À Marseille, dans le quartier du Panier, l’Atelier Arterra crée des santons de Provence et des figurines en argile qui associent la tradition de la crèche à une écriture personnelle. L’atelier est entré dans la famille des santonniers en 1996 et défend une fabrication entièrement réalisée à la main. Les personnages sont destinés aux crèches, à la décoration et aux collections. Ils peuvent reprendre les figures familières de la Nativité et de la pastorale, évoquer les métiers ou les habitants d’un village provençal, et composer un ensemble qui raconte une vie locale autant qu’une histoire religieuse.
Le santon commence par une idée de personnage. Avant de toucher l’argile, l’atelier rassemble des documents, observe des attitudes, étudie les costumes, les accessoires et les outils associés au sujet. Cette recherche permet de donner une présence crédible à une figure de boulanger, de berger, de musicien, de marchande ou d’artisan. La posture, la position des mains et l’inclinaison de la tête indiquent déjà une action ou une manière d’être. Un personnage qui porte un panier ne se construit pas comme un sujet assis ; un animal, un enfant ou une figure en mouvement demande une autre relation entre le corps, les appuis et les accessoires.
Le premier modèle est sculpté dans l’argile. Le modeleur construit le volume, précise les proportions et installe les détails qui donneront au santon son caractère. Les outils en bois de buis ou en métal permettent de creuser, lisser, pousser ou reprendre la terre. Certains sont façonnés par l’artiste lui-même pour répondre à une forme ou à une marque particulière. Le travail ne consiste pas à couvrir la surface de détails indistincts. Il faut choisir ce qui sera lisible à l’échelle du personnage, conserver une silhouette équilibrée et donner aux vêtements, au visage et aux accessoires une cohérence d’ensemble.
La sculpture du prototype demande de penser le sujet sous tous les angles. Une figurine destinée à être regardée dans une crèche peut être vue de face, de côté ou légèrement en hauteur. Les plis d’un vêtement doivent accompagner le mouvement du corps et les volumes doivent rester assez nets pour supporter les étapes suivantes. Le visage porte une attention particulière : l’expression ne dépend pas seulement de la forme des yeux, mais aussi de la direction du regard, de l’orientation de la tête et du rapport entre les traits. Le modèle devient la référence qui guidera la reproduction sans supprimer le travail de retouche de chaque exemplaire.
Lorsque le prototype est achevé, l’atelier réalise un moule mère en plâtre. Ce moule sert ensuite à produire des moules de tirage adaptés à la reproduction du sujet. Plusieurs moules peuvent être nécessaires pour une même figurine, notamment lorsque la silhouette, les bras, les accessoires ou les parties en relief rendent le démoulage plus complexe. La conception du moule doit préserver les détails du modèle tout en permettant de retirer la terre sans casser les éléments fragiles. Le santonnier anticipe donc la fabrication dès la sculpture initiale, en tenant compte des plans de joint et des zones qui devront être assemblées.
L’estampage consiste à presser un boudin d’argile entre les matrices du moule de tirage afin d’en prendre l’empreinte. La terre doit remplir correctement les creux et les reliefs, sans créer de manque ni de poche qui fragiliserait la pièce. La pression, l’épaisseur et le retrait futur de l’argile influencent la qualité du résultat. À la sortie du moule, le sujet possède sa forme générale, mais il n’est pas considéré comme terminé. La reproduction fournit une base ; la main reprend ensuite la pièce pour lui redonner sa précision et sa vie.
La retouche transforme chaque exemplaire en pièce travaillée individuellement. Les membres sont détachés lorsque le modèle le demande, puis remodelés afin de clarifier les espaces entre les jambes ou les pattes. Les bras et les accessoires, comme un chapeau ou un panier, sont souvent moulés séparément et rapportés avec de la barbotine, une argile presque liquide qui sert de colle. Le modeleur reprend aussi les détails que l’estampage n’a pas restitués avec assez de netteté. Cette étape évite qu’une série ne devienne uniforme : chaque santon retrouve une expression, une tension et une finition qui dépendent du regard porté sur la terre fraîche.
Les contreforts utilisés pour maintenir un sujet debout lorsque l’argile est encore humide sont retirés pendant cette phase. Ces appuis peuvent prendre la forme d’une herbe, d’un muret ou d’un autre élément placé derrière une jambe. Ils ont une fonction technique temporaire et ne doivent pas alourdir la silhouette finale. Le santonnier examine alors l’équilibre du personnage, la finesse des contours et la manière dont les accessoires s’intègrent au corps. Une figurine réussie reste stable, mais elle ne donne pas l’impression d’être soutenue par un ajout qui détournerait le regard du sujet.
L’ébarbage élimine les surplus d’argile laissés autour du plan de joint. Les coutures du moule sont retirées avec précision afin de retrouver une surface propre et une ligne continue. Le lavage au pinceau humide lisse ensuite la terre et efface les traces provoquées par les interventions ou les manipulations. Ces gestes sont discrets, mais ils conditionnent la netteté de la pièce avant le séchage. Un contour mal repris pourrait rester visible après la cuisson ou gêner la pose des couleurs. La préparation de la surface fait donc partie intégrante du travail de sculpture.
Le séchage s’effectue à l’air libre et sa durée dépend de la taille du sujet et des conditions ambiantes. L’argile doit être entièrement débarrassée de son humidité avant d’entrer dans le four. Une eau encore enfermée dans la matière se transforme en vapeur avec la montée en température et peut provoquer la rupture de la figurine. Le santonnier surveille ainsi une étape qui ne se voit presque plus lorsque le personnage est peint. Le temps de repos protège le travail réalisé et prépare la terre à devenir terre cuite.
La cuisson se déroule en deux phases. Une montée lente en température conduit la pièce vers environ 960 degrés, puis un palier et un refroidissement progressif limitent les risques de choc thermique. Pendant cette transformation, l’argile perd sa ductilité et acquiert de nouvelles propriétés mécaniques : elle devient dure et insoluble, mais aussi plus cassante. La cuisson fixe la forme, révèle la solidité de la terre cuite et prépare la surface à recevoir la décoration. Chaque sujet doit être placé et manipulé avec soin avant et après le passage au four.
La peinture constitue l’étape qui donne au santon ses couleurs, son costume et une partie de son expression. Les sujets traditionnels et les figures de décoration reçoivent des teintes qui soulignent les tissus, les accessoires, les cheveux et les détails du visage. Le regard fait l’objet d’une attention particulière. Les yeux sont dessinés avec plusieurs couleurs pour distinguer l’iris, la pupille et le blanc, puis un point de lumière donne une direction au regard. Ce détail minuscule modifie la présence du personnage. Il peut le rendre attentif, pensif, tourné vers un autre sujet ou engagé dans l’action représentée.
Les collections Arterra existent en cinq tailles, de 7 à 30 centimètres. Cette variété permet d’adapter les figurines à des crèches de dimensions différentes, à une composition décorative ou à une présentation où un personnage doit devenir le point de regard principal. Les santons blancs laissent apparaître la couleur naturelle de l’argile et mettent l’accent sur le modelé, les volumes et les détails de la sculpture. Les versions peintes ajoutent le costume, l’atmosphère et la richesse chromatique de la scène. Une même figure peut ainsi être appréciée par la couleur ou par la sobriété de la terre cuite non peinte.
La tradition provençale de la crèche dépasse la seule représentation de la Nativité. Autour de la Sainte Famille, des bergers et des rois mages, elle accueille une multitude de personnages inspirés de la vie quotidienne. Le boulanger, la poissonnière, le paysan, le musicien ou la lavandière donnent à la scène une dimension de village. Ces figures permettent de composer un paysage humain où les gestes, les métiers et les vêtements racontent une société. L’Atelier Arterra prolonge cette tradition tout en conservant un style qui peut rejoindre la décoration contemporaine et les collections de personnages hors crèche.
À Marseille, l’Atelier Arterra relie donc la sculpture de l’argile, la fabrication des moules, l’estampage, la retouche, l’ébarbage, le séchage, la cuisson et la peinture. Chaque étape compte dans la construction d’un santon : la recherche donne son sens au personnage, le prototype établit sa silhouette, le moule permet sa reproduction et la retouche lui rend une présence particulière. Les cinq formats, les sujets peints, les santons blancs, les figurines de crèche et les pièces destinées à la décoration forment un répertoire où la tradition provençale reste vivante grâce à la précision des mains qui la façonnent.