À Valfleury, Simon Telley perpétue une tradition familiale consacrée à l’ébénisterie d’art et à la restauration du mobilier. L’Atelier de l’Antiquité travaille sur des meubles anciens, des pièces marquetées, des boiseries et des créations réalisées sur mesure. Son activité couvre des périodes qui vont du XVIIᵉ au XXIᵉ siècle, avec une attention particulière portée à l’histoire de chaque objet, à ses matériaux et à ses techniques de construction. La restauration, la fabrication et la transformation ne sont pas traitées comme des opérations interchangeables : un meuble ancien doit être compris avant d’être nettoyé ou réparé, tandis qu’une création contemporaine se construit à partir d’un usage, de dimensions et d’un environnement.
Simon Telley est fils d’ébéniste. Son père, Jean-François, est présenté comme sculpteur ébéniste d’art depuis 1990. Cette proximité avec l’établi a commencé tôt et a orienté le parcours de Simon vers le mobilier et les arts décoratifs. Il crée son entreprise en 2004 au sein de l’atelier familial, puis approfondit la restauration des meubles anciens au fil des pièces qui lui sont confiées. Cette expérience se prolonge par la transmission : il a enseigné la restauration du mobilier pendant deux ans aux Ateliers et Conservatoire des Meilleurs Ouvriers de France à Saint-Étienne et a formé plusieurs apprentis issus des Compagnons du devoir et de l’Afpa.
Restaurer un meuble commence par un constat d’état. Les déformations, les soulèvements de placage, les fissures, les traces d’insectes, l’usure des finitions et les anciennes réparations doivent être observés ensemble. Une détérioration visible peut être la conséquence d’un problème plus discret dans la structure ou dans les variations d’humidité. Le travail consiste donc à comprendre les causes avant de choisir une intervention. Le bois, la marqueterie, les garnitures métalliques, les serrures et la finition forment un ensemble. Agir sur une partie sans tenir compte des autres peut fragiliser le meuble ou modifier son équilibre.
L’Atelier de l’Antiquité met en avant l’emploi de matériaux et de techniques cohérents avec l’époque de conception. Pour le mobilier antérieur au XXᵉ siècle, les produits réversibles comme la colle d’os et la colle de poisson peuvent être utilisés. Cette approche laisse la possibilité de futures interventions et évite de rendre les réparations impossibles à reprendre. La connaissance des essences, des assemblages, des styles et des méthodes de finition permet de différencier une restauration respectueuse d’une remise à neuf qui effacerait les traces de l’objet. Une nuance, une patine ou une petite irrégularité peuvent appartenir à l’histoire du meuble et ne doivent pas être supprimées sans raison.
La marqueterie demande une lecture particulière. Les placages de bois, les éléments de cuivre, les filets et les décors peuvent avoir bougé ou se décoller avec le temps. Sur un meuble de style Napoléon III, l’atelier commence par déposer les garnitures de bronze afin de pouvoir les nettoyer sans les endommager et d’accéder aux surfaces de bois. Les parties de marqueterie qui le nécessitent sont recollées. Lorsqu’un élément manque, une empreinte peut servir à préparer une pièce nouvelle, découpée au bocfil ou à la scie à marqueterie, puis ajustée et collée. Les gravures peuvent être reprises si l’état du décor le demande.
Le secrétaire dit « faux semainier » de l’époque Napoléon III illustre cette méthode. Le meuble possède sept tiroirs en façade, dont trois sont simulés sur l’abattant. La restauration porte à la fois sur les garnitures de bronze, la marqueterie et les finitions. Le placage de poirier reçoit un vernis au tampon noir, tandis que la marqueterie Boulle reçoit une finition au tampon incolore. Le remontage des bronzes et la pose d’un cuir décoré à l’or fin complètent l’intervention. L’intérêt de ce travail réside dans la coordination des opérations : les éléments décoratifs, la surface du meuble, la finition et le cuir doivent retrouver une relation équilibrée.
Le vernis au tampon fait partie des techniques associées à la restauration de meubles anciens. Il se construit par dépôts successifs et demande une surface préparée avec soin. La brillance, la profondeur et la manière dont la lumière circule sur le placage dépendent de la préparation et du geste. Le résultat ne doit pas donner l’impression d’une couche uniforme posée sur un bois indifférencié. Sur une marqueterie, la finition accompagne les différences de couleur, les lignes du décor et les transitions entre les matériaux. L’intervention est adaptée à l’époque et à l’état du meuble, en tenant compte de ce qui a été conservé.
La restauration des garnitures et des serrures complète parfois le travail sur le bois. Les bronzes peuvent être déposés, nettoyés puis remontés lorsque leur état et leur fonction le permettent. Une serrure peut demander une réparation ou un ajustement afin que le meuble retrouve son usage. Les ferrures ne sont pas seulement des ornements : elles participent à l’ouverture, à la fermeture et à la solidité de certains éléments. Leur position doit rester compatible avec les jeux du meuble et avec la finition des surfaces voisines. Cette attention aux détails permet de retrouver une utilisation quotidienne sans dissocier la fonction de la valeur décorative.
L’atelier fabrique également des meubles en bois massif ou marquetés. Un projet sur mesure peut concerner une bibliothèque, une table, une commode, un bureau, une boiserie, une cuisine ou un aménagement intérieur. La conception part d’une idée, d’un croquis ou d’un besoin fonctionnel. Les dimensions de la pièce, la circulation, les ouvertures, la lumière et la destination du meuble orientent les choix. Les essences de bois et les finitions sont étudiées en fonction du style recherché et de l’usage. Chaque pièce est réalisée à l’unité, avec des assemblages et des proportions adaptés plutôt qu’à partir d’un format standard.
Les assemblages traditionnels contribuent à la durée du mobilier. Tenons, mortaises, chevilles en bois, queues d’aronde et autres liaisons sont choisis selon la construction et les efforts que le meuble devra supporter. Une bibliothèque chargée de livres n’est pas conçue comme un petit meuble d’appoint. Une table doit tenir compte des mouvements du bois et des contraintes liées à son plateau. Une boiserie doit s’intégrer aux murs, aux angles et aux ouvertures existantes. Le travail de l’ébéniste consiste à faire dialoguer la matière, la structure, les dimensions et la finition pour que la pièce reste cohérente dans son environnement.
Les réalisations de l’atelier montrent plusieurs réponses à des situations concrètes. Une bibliothèque en merisier de style Louis-Philippe a été transformée pour retrouver sa place après l’agrandissement d’un intérieur. Le décapage, la suppression d’une corniche, l’ajout de tiroirs et de portes, ainsi que la fabrication d’une partie basse ont modifié le meuble sans le réduire à une simple couche de peinture. Les façades ont reçu une laque bleu nuit et une finition mate texturée qui rappelle un élément contemporain de la pièce. Cette transformation met en évidence la possibilité de conserver un meuble ancien tout en l’adaptant à une nouvelle organisation de l’espace.
Une autre création est une boiserie de salon d’hiver, tandis que des meubles en frêne olivier massif, des bibliothèques et des tables montrent la diversité des commandes. Le bois massif conserve ses variations de veinage, ses différences de teinte et ses mouvements. Le choix d’une essence ne se résume pas à son apparence sur un échantillon : il faut considérer la lumière de la pièce, la taille de la surface, l’entretien et la relation avec les autres éléments. Pour une table ou un meuble de rangement, la résistance et la facilité d’usage participent au choix. Pour une boiserie, la continuité des lignes et la relation avec l’architecture deviennent déterminantes.
L’aérogommage et le relooking constituent une autre voie pour certains meubles de style ou de grande série. L’aérogommage peut servir à préparer le support ou à retrouver un aspect plus naturel, mais il ne convient pas à toutes les essences ni à toutes les finitions. Le choix de cette technique doit donc être précédé par une observation du bois et du vernis. Un ponçage fin peut compléter la préparation. La finition est ensuite adaptée à l’usage, avec une peinture appliquée au pistolet en cabine lorsque le projet le demande. Cette prestation peut aussi être limitée à la préparation, si le propriétaire souhaite réaliser lui-même la finition.
L’atelier propose par ailleurs des antiquités restaurées. La sélection porte sur des meubles, des tableaux et des objets d’art choisis pour leur caractère, leur époque, leur fabrication ou leur patine. Une pièce peut être conservée dans son état lorsque celui-ci présente un intérêt, ou faire l’objet d’une restauration complète comprenant le traitement du bois, la consolidation de la structure et la reprise des finitions. La différence entre une conservation et une remise en état complète est examinée en fonction de l’histoire, de l’usage souhaité et de l’état général. Cette approche évite de faire disparaître les éléments qui donnent à un objet son identité.
Un projet de restauration gagne à être accompagné de photographies, de dimensions et de renseignements sur l’histoire connue du meuble. Les vues des pieds, des assemblages, des placages, des ferrures et des zones abîmées facilitent le premier échange. Pour une fabrication, un plan, une esquisse ou une description de l’usage permet de préciser les proportions et les contraintes. L’examen de la pièce ou du lieu permet ensuite d’affiner les choix de bois, de finition, de restauration et de livraison. Les modalités pratiques, les délais et les possibilités d’intervention sont à définir directement avec Simon Telley.
À Valfleury, L’Atelier de l’Antiquité associe la restauration du mobilier ancien, la fabrication de meubles sur mesure, le travail de la marqueterie et l’adaptation de pièces existantes. Le parcours de Simon Telley s’inscrit dans une histoire familiale et dans une pratique attentive aux matériaux, aux assemblages et aux finitions. Du secrétaire Napoléon III à la bibliothèque transformée, de la marqueterie Boulle au meuble en bois massif, chaque projet appelle une méthode différente. Le bois, les garnitures, la patine et l’usage futur sont considérés ensemble afin de préserver ou de créer un meuble qui puisse continuer à vivre dans un intérieur.