À Penne-d’Agenais, Simon Charbonnier exerce le métier de dinandier d’art et d’orfèvre. Son travail prolonge une pratique ancienne du métal en feuille, en particulier du cuivre, du laiton, du bronze, de l’étain et de l’argent. Ces matériaux sont mis en forme par le martelage, avec des opérations de rétreinte et d’étirage qui permettent de faire naître des volumes, des courbes et des contre-courbes. La dinanderie se situe ainsi entre la chaudronnerie du cuivre et l’orfèvrerie : elle demande une maîtrise de la matière, mais aussi une attention à la silhouette et à la présence de l’objet terminé.
Le métal en feuille n’est pas un matériau qui se contente d’être découpé puis assemblé. Pour lui donner une forme, le dinandier le travaille progressivement sur des supports adaptés. Le martelage déplace la matière et transforme une surface plane en volume. La rétreinte resserre et creuse la feuille pour lui faire prendre une forme plus fermée ; l’étirage l’accompagne au contraire vers une ouverture ou une extension. Ces actions se succèdent selon le dessin recherché. Chaque coup modifie légèrement la tension du métal et participe à la construction de la pièce.
Le geste doit rester régulier sans devenir mécanique. Une percussion trop forte peut marquer la feuille ou créer une déformation difficile à corriger. Un martelage trop léger ne donne pas assez de mouvement au métal. Le dinandier observe donc la manière dont la surface répond, écoute le son produit par l’outil et contrôle l’évolution du volume. Cette relation entre l’œil, la main et la matière explique la place du temps dans la fabrication. La forme se construit par étapes, avec des reprises qui affinent la courbe et rapprochent l’objet de son équilibre final.
Les créations de Simon Charbonnier s’inscrivent dans une recherche de formes contemporaines. La dinanderie permet de travailler des objets dont l’intérêt tient autant à leur volume qu’à leur surface. Une coupe, un vase, un élément décoratif ou une pièce destinée à un intérieur peut être conçu autour d’une ligne continue, d’un bord évasé ou d’une alternance de parties bombées et resserrées. Le métal réfléchit la lumière différemment selon l’orientation des coups et la courbure obtenue. Les traces du travail peuvent donc contribuer à l’identité visuelle de l’objet au lieu d’être dissimulées.
Le cuivre et le laiton offrent des tonalités chaudes et une grande capacité à recevoir des formes amples. Le bronze apporte une autre densité visuelle, tandis que l’étain se distingue par sa teinte et son comportement sous l’outil. L’argent permet une expression plus lumineuse et une relation particulière avec les détails. Le choix du métal dépend du projet, de la taille de la pièce, du rendu recherché et de la façon dont elle sera regardée. Une même forme peut changer de caractère lorsqu’elle passe d’un matériau à l’autre.
Le travail de l’orfèvre rejoint celui du dinandier lorsque la pièce exige une grande précision dans les bords, les assemblages, les proportions et la finition. Une surface métallique peut être laissée mate, polie ou travaillée pour produire des nuances de réflexion. La finition révèle alors la qualité du volume. Elle doit accompagner la forme sans la surcharger, permettre de lire les courbes et conserver la cohérence de l’ensemble. Le résultat ne repose pas uniquement sur l’éclat : il dépend de la relation entre la matière, la lumière et la construction de l’objet.
Le site de Simon Charbonnier présente également des réalisations et des stages. La transmission s’appuie sur l’observation des gestes et sur la compréhension des opérations qui donnent forme à la feuille. Pour une personne qui découvre la dinanderie, le martelage permet de comprendre rapidement que le métal ne se plie pas au hasard. Il faut préparer la pièce, choisir l’outil, installer le support, frapper avec mesure et vérifier régulièrement la progression. La rétreinte et l’étirage deviennent plus lisibles lorsqu’on voit comment elles modifient la géométrie de la surface.
Le parcours de l’artisan a été distingué par plusieurs prix régionaux liés aux métiers d’art et à la création contemporaine. Ces récompenses sont associées à son savoir-faire de dinandier d’art et d’orfèvre. Elles témoignent d’une pratique reconnue dans un domaine où la technicité et la recherche formelle avancent ensemble. La dinanderie ne consiste pas seulement à reproduire des formes anciennes : elle peut servir à explorer des objets actuels, des lignes nouvelles et des relations différentes entre le métal et l’espace.
À Penne-d’Agenais, Simon Charbonnier inscrit ainsi le martelage du cuivre, du laiton, du bronze, de l’étain et de l’argent dans une expression contemporaine. Les gestes de rétreinte et d’étirage donnent à la feuille sa profondeur, tandis que la finition précise la manière dont l’objet capte la lumière. Pour une création décorative, une pièce d’orfèvrerie ou une découverte du métier lors d’un stage, son atelier représente un savoir-faire où la courbe naît directement du travail de la matière.