Le bois récupéré comme point de départ
À Foix, en Ariège, Alan Teixidor développe Tournicathare, un atelier consacré au tournage et à la sculpture sur bois. Les objets qui y prennent forme sont fabriqués à partir de bois provenant du recyclage, de dons de l’Office national des forêts, de particuliers ou d’entreprises. Cette matière déjà existante n’est pas un simple support disponible en quantité uniforme. Elle porte une histoire, des dimensions, des traces et des irrégularités avec lesquelles le tourneur et sculpteur compose.
Tournicathare réalise des objets tournés, des objets sculptés, des restaurations d’éléments anciens ou contemporains et des copies diverses. Cette variété relie plusieurs façons de travailler le bois. Le tournage permet de construire un volume autour d’un axe et de suivre la rotation de la pièce. La sculpture ouvre d’autres directions, lorsque le résultat demandé ne peut pas être obtenu par une forme circulaire. La restauration demande de comprendre ce qui existait déjà, tandis que la copie exige une observation attentive des proportions et des détails.
Le réemploi donne à l’atelier une ligne singulière. Le morceau choisi peut venir d’une grume, d’une branche, d’un élément écarté d’un chantier ou d’un don. Sa forme initiale détermine parfois le projet. Un bois trop court pour un meuble peut convenir à un petit objet ; une section présentant un beau dessin peut devenir une coupe ou un récipient ; une pièce marquée peut être conservée pour donner à l’objet une présence plus expressive. Le travail commence donc par le regard porté sur la matière.
Le tournage autour de l’axe
Le tournage sur bois repose sur la rotation de la pièce fixée sur un tour. L’outil est présenté contre le matériau afin de retirer progressivement de la matière et de faire apparaître une forme. Le geste demande de la stabilité, car l’outil doit rester contrôlé pendant que le bois tourne. Une variation de pression ou d’angle peut modifier la surface, créer une marque ou changer la courbe. Le son produit par la coupe, la couleur du copeau et l’aspect du bois donnent des indications sur ce qui se passe.
La première étape consiste à trouver l’axe de travail et à maintenir correctement la pièce. Le tourneur observe les dimensions disponibles, les extrémités et les zones qui pourront être conservées. Il cherche ensuite le profil général : une coupe, un vase, un récipient, une toupie ou une autre forme demande une succession de diamètres et de transitions. La ligne se construit par retraits successifs, avec la possibilité de revenir sur une courbe tant que l’épaisseur restante le permet.
Le bois récupéré n’est pas toujours régulier. Une branche peut être désaxée, une planche peut avoir été déformée et un morceau donné peut présenter une fente ou un nœud. Ces particularités modifient la manière de le fixer et de l’attaquer. Elles peuvent aussi devenir des éléments de la pièce finale. Le tourneur doit décider ce qui peut être gardé, ce qui doit être retiré et comment assurer la stabilité du volume pendant le travail.
Le tournage permet de révéler les cernes et les contrastes de l’essence. Lorsque la lame avance, les fibres apparaissent sous forme de lignes qui suivent plus ou moins la courbe. Une coupe peut montrer une continuité régulière ; un récipient peut faire apparaître un changement de tonalité entre le cœur et l’aubier. La forme n’est donc pas indépendante du bois. Elle sert à rendre visible ce que le morceau contenait déjà.
Les objets tournés peuvent rester proches de la géométrie circulaire ou recevoir ensuite des interventions qui les déplacent. Une surface peut être sculptée, poncée ou texturée. Une ouverture peut être élargie. Un profil régulier peut rencontrer une zone plus libre. Le tour donne une structure de départ, mais il ne limite pas toute la vie de la pièce.
La sculpture pour libérer la forme
La sculpture sur bois permet de travailler en dehors de l’axe du tour et de construire des silhouettes plus variées. Elle peut intervenir sur une pièce tournée ou commencer directement à partir d’un bloc. L’outil enlève de la matière par zones, en suivant une direction et une intention. La gouge, le ciseau ou d’autres outils permettent de creuser, de dégager un relief, de marquer une ligne ou d’adoucir une transition.
Une sculpture demande de penser le volume dans plusieurs directions. Le profil ne suffit plus : il faut regarder la face, le dos, les côtés, le dessus et les passages entre ces plans. Les ombres indiquent les creux et les saillies. Une forme peut paraître équilibrée depuis un angle et trop lourde depuis un autre. Le travail avance par observation et par corrections mesurées, en conservant assez de matière pour les étapes suivantes.
Le bois recyclé rend cette relation particulièrement concrète. Une marque de machine, une ancienne coupe, une variation de grain ou un nœud peuvent servir de repères. La sculpture ne cherche pas forcément à produire une surface identique partout. Elle peut laisser apparaître l’histoire du morceau et faire dialoguer une zone brute avec une zone plus travaillée. Cette différence de texture apporte une profondeur que la couleur seule ne pourrait pas donner.
Les objets sculptés peuvent être décoratifs, utilitaires ou conçus comme des pièces autonomes. Un objet du quotidien doit rester agréable à prendre en main et adapté à son usage. Une sculpture peut privilégier l’équilibre d’une silhouette, une tension ou une évocation. Dans les deux cas, la qualité du geste se lit dans les raccords, les bords et la façon dont la matière accompagne la forme.
Fabriquer des objets qui gardent une relation avec le quotidien
Le travail de Tournicathare s’inscrit dans une famille d’objets qui peuvent accompagner la maison. Un récipient tourné est lié à la question du contenant : sa paroi, son ouverture et sa base doivent former un ensemble cohérent. Une pièce destinée à être manipulée doit posséder une prise agréable, des bords sans aspérités gênantes et une stabilité adaptée. Le bois apporte un contact chaleureux, mais il demande aussi une finition cohérente avec la fonction.
Les petits objets peuvent recevoir une attention aussi poussée que les formes plus grandes. Leur dimension réduit l’espace disponible pour la courbe et rend chaque détail plus visible. Une toupie doit tourner de manière équilibrée. Un objet de jeu doit être lisible et résister aux manipulations prévues. Une pièce décorative de petite taille doit conserver une présence malgré son volume réduit. Le travail d’atelier consiste à ajuster la proportion afin que l’objet garde sa force sans être surchargé.
Les objets tournés et sculptés montrent également les possibilités du bois de récupération. Deux pièces présentant la même silhouette peuvent avoir une apparence très différente selon le morceau utilisé. L’une fera ressortir des veines sombres, l’autre une teinte claire ou une irrégularité particulière. Cette diversité donne aux réalisations une dimension unique. Elle invite à choisir un objet pour sa forme, mais aussi pour le fragment d’arbre qu’il met en valeur.
Les finitions prolongent le travail de façonnage. Le ponçage adoucit les surfaces et prépare le bois à recevoir le traitement prévu. Une finition peut conserver un aspect proche de la matière brute ou accentuer la profondeur des fibres. Le choix dépend de la pièce, de son usage et de l’effet recherché. L’objectif n’est pas de recouvrir le bois, mais de lui permettre de rester agréable, lisible et durable dans son environnement.
Restaurer l’ancien et le contemporain
La restauration commence par l’observation de l’objet. Il faut identifier les parties fragilisées, les assemblages, les traces d’usure et les transformations déjà réalisées. Un élément ancien ne peut pas être traité comme une pièce neuve, car sa matière et ses proportions portent une histoire. Une intervention réussie doit rétablir la fonction ou la cohérence de l’ensemble tout en évitant d’effacer les marques qui permettent de comprendre son parcours.
La restauration d’un objet contemporain pose d’autres questions. Les matériaux, les formes et les systèmes d’assemblage peuvent être différents. La réparation doit respecter l’intention du modèle, la façon dont il est utilisé et la relation entre ses parties. Dans les deux cas, le travail demande de choisir une méthode appropriée plutôt que d’appliquer une solution identique. Le bois existant doit être pris en compte avant toute découpe ou tout remplacement.
Une restauration peut concerner une pièce tournée, un élément sculpté ou un objet composé de plusieurs parties. Il faut parfois retrouver une section, refaire un profil ou ajuster une pièce pour qu’elle s’intègre à l’ensemble. La couleur et la texture doivent être considérées avec prudence. Une partie neuve ne vieillira pas exactement comme une partie ancienne, mais elle peut être préparée pour dialoguer avec elle sans créer une rupture visuelle trop forte.
Le résultat attendu n’est pas toujours l’effacement de toute trace. Un objet restauré conserve souvent des nuances qui témoignent de son usage. La nouvelle intervention doit lui permettre de retrouver une place et une solidité, sans transformer son identité. Cette retenue est une qualité du métier : réparer, c’est aussi savoir jusqu’où intervenir.
Réaliser des copies avec précision
La copie d’un objet demande une observation précise de sa forme et de ses proportions. Il faut comprendre le profil, les épaisseurs, les transitions et les détails qui donnent au modèle sa personnalité. Une mesure isolée ne suffit pas. La relation entre la hauteur, la largeur, l’ouverture et la base doit rester cohérente. Le bois choisi peut présenter des propriétés différentes de celles du modèle, ce qui oblige à adapter certains gestes tout en conservant la silhouette attendue.
Le tournage facilite la reproduction de formes axées, mais la précision dépend de la préparation et de la régularité du travail. Le profil est établi progressivement, puis contrôlé avant les finitions. Pour une forme sculptée, l’observation se fait dans plusieurs directions. Les zones en relief, les creux et les raccords doivent être replacés avec soin. Une copie réussie ne se limite pas à une ressemblance générale : elle respecte les rapports qui organisent l’objet.
La demande peut concerner un objet dont l’original est abîmé, une pièce supplémentaire ou une forme qu’il faut adapter à un nouvel usage. Le projet se construit alors autour du modèle, de la matière disponible et de la fonction attendue. Le travail manuel conserve une part d’interprétation, car chaque bois réagit de façon particulière et chaque finition modifie légèrement la lecture de la surface.
Un choix cohérent de matières
Tournicathare travaille avec du bois provenant du recyclage, de dons de l’Office national des forêts, de particuliers ou d’entreprises. Cette organisation élargit les possibilités tout en maintenant une attention sur l’origine de ce qui entre dans l’atelier. Le matériau peut être réemployé après une première vie, provenir d’une coupe ou avoir été conservé parce qu’il présentait une qualité particulière. Dans tous les cas, la pièce est choisie pour ce qu’elle permet de réaliser.
Le réemploi influence la conception. Il n’est pas toujours possible de commander une dimension ou une essence parfaitement régulière. L’artisan doit parfois revoir le format, modifier l’orientation du fil ou adapter le dessin à la section disponible. Cette contrainte devient une occasion de créer des formes différentes. La matière dicte une partie du projet, et le geste consiste à en tirer le meilleur résultat sans la forcer inutilement.
Le bois garde aussi une relation avec le temps. Il peut continuer à évoluer avec l’humidité, la chaleur et les conditions dans lesquelles l’objet est conservé. Une pièce doit donc être pensée avec sa destination. Les variations de la matière peuvent faire partie de son caractère, tandis que certaines zones demandent une protection ou une finition adaptée. Comprendre ces réactions aide à choisir l’épaisseur, la forme et le traitement de surface.
Un atelier à Foix
Foix est une commune de l’Ariège, en région Occitanie. À Tournicathare, Alan Teixidor associe la fabrication d’objets tournés, la sculpture, la restauration et la réalisation de copies. Cette combinaison permet de répondre à des demandes différentes : découvrir une création en bois, chercher un objet façonné à partir de matière réemployée, redonner une fonction à une pièce ou retrouver une forme particulière.
L’atelier peut intéresser les personnes sensibles au bois récupéré et à la fabrication manuelle. Elles y rencontrent une approche où le matériau n’est pas choisi pour être parfaitement neutre, mais pour ses caractéristiques propres. Les cernes, les variations, les marques et les irrégularités participent à l’apparence finale. Le tournage apporte la précision de l’axe ; la sculpture donne de la liberté au volume ; la restauration et la copie prolongent la vie des objets.
Tournicathare propose ainsi un travail du bois qui relie création et continuité. Les objets neufs sont fabriqués à partir de matières qui ont déjà une histoire, les restaurations permettent à des pièces anciennes ou contemporaines de rester présentes, et les copies transmettent des formes qui pourraient disparaître. À Foix, Alan Teixidor fait du tour et des outils de sculpture les moyens d’une transformation attentive, dans laquelle chaque morceau récupéré peut trouver une nouvelle fonction et une nouvelle manière d’être regardé.