses contraintes et son vocabulaire, tout en partageant avec les autres une même attention aux matières et aux formes.
L’exposition Tiffany d’aujourd’hui du Musée du Vitrail présente Serge Elphège parmi les ateliers qui réinterprètent une technique née aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. Pour cette exposition, il montre notamment des œuvres en volume inspirées des solides de Platon. Construire un polyèdre en Tiffany oblige à travailler l’assemblage dans les trois dimensions. Les faces doivent être serties, puis montées et soudées en respectant les angles et la régularité du volume. Le verre devient ainsi un moyen d’explorer la géométrie autant que la lumière.
Les cinq solides de Platon offrent une structure claire pour observer les écarts entre surface et volume. Le tétraèdre, le cube, l’octaèdre, l’icosaèdre et le dodécaèdre ne présentent pas les mêmes nombres de faces ni les mêmes possibilités de montage. Les formes géométriques permettent de rendre visibles les relations entre plein et vide, équilibre et tension. La technique Tiffany s’accorde particulièrement bien avec cette recherche, car le ruban de cuivre et la soudure peuvent réunir des plans qui ne resteraient pas assemblés dans un simple panneau.
À Curzay-sur-Vonne, Serge Elphège fait du vitrail un champ d’expérimentation où la tradition au plomb rencontre la sculpture, le mobilier, les miroirs, les lanternes et les installations lumineuses. Les panneaux, objets et volumes sont conçus comme des pièces uniques, adaptées à un lieu et à une manière de les regarder. Les stages et les démonstrations transmettent les gestes du métier, tandis que les collaborations et les expositions montrent leurs prolongements contemporains. In Vitraux Veritas donne ainsi au verre plusieurs dimensions : surface à éclairer, matière à assembler, volume à parcourir et langage sensible capable de transformer un espace.