À Octon, dans l’Hérault, Charlotte Kergomard travaille la terre au sein de l’Atelier K Céramique. Son atelier se trouve dans le Village des Arts, un lieu où la création artisanale est liée au paysage du Salagou et aux rencontres avec le public. Céramiste passionnée par le design, elle tourne et façonne des pièces aux lignes épurées. Sa palette privilégie des beiges et des bleus doux, des teintes qui accompagnent la simplicité des formes plutôt qu’elles ne la recouvrent. L’atelier réalise des pièces pour l’art de la table ainsi que des vasques destinées à la cuisine ou à la salle de bain. L’utile, le beau et le simple constituent le fil conducteur de cette pratique.
Le parcours de Charlotte Kergomard s’est construit par des études d’art, des formations au tournage et de nombreux apprentissages auprès de potiers du sud de la France. Cette progression associe une culture de la forme, l’acquisition de gestes techniques et une connaissance concrète de la terre. Le tournage demande de maintenir une matière souple tout en lui donnant une construction régulière. Les mains accompagnent la rotation, corrigent une paroi, ouvrent un volume et établissent peu à peu la silhouette du futur objet. La formation ne s’arrête pas au mouvement initial : il faut aussi comprendre le séchage, la cuisson, l’émail et la relation entre la surface et la forme.
Charlotte Kergomard décrit son travail à travers une suite de verbes qui résume la place du geste : tourner, pétrir, modeler, cuire, émailler et inventer. Chaque action répond à un moment différent de la fabrication. Le pétrissage prépare la terre et régularise sa consistance. Le tournage construit les formes circulaires. Le modelage permet de reprendre une pièce, d’ajouter une partie ou de travailler sans la contrainte de la rotation. La cuisson transforme une matière fragile en objet durable. L’émaillage apporte une surface, une couleur et une relation particulière avec la lumière. L’invention intervient tout au long de la chaîne, depuis l’idée d’une proportion jusqu’au détail qui rend une pièce reconnaissable.
Le travail de la forme est au centre de l’Atelier K Céramique. Charlotte Kergomard cherche des pièces simples et épurées, ce qui ne signifie pas qu’elles soient sans recherche. Une forme dépouillée rend visibles les proportions, la courbe d’un bord, la largeur d’une base ou la manière dont une paroi se resserre. Sur un objet de table, la silhouette doit rester agréable à tenir et à regarder. Une assiette réclame une surface lisible et un bord qui accompagne le contenu. Un bol ou une tasse doit trouver un équilibre entre contenance, prise en main et présence sur la table. La sobriété donne à ces choix une visibilité particulière.
Les couleurs beiges et bleues renforcent cette recherche de mesure. Une teinte douce peut laisser apparaître la forme et faire varier la perception de la surface selon la lumière. Le beige peut établir un rapport calme avec le bois, la pierre ou le textile d’une table. Le bleu introduit une profondeur différente, parfois plus fraîche, sans rompre avec l’aspect simple recherché par la céramiste. Les deux familles de couleurs ne sont pas seulement décoratives : elles participent à la manière dont l’objet s’insère dans un intérieur et accompagne les gestes quotidiens. La couleur devient une qualité de surface, liée à la cuisson et à la forme qui la porte.
Les pièces pour l’art de la table constituent une part essentielle de la production. Elles peuvent être regardées comme des objets isolés, mais leur destination implique aussi une relation avec d’autres éléments. Une série de contenants doit pouvoir composer un ensemble sans perdre la singularité de chaque pièce. Une assiette, un bol ou une tasse entre dans un rituel de service et reste visible entre deux utilisations. Le dessin de l’objet doit donc répondre à la main autant qu’au regard. La recherche de l’Atelier K Céramique se situe dans cet espace où l’objet est beau parce qu’il est bien proportionné, mais aussi parce qu’il peut réellement prendre part à la vie de la maison.
Les vasques pour cuisines ou salles de bain ouvrent un autre rapport à l’échelle. La céramique quitte la petite pièce mobile pour devenir un élément installé dans un espace. Une vasque doit dialoguer avec un meuble, un plan, une robinetterie et les circulations autour du point d’eau. Sa forme doit garder une présence décorative tout en répondant à une fonction quotidienne. Le travail de Charlotte Kergomard conserve le même intérêt pour la simplicité, mais le projet demande de réfléchir à une dimension, à une profondeur et à une relation plus durable avec l’architecture intérieure. La surface émaillée devient alors un élément du lieu, visible chaque jour et associé à des gestes précis.
Le Village des Arts d’Octon donne à l’atelier un environnement particulier. Le lieu est situé à proximité du lac du Salagou, dans un territoire où les métiers d’art, le design et les visites se croisent. Le public peut découvrir le travail de la céramiste et observer la terre en train d’être modelée ou façonnée. Cette présence rend le métier plus concret : on voit qu’une forme n’apparaît pas d’un seul geste et qu’une pièce finie résulte d’une suite d’étapes. La rencontre permet aussi de comprendre la différence entre une céramique regardée comme un objet décoratif et une céramique pensée pour accompagner la table ou l’aménagement d’un intérieur.
La visite sur rendez-vous convient à cette relation directe avec l’atelier. Elle laisse le temps de présenter les pièces, d’expliquer le parcours de fabrication et de montrer la place du tournage dans la production. Une personne intéressée par l’art de la table peut regarder les proportions, les couleurs et les usages. Un projet de vasque demande un échange plus précis sur l’espace, le style et les dimensions. Dans les deux cas, la rencontre avec la céramiste permet de relier la matière à la décision finale. La pièce n’est pas choisie uniquement pour son apparence : elle est aussi comprise par son mode de fabrication et par la manière dont elle prendra place dans un environnement.
Le geste de Charlotte Kergomard s’inscrit dans une relation attentive aux éléments. La terre est l’ancrage, l’eau la met en mouvement, l’air accompagne le séchage et le feu réalise la transformation. Cette lecture sensible ne remplace pas la maîtrise technique. Elle rappelle plutôt que la céramique exige de composer avec des forces qui ne se laissent pas entièrement contrôler. Une paroi trop fine peut se déformer, une pièce doit sécher avec soin et la cuisson modifie la matière. Le travail commence avec une intention, mais il se poursuit dans l’observation des réactions de la terre. La forme finale est le résultat d’un dialogue entre le geste et le comportement du matériau.
Le style rustique évoqué par l’atelier reste éloigné d’un décor chargé. Il s’agit plutôt de conserver une relation lisible avec la matière et la forme, en laissant le décor accompagner l’objet. Une surface légèrement colorée, une ligne simple ou une variation de texture peuvent suffire à donner du caractère à une pièce. Cette retenue permet de voir les volumes et de comprendre la fonction. Elle laisse également aux objets la possibilité de s’intégrer à des intérieurs différents, qu’ils soient très contemporains ou davantage liés aux matériaux naturels. La céramique demeure expressive sans devenir envahissante.
La fabrication associe des savoir-faire qui se répondent. Une pièce tournée doit être centrée, ouverte et montée à la bonne hauteur. Un élément modelé doit conserver une cohérence avec la masse principale et sécher sans rupture. La cuisson fixe la construction et prépare la surface à recevoir l’émail. La couleur, enfin, dépend de la rencontre entre une matière préparée et la chaleur du four. Ces opérations demandent de la patience, car chacune conditionne la suivante. La recherche d’une forme épurée ne réduit donc pas le travail : elle rend au contraire les équilibres plus visibles et les écarts plus sensibles.
Les projets de table et les vasques ont en commun une volonté de faire entrer la céramique dans des usages réels. L’objet n’est pas seulement destiné à être contemplé dans une vitrine. Il peut accueillir un repas, participer à une préparation, organiser un espace ou accompagner les gestes de la toilette. Cette orientation donne du sens à la recherche de Charlotte Kergomard sur la proportion et la simplicité. Une pièce utile doit être agréable à regarder, mais elle doit aussi rester accessible dans son usage. La céramique devient alors un lien entre l’artisanat, le design et la vie quotidienne.
À Octon, l’Atelier K Céramique développe ainsi un univers cohérent autour du tournage, du modelage, de la cuisson, de l’émaillage et de la recherche de formes simples. Les études d’art et les apprentissages auprès de potiers ont nourri une pratique où la terre se transforme en objets pour la table ou en vasques pour les espaces intérieurs. Les beiges et les bleus doux donnent une identité visuelle aux pièces, tandis que le travail de la forme leur apporte une présence durable. Dans le Village des Arts, Charlotte Kergomard partage cette approche sur rendez-vous : une céramique pensée pour être belle, utile et suffisamment sobre pour laisser parler la matière.