La terre comme rencontre avec le vivant
À Sauveterre-de-Comminges, William Bertrand développe WollaA Céramiques, un atelier où le modelage donne à la terre des formes inspirées du vivant. Sa pratique s’appuie sur une relation très directe avec l’argile. La matière est mouvante et organique ; elle suggère des visages, des corps, des silhouettes et des attitudes qui peuvent être humaines ou animales. Les pièces ne cherchent pas toutes la même expression. Certaines sont plus caricaturales, d’autres plus élancées, d’autres encore semblent saisies dans un mouvement. Cette diversité naît d’un même désir : faire dialoguer la terre, la forme et la présence du vivant.
William Bertrand travaille principalement par modelage. Cette technique permet de construire progressivement un volume, de modifier une courbe, d’accentuer un relief ou de laisser apparaître une irrégularité. La main ne se contente pas d’appliquer un décor sur une forme déjà déterminée. Elle participe à la construction du corps de l’objet, à sa posture et à son caractère. Une joue, un museau, un front, une patte ou une partie du torse peuvent devenir des éléments qui donnent une expression à la pièce. Le modelage conserve ainsi une relation visible entre le geste et la matière.
L’univers de WollaA Céramiques s’organise autour d’une rencontre entre le vivant et le non-vivant, le végétal, l’animal et le minéral. Cette idée ne reste pas abstraite. Elle prend la forme de pots conçus pour accueillir des plantes grasses que William Bertrand élève en pépinière. Il taille ces plantes en fonction du pot auquel elles sont destinées. La plante et le contenant sont alors pensés ensemble, comme deux parties d’un même ensemble. La céramique ne sert pas seulement à recevoir un végétal : elle lui donne une silhouette, une présence et un cadre.
Des pots aux visages et aux corps
Une large part des pièces de William Bertrand représente des visages ou des corps anthropomorphiques et zoomorphiques. Le terme anthropomorphique évoque des formes qui empruntent certains traits à la figure humaine ; le terme zoomorphique renvoie à des apparences animales. Dans son atelier, ces deux directions peuvent se croiser. Un pot peut prendre les traits d’un visage rêveur, suggérer un animal ou réunir une forme de contenant et une présence presque personnifiée. La fonction et la figure ne s’excluent pas. Elles s’enrichissent pour donner à l’objet une identité singulière.
Les visages ne sont pas traités comme des portraits réalistes. La CMA décrit des traits plus ou moins caricaturaux, ce qui laisse une grande place à l’exagération, à la simplification et au décalage. Un regard, une bouche, une forme de nez ou l’inclinaison d’une tête peuvent suffire à installer une humeur. Une pièce dite rêveuse peut tenir à une expression calme, à une posture inclinée ou à un rapport particulier entre les volumes. La terre permet d’éloigner la figure de la copie pour lui donner une qualité plus libre et plus imaginaire.
Les corps peuvent eux aussi être plus ou moins élancés et plus ou moins en mouvement. Une silhouette allongée ne se lit pas comme une masse ramassée. Une forme qui semble avancer ou se pencher produit une relation différente avec l’espace autour d’elle. Même lorsqu’elle sert de pot, la pièce possède une attitude. Le végétal qui y prend place prolonge cette attitude en introduisant une croissance, une couleur et une présence vivante. Le contenant et la plante forment alors une composition qui évolue avec le temps.
Le choix d’élever les plantes grasses en pépinière ajoute une dimension concrète à cette recherche. William Bertrand ne conçoit pas seulement un volume destiné à être rempli plus tard. Il taille les plantes en fonction de leur pot de destination. Cette attention relie la culture du végétal au travail de la terre. La taille, la silhouette du pot et la place réservée aux racines ou au feuillage participent à une même réflexion sur les proportions. Le pot garde son caractère de pièce en céramique, mais il est aussi conçu pour accueillir une forme vivante précise.
Des vases construits aux colombins
William Bertrand réalise également des vases et des cache-pots qu’il monte aux colombins. Le colombin consiste à construire une forme par l’ajout de boudins de terre. Cette manière d’élever progressivement les parois permet de travailler des courbes asymétriques et de s’éloigner d’un volume parfaitement régulier. La silhouette peut se développer avec des variations, des décalages et des changements de rythme. Elle garde la sensation d’une forme construite par couches successives.
Les courbes asymétriques donnent aux vases une présence particulière. Le regard ne suit pas une ligne identique tout autour du contenant. Il rencontre des tensions, des inflexions et des écarts qui rendent la pièce plus expressive. Une partie peut sembler avancer, une autre se retirer, tandis que l’ouverture conserve son rôle de passage pour les fleurs, les branches ou les feuillages. Dans un cache-pot, cette asymétrie accompagne la plante sans chercher à la dissimuler.
La surface reçoit également un travail de texture. Les ornementations sont finement creusées ou modelées, parfois agrémentées d’engobes colorés. Une texture creusée crée un relief inversé : la ligne s’enfonce dans la terre et accroche la lumière autrement. Une texture modelée ajoute au contraire de la matière à la paroi. Ces deux gestes ne donnent pas la même sensation sous les doigts ni la même lecture visuelle. Ils permettent de faire varier la peau du vase tout en restant liés à sa construction.
Les engobes colorés ajoutent une autre possibilité. La couleur peut souligner une incision, accompagner un relief ou se déposer par touches sur une surface plus brute. William Bertrand les emploie parfois sur les ornementations, ce qui renforce la relation entre le dessin et le volume. La couleur n’est pas nécessairement uniforme. Elle peut participer à un dégradé ou rester localisée dans les creux, comme sur le pot à pieds CAPETZOUDOTDOT, dont les gouttes d’engobes jaunes sont posées point par point avec de légers dégradés.
La matière du grès chamotté
Plusieurs œuvres présentées par WollaA Céramiques sont en grès chamotté. La chamotte apporte à la terre une texture et une présence particulières. Elle accompagne bien les formes modelées, les reliefs et les surfaces où l’on souhaite percevoir le travail de la main. Le pot rêveur, réalisé en grès chamotté ocre, représente une tête aux traits caricaturaux. La matière et la figure se répondent : la teinte ocre donne au volume une tonalité chaleureuse, tandis que l’expression du visage attire le regard vers la partie modelée.
Le pot à pieds CAPETZOUDOTDOT montre une autre direction. Il s’agit d’un pot en grès chamotté dont la texture est travaillée en creux. Des gouttes d’engobes colorés sont déposées point par point, avec de légers dégradés de jaunes. Le décor demande une grande patience. Chaque point participe à l’ensemble et les variations de couleur évitent un résultat plat. La texture reste intégrée à la forme du pot, tandis que les touches jaunes donnent à la surface un rythme que l’on peut suivre autour du volume.
Les vases en grès chamotté présentés par l’atelier sont bruts à l’extérieur et émaillés à l’intérieur. Cette différence crée deux expériences pour une même pièce. La paroi extérieure conserve un rapport plus immédiat avec la texture du grès et avec les courbes construites aux colombins. L’intérieur reçoit une surface émaillée, distincte par son aspect et par sa relation au contenu du vase. La pièce associe ainsi une enveloppe expressive à un intérieur traité différemment.
Le grès chamotté convient à cet univers parce qu’il ne gomme pas la construction. Les reliefs, les creux et les irrégularités restent perceptibles. Dans une tête modelée, la matière soutient la présence du visage. Dans un vase, elle accompagne la courbe et le décor. Dans un pot destiné à une plante, elle fait le lien entre le contenant minéral et le végétal qui va s’y développer. Chaque objet conserve une relation avec la terre avant même d’être regardé pour sa fonction ou son expression.
Une composition entre le pot et la plante
La particularité de WollaA Céramiques est de penser plusieurs pièces comme un ensemble réunissant le pot et la plante. La plante grasse n’est pas ajoutée à la fin comme un élément neutre. Elle est élevée en pépinière puis taillée selon le pot qui doit l’accueillir. Ce travail fait apparaître une continuité entre la culture, la forme et le décor. Le pot peut suggérer un visage ou un corps, tandis que la plante apporte une masse végétale, une direction et un changement progressif.
Cette relation donne au contenant une dimension presque narrative. Un visage peut sembler porter une chevelure végétale, un corps peut être accompagné par une plante qui en prolonge la silhouette et une forme animale peut accueillir une croissance qui la transforme visuellement. Il ne s’agit pas de prêter une histoire précise à chaque pièce, mais de laisser le rapprochement entre la terre cuite et le végétal produire une image. Le vivant continue d’évoluer, alors que la forme céramique conserve son volume.
Les pots, vases et cache-pots peuvent donc être regardés sous plusieurs angles. Ils sont des objets qui accueillent, des volumes qui s’inscrivent dans un intérieur et des créations qui mettent en relation plusieurs matières. La terre, le grès chamotté, l’engobe, l’émail et le végétal n’ont pas la même texture ni le même rythme. Leur rapprochement fait naître une composition où la différence devient une qualité.
L’identité de WollaA Céramiques
À Sauveterre-de-Comminges, William Bertrand développe une céramique reconnaissable par son intérêt pour les formes relatives au vivant. Le modelage lui permet de créer des visages et des corps anthropomorphiques ou zoomorphiques, avec des expressions caricaturales, des silhouettes élancées ou des postures suggérant le mouvement. Le montage aux colombins ouvre des vases et des cache-pots aux courbes asymétriques. Les textures creusées ou modelées, les engobes colorés et le grès chamotté donnent aux surfaces leur caractère.
Les œuvres présentées — le pot à pieds CAPETZOUDOTDOT, le pot rêveur et les vases en grès — montrent plusieurs facettes de cette démarche. Les engobes jaunes posés point par point, la tête aux traits caricaturaux et l’extérieur brut des vases illustrent des rapports différents entre couleur, relief et usage. Dans chaque cas, l’objet conserve une présence qui dépasse sa fonction de contenant.
WollaA Céramiques propose ainsi une rencontre entre le végétal, l’animal et le minéral. Les plantes grasses élevées en pépinière prolongent les pots qui leur sont destinés. Les visages et les corps donnent à l’argile une dimension expressive. Les vases et cache-pots construits aux colombins accueillent des courbes moins régulières et des textures travaillées. La pratique de William Bertrand relie ces éléments dans des pièces où la main, la terre et le vivant restent étroitement associés.