À Brantôme-en-Périgord, en Dordogne, Sylvie Lemal développe une activité artisanale consacrée au tissage de galons et au tressage de fils. L’Atelier des Fées Tisserandes s’appuie sur plusieurs techniques anciennes pour créer des bandes textiles, des bijoux et de petits accessoires. Le travail associe la recherche de motifs, le choix des couleurs et la transformation du tissage en objet. Les créations peuvent prendre une direction celtique ou ethnique, tout en restant liées à la matière et à la construction de chaque bande. La plupart des pièces sont uniques, ce qui permet de conserver dans l’objet les nuances propres au fil, à la tension et au geste.
Le tissage aux plaquettes, aussi appelé tissage aux cartes ou aux tablettes, constitue l’une des pratiques centrales de l’atelier. La chaîne est répartie dans des plaquettes percées, puis les rotations de ces supports organisent l’ouverture nécessaire au passage de la trame. La succession des mouvements permet de composer des motifs réguliers et de construire un galon solide. Le résultat dépend de l’ourdissage, de l’enfilage, du nombre de fils, de leur couleur et de la manière dont les plaquettes sont manipulées. Une variation dans la préparation de la chaîne peut modifier le dessin ou la densité de la bande ; l’installation demande donc autant de soin que le tissage lui-même.
Les galons sont réalisés en soie, en lin ou en coton. Chaque fibre apporte une réponse différente. La soie offre une surface lumineuse et une souplesse adaptée aux ornements ; le lin donne une présence plus sèche et une texture marquée ; le coton permet de travailler des bandes agréables à manipuler et adaptées à de nombreux accessoires. Le choix ne se réduit pas à la teinte. Il faut considérer l’épaisseur du fil, sa résistance, son glissement dans les plaquettes et la façon dont il réagit à la tension. Une couleur peut aussi changer d’apparence selon les fils voisins et selon la densité obtenue au cours du tissage.
Le tissage baltique à sangle dorsale propose une autre manière de construire une bande. La chaîne est installée sur un peigne et maintenue dans une tension liée au corps de la tisserande. Le geste avance par étapes : ourdissage, enfilage, manipulation du peigne et de la navette, puis réalisation des motifs. L’atelier travaille notamment des dessins à sept fils dans cette technique venue des pays du Nord de l’Europe. La relation directe entre le corps, la sangle et la chaîne donne au tissage un rythme particulier. Le galon se forme dans un espace réduit, mais il peut recevoir des motifs bicolores ou multicolores d’une grande précision.
Le tissage andin complète cette palette. Il demande la préparation de la chaîne, la création des lisses, la lecture d’un schéma et la construction progressive de la bande. Ces étapes permettent d’aborder le motif comme une organisation de fils plutôt que comme un décor posé sur une surface déjà constituée. La tisserande observe la répétition, la largeur et la tenue de l’ensemble au fur et à mesure de l’avancée. Cette attention convient aux galons destinés à une tenue, à un accessoire ou à un projet textile plus spécifique. Une même logique de préparation peut ainsi être adaptée à des dimensions et à des usages différents.
L’atelier pratique également le tressage de boucles, ou fingerloop. Les fils sont disposés sur les doigts, puis transférés d’une main à l’autre pour former un cordon. En fonction du nombre de boucles et de leur organisation, le tressage peut produire une forme carrée, plate, séparée ou en spirale. Ce procédé demande de garder une tension constante et de suivre une séquence précise. Le mouvement est manuel, direct et facilement transportable, mais il ne s’improvise pas : la position des boucles et l’ordre des transferts déterminent la géométrie du cordon. Les pièces obtenues peuvent ensuite devenir des bracelets, des porte-clés ou d’autres petits éléments textiles.
Les bandes tissées trouvent plusieurs prolongements. Elles peuvent agrémenter des tenues médiévales ou contemporaines, devenir des ceintures, des anses de sac, des sangles de guitare ou des laisses pour animaux. L’atelier imagine aussi des étuis à lunettes, des petits panneaux décoratifs, des chemins de table, des tentures murales et des embrasses de rideaux. Dans chaque projet, la fonction influence la largeur, la solidité et la finition. Une anse doit supporter une manipulation répétée ; une embrasse doit conserver une certaine souplesse ; une bande destinée à un vêtement doit accompagner le tissu sans le rendre lourd. Le tissage est donc pensé en relation avec l’objet auquel il sera associé.
Les bijoux constituent un autre domaine de création. Les galons et les tressages peuvent être associés au cuir et à des pièces métalliques pour former des parures singulières. Le textile apporte la couleur, le relief et la souplesse, tandis que le cuir ou le métal introduit une autre texture et une autre résistance. Le montage doit équilibrer ces matériaux afin que le bijou reste agréable à porter. Une bande peut être choisie pour son motif, puis transformée en élément de collier, de bracelet ou d’accessoire. Les différences de fabrication manuelle donnent à chaque pièce une présence qui ne se répète pas exactement d’un exemplaire à l’autre.
La création de galons implique une progression lente. Avant que la première longueur ne soit terminée, il faut préparer les fils, répartir les couleurs, vérifier le sens de l’enfilage et installer la tension. Le motif apparaît ensuite par petites séquences. Ce rythme permet de repérer un décalage, une erreur de rotation ou une tension irrégulière avant que le défaut ne se propage. La tisserande peut alors reprendre la section concernée et préserver la continuité du dessin. Cette surveillance permanente explique la précision des bandes et la relation étroite entre préparation et finition.
L’Atelier des Fées Tisserandes consacre aussi une place à la transmission. Sylvie Lemal propose des initiations aux différentes techniques qu’elle pratique, pour des personnes à partir de huit ans et sans prérequis. Les ateliers peuvent porter sur le tissage aux plaquettes, le tissage baltique, le tissage andin ou le tressage de boucles. Le contenu comprend le choix des couleurs, la préparation de la chaîne, l’installation des outils, les premiers gestes et la transformation de la réalisation. Un kit accompagné d’une notice est prévu dans chaque formation. Les séances peuvent se dérouler à Brantôme ou dans des lieux partenaires, et des interventions ponctuelles peuvent être organisées pour un groupe.
La transmission permet de comprendre la logique des motifs et la place de chaque fil. En tissage aux plaquettes, le débutant découvre que la rotation des cartes agit directement sur le dessin. Avec la sangle dorsale, il ressent la tension et apprend à coordonner le peigne, la navette et le corps. Dans le tressage de boucles, la difficulté vient de la mémorisation de la séquence et du maintien des boucles sur les doigts. Ces expériences donnent accès à des techniques qui peuvent sembler mystérieuses lorsqu’on ne voit que le galon fini. Elles montrent aussi combien la régularité s’acquiert par l’observation et la répétition des gestes.
Pour un projet particulier, l’atelier peut tisser des pièces dans les couleurs demandées et étudier une destination précise. La demande peut concerner une bande décorative, une poignée, une ceinture, un accessoire de costume, un élément de décoration ou une création à porter. Les dimensions, le type de fibre, la fréquence d’utilisation et la finition sont alors examinés ensemble. Une pièce destinée à être souvent manipulée ne se prépare pas comme un galon décoratif. La réponse tient compte de la largeur souhaitée, de la résistance attendue et de l’accord entre les matériaux. À Brantôme-en-Périgord, l’Atelier des Fées Tisserandes fait ainsi vivre des techniques de tissage et de tressage par des créations textiles, des bijoux, des accessoires et des moments de transmission.