À Guilliers, dans le Morbihan, l’Atelier BBC Gaillard perpétue depuis 1988 un savoir-faire de bronzier et de fondeur d’art. Cette entreprise familiale accompagne artistes, collectivités, architectes, antiquaires, entreprises et particuliers dans la réalisation de pièces uniques comme de séries. Son activité couvre la transformation d’un modèle en bronze, mais aussi l’entretien et la restauration d’objets existants. Sculptures monumentales, bronzes d’ameublement, trophées, médailles, plaques, objets religieux et éléments décoratifs sont travaillés dans une même logique de précision et de finition.
Une fonderie d’art familiale en Bretagne
L’Atelier BBC a été créé en 1988 par Jean-Claude Gaillard. Le dossier de presse des Journées européennes des métiers d’art le présente comme un atelier de bronzier et fondeur d’art établi à Guilliers, engagé dans la transmission d’un métier rare. Le site professionnel décrit une entreprise familiale qui travaille pour des artistes et pour des commanditaires très différents, depuis l’objet décoratif jusqu’à la sculpture d’art monumentale. Cette diversité demande de savoir adapter les outils, les épaisseurs, les alliages, les modes de finition et les contrôles à chaque projet.
La fonderie détient le label Artisan d’Art et indique également bénéficier du label Entreprise du Patrimoine Vivant. Ces reconnaissances s’inscrivent dans une pratique où les opérations sont réalisées par une équipe formée aux métiers du bronze. Le site invite à découvrir les espaces de moulage, de cire, de fonderie, de ciselure et de patine. Chaque zone correspond à une étape particulière, avec ses gestes, ses risques et ses critères de qualité.
Le bronze permet de conserver la présence d’un modelage, mais il ne restitue pas automatiquement toutes les qualités du modèle original. La préparation du moule, l’épaisseur de la cire, la position des alimentations, la température de coulée, le décochage, le nettoyage et la ciselure ont une influence sur le résultat. La finition modifie ensuite la lecture de la surface. Une patine chaude peut accentuer les creux, adoucir les transitions ou faire varier la profondeur d’une figure. Le travail du fondeur consiste donc à respecter l’intention du sculpteur tout en maîtrisant les contraintes propres au métal.
Le moulage, première étape de la reproduction
Le processus présenté par l’atelier commence avec le modèle original. Celui-ci peut être une sculpture en terre, une maquette en bois, une forme en résine ou un volume en plâtre. Le mouleur choisit le type de séparation qui permettra de retirer le modèle sans l’endommager et de remonter le moule pour la coulée. La complexité de la forme détermine le nombre de parties, les plans de joint et les renforts nécessaires.
Plusieurs couches de silicone sont appliquées sur la sculpture pour épouser ses reliefs. Cette membrane souple constitue l’empreinte négative. Une chape en plâtre ou en résine l’accompagne afin de maintenir la forme lorsqu’elle est ouverte. Le démontage demande de repérer les zones fragiles, les contre-dépouilles, les détails fins et les parties qui pourraient se déformer. Le moule doit ensuite être nettoyé et refermé avec suffisamment de précision pour limiter les traces de joint sur la cire et le bronze.
Cette phase est déjà une lecture du modèle. Le mouleur doit comprendre la construction du volume et anticiper le passage de la matière liquide dans les zones creuses. Une sculpture composée de bras, de drapés, de feuillages ou d’éléments saillants ne se traite pas comme une forme pleine et régulière. Les choix de séparation et de maintien influencent la fidélité de la reproduction et la quantité de reprise qui sera nécessaire après la fonte.
La cire perdue et la coulée du bronze
Après le moulage, le tireur de cire reproduit l’empreinte en cire chaude. La cire est appliquée ou coulée de façon à obtenir une épaisseur régulière, généralement de quelques millimètres selon les besoins de la pièce. Les coutures du moule sont effacées, les détails sont contrôlés et un réseau de jets et de canaux est ajouté. Ce réseau doit conduire le bronze vers les parties les plus fines tout en permettant aux gaz de s’échapper.
Le modèle en cire reçoit ensuite un noyau lorsque la forme est creuse, puis une carapace réfractaire composée de couches de plâtre et de chamotte. Le séchage et la cuisson préparent le moule à la disparition de la cire. Le décirage évacue la matière organique et la cuisson élimine l’humidité résiduelle. Le moule chaud est ensuite installé dans le sable afin d’être maintenu au moment de la coulée.
Le bronze est porté à haute température avant d’être versé dans le moule. Il suit les canaux prévus et remplit l’empreinte jusqu’aux détails du modèle. Après refroidissement, la carapace est cassée pour dégager la pièce. Le noyau est retiré, les jets sont tronçonnés et la surface est nettoyée par sablage. À ce stade, le bronze est encore brut : son apparence et sa précision dépendent du travail de reprise qui suit.
La fonderie propose aussi des tirages au sable et des moulages réfractaires de type carapace. Le choix du procédé dépend de la taille, de la forme, du niveau de détail, de la quantité d’exemplaires et de la nature du projet. Une petite médaille, un élément d’ameublement et une sculpture monumentale ne demandent pas la même organisation. La capacité à passer de la pièce unique à la série repose sur cette adaptation technique.
Ciselure, assemblage et patine
La ciselure redonne au bronze la précision et le caractère du modèle. Le ciseleur travaille avec un marteau et des ciselets forgés pour reprendre les surfaces, effacer les défauts de coulée et retrouver les détails du modelage. Les coutures, les traces de jets et les irrégularités sont supprimées avec mesure. Il ne s’agit pas de lisser indistinctement la matière : la ciselure doit différencier une peau, un tissu, une feuille, une pierre ou une surface polie.
Les pièces de grande taille sont assemblées après la coulée. Les raccords doivent être solides et suffisamment discrets pour que la sculpture conserve son unité. L’atelier décrit également le marquage de la signature de l’artiste, du numéro d’épreuve, du cachet de la fonderie et de l’année de fonte lorsque le projet relève du tirage d’art. Ces informations accompagnent l’objet sans se substituer à la qualité de sa surface et de ses volumes.
La patine à chaud constitue la dernière grande étape de la fabrication. Le patineur chauffe le métal et applique des produits qui provoquent des variations de couleur et de transparence. Le résultat peut aller du brun profond au vert, au noir, au doré ou à des nuances plus contrastées. La patine est choisie en dialogue avec l’artiste et avec la destination de la pièce. Une œuvre extérieure, une sculpture destinée à un intérieur et un objet liturgique n’ont pas la même relation à la lumière, au toucher et à l’environnement.
Lorsque la patine n’est pas retenue, l’atelier peut proposer un polissage ou un traitement de surface. Vernis, dorure, argenture, nickelage, brossage et vieillissement léger donnent des aspects différents au bronze, au laiton ou à certains éléments décoratifs. Le traitement doit rester cohérent avec l’usage de l’objet, la matière et l’effet recherché. Les finitions peuvent aussi servir à remettre en état un bronze ancien ou à harmoniser des éléments restaurés.
Création, restauration et objets de transmission
L’Atelier BBC travaille à partir de modèles fournis par les artistes, mais il indique aussi pouvoir créer des modèles originaux. Une idée, un dessin ou une maquette peut être transformé en objet par étapes successives : définition du volume, choix du procédé, réalisation du moule, tirage, ciselure et finition. Cette capacité intervient pour une œuvre d’art, un objet promotionnel, une série de trophées ou une médaille personnalisée.
Les médailles peuvent recevoir un blason, des armoiries, un symbole ou un dessin lié à une cérémonie. Les trophées sont conçus selon le thème d’un événement et peuvent être réalisés en petite quantité ou pour une série plus large. Les plaques en bronze et les bas-reliefs répondent à des usages commémoratifs, architecturaux ou décoratifs. Les formes sont adaptées au support, au mode de fixation et à la lecture souhaitée.
Le travail concerne également les bronzes d’ameublement et d’architecture. L’atelier peut concevoir des luminaires, des poignées, des entrées de serrure, des platines, des rosaces ou des éléments décoratifs à partir de plans papier ou de dessins 3D. Pour une restauration, la recherche porte sur les proportions, les profils, les motifs et la finition existante. Refaire une pièce manquante demande de comparer les éléments conservés et de fabriquer une forme qui s’intègre à l’ensemble sans créer de rupture visible.
Le patrimoine religieux constitue un autre domaine présenté par l’atelier. Des croix, calices, bénitiers, chandeliers, pupitres, vases, Christs et autres objets liturgiques peuvent être entretenus ou restaurés. La restauration ne consiste pas nécessairement à rendre la surface neuve. Elle peut chercher à stabiliser l’objet, à retrouver sa lisibilité et à conserver les traces compatibles avec son histoire. Les opérations choisies dépendent de l’état du métal, des assemblages, des finitions et de la fonction de l’objet.
Une pratique qui va de la miniature au monumental
La fonderie BBC annonce une activité allant de la miniature à la sculpture monumentale et de la pièce unique à la grande série. Cette amplitude repose sur une chaîne de métiers complémentaires. Le mouleur prépare l’empreinte, le tireur de cire construit le modèle qui sera fondu, le fondeur organise la coulée, le ciseleur reprend le métal et le patineur donne sa tonalité à la surface. Les créateurs et les commanditaires restent associés aux choix esthétiques et fonctionnels qui orientent la fabrication.
À Guilliers, l’Atelier BBC Gaillard fait ainsi vivre une fonderie d’art où le bronze passe du modèle à l’objet par une succession de gestes précis. Les sculptures d’art, les monuments, les médailles, les trophées, les bronzes d’ameublement et les objets religieux partagent une même exigence de fidélité, de solidité et de finition. La diversité des commandes ne dilue pas le savoir-faire : elle montre au contraire comment le moulage, la cire perdue, la fonte, la ciselure, la patine et la restauration peuvent s’adapter à des formes et à des usages très différents.