À Saint Geniez d’Olt et d’Aubrac, en Aveyron, Adrien de Potestad développe le tournage d’art sur bois au sein de l’atelier AD tourne. Ses créations partent de morceaux de bois dont les veinages, les nœuds, les cicatrices et les accidents racontent une croissance particulière. Le tour permet de révéler ces lignes dans des formes d’art de la table, des objets décoratifs, de la vaisselle, des bijoux et des pièces sur mesure. L’atelier ne cherche pas à faire disparaître les irrégularités : il les considère comme des éléments de dessin qui orientent la forme et donnent à chaque objet une présence différente.
Le parcours d’Adrien de Potestad s’est construit autour de plusieurs métiers du bois et de la matière. Il indique avoir découvert professionnellement le travail du bois à quatorze ans auprès du tourneur Guillaume Atrux, à Sainte-Eulalie. Il a ensuite suivi une formation en ébénisterie à l’école Boulle, puis une année de sculpture ornemaniste sur bois et une année de tournage d’art sur bois à Saint-Quentin. Un brevet des métiers d’art en ferronnerie d’art complète ce parcours. Ces apprentissages expliquent la place donnée à la structure, au dessin et à la construction dans des pièces qui pourraient sembler simples au premier regard.
Le tournage commence par le choix d’un morceau adapté au projet. Une essence locale, un bois fruitier ou une essence plus précieuse ne présentent pas la même couleur, la même densité ni le même motif. Le veinage peut suivre une direction régulière, se resserrer autour d’un nœud ou se déformer après une croissance irrégulière. Le tour ne gomme pas ces différences. Il fait tourner la pièce afin que les outils puissent dégager une forme, mais le geste doit suivre les réactions du bois. Une coupe trop profonde peut fragiliser une paroi, tandis qu’un retrait mesuré peut faire apparaître une ligne qui donne son caractère au volume.
Les objets tournés sont construits par étapes. Le profil extérieur est d’abord établi, puis la cavité est creusée lorsque la pièce est destinée à devenir un bol, une coupe ou un récipient. L’épaisseur doit rester compatible avec la forme et avec la finition prévue. Une paroi fine peut laisser entrer davantage de lumière et donner une sensation de légèreté ; une paroi plus épaisse affirme la densité du bois et permet de conserver des reliefs. Le ponçage accompagne cette progression. Il ne sert pas seulement à rendre la surface douce : il clarifie les transitions, révèle le fil et prépare la matière à recevoir une huile, un vernis ou une autre finition.
Le travail de l’atelier alterne les formes régulières et les projets qui intègrent des éléments inhabituels. Le tour donne une base circulaire, mais un objet peut ensuite être ouvert, découpé, combiné avec une autre matière ou travaillé à la main. La forme n’est donc pas obligée de rester strictement symétrique. Les accidents du bois peuvent conduire à un bord plus libre, à une ouverture déplacée ou à une orientation particulière du veinage. La pièce conserve alors une relation avec la géométrie du tournage tout en s’en écartant suffisamment pour devenir une création singulière.
La collection « Bois de Rêve » montre la rencontre entre le tournage et l’ébénisterie. Elle rassemble des bijoux en bois dont les veinages peuvent évoquer des montagnes, des lacs ou des brumes, à la manière des pierres de rêve chinoises associées aux paysages peints par les lettrés. Le motif n’est pas ajouté comme une image imprimée. Il naît de l’observation du bois et de la façon dont ses lignes se prolongent dans la forme. Un placage est inséré dans une pièce de bois massif, ce qui associe une structure pleine à une composition plus graphique. La finition en vernis mat laisse la lecture du dessin au premier plan.
Cette collection demande une grande précision de raccord. Le placage doit prendre place dans le bois massif sans casser la continuité du volume. La découpe, l’ajustement et le collage ont une incidence directe sur la lisibilité du motif. Une ligne peut devenir une limite, une diagonale ou une forme qui accompagne la courbe. La bijouterie impose aussi une attention à l’échelle : un veinage qui paraît discret sur une pièce plus grande peut devenir le sujet principal d’un petit objet. Le tournage et l’ébénisterie doivent donc être coordonnés pour préserver à la fois la solidité, la légèreté et la relation entre le dessin et la main.
La collection « À Fleur de Bois » associe des objets en bois tourné à des verres récupérés. Les pièces sont creusées et ajustées afin de recevoir de l’eau et des fleurs fraîches. Le verre conserve sa transparence et sa fonction, tandis que le bois apporte un socle, une chaleur et un contour qui varie selon l’essence. Cette combinaison demande de tenir compte des dimensions, du poids, de la stabilité et de la présence de l’eau. Le contenant doit être suffisamment ajusté pour tenir le verre, mais il doit aussi rester cohérent comme objet décoratif lorsque le vase est observé sous plusieurs angles.
Les essences indigènes citées pour cette collection comprennent le frêne, le hêtre, le châtaignier, le chêne, le noyer et les bois fruitiers. Chacune possède un grain et une couleur propres. Le frêne peut montrer des lignes plus nerveuses, le noyer une profondeur plus sombre, le fruitier des nuances plus chaudes. L’atelier indique parfois recourir à l’ébonisation ou à une teinte extérieure pour modifier la perception de la surface. Ces traitements ne remplacent pas le bois : ils s’appuient sur sa structure et l’accompagnent d’un changement de valeur ou de contraste. Les finitions à l’huile alimentaire sont adaptées aux objets qui peuvent entrer en relation avec la table et les fleurs.
La relation entre bois neuf, bois marqué et matière récupérée traverse la démarche d’AD tourne. Un morceau mort, une souche ou un élément présentant une cicatrice peut contenir un motif que le tournage mettra en évidence. Le choix ne se réduit pas à la régularité d’une planche. Il faut regarder la croissance, la direction du fil et la manière dont les défauts peuvent devenir des qualités visuelles. Une fissure n’est pas forcément un défaut à cacher ; elle peut conduire une ouverture, dessiner une rupture ou distinguer une pièce d’une autre. Le travail consiste à décider ce qui doit être stabilisé et ce qui peut rester visible.
Les créations destinées à la table doivent réunir la beauté du bois et une utilisation cohérente. Un bol, une coupe ou un plat est observé mais peut aussi être manipulé. Le poids, le bord, la profondeur et la façon dont l’objet repose sur une surface comptent autant que le veinage. Une finition alimentaire doit accompagner cet usage sans recouvrir complètement la matière. Pour un vase destiné à recevoir un verre, la résistance et la stabilité prennent une autre place. Pour un bijou, la légèreté, la douceur du contact et la solidité du montage deviennent prioritaires. Le même savoir-faire de tournage se déploie donc selon des contraintes différentes.
L’atelier produit des pièces uniques, des petites séries et des créations sur mesure. Une pièce unique suit les particularités d’un morceau de bois précis. Une petite série cherche une parenté de forme ou de dimension, tout en laissant apparaître des différences de veinage. Le sur-mesure demande d’ajuster l’objet à un usage, à une collection ou à un espace. Il faut alors discuter des proportions, des essences, de la finition et de la relation avec d’autres matériaux. Le projet ne se limite pas à choisir une forme dans un catalogue : il s’agit de construire une réponse à partir du bois disponible et du résultat recherché.
Le bois permet aussi de créer des objets qui portent une lecture paysagère. Dans « Bois de Rêve », les lignes du veinage peuvent faire penser à une montagne, un lac ou une brume. Cette évocation reste ouverte. Elle dépend de la pièce que l’on regarde et de la manière dont la lumière se déplace sur le placage et le bois massif. Une forme tournée peut ainsi devenir un petit territoire à observer. Le rôle du tour n’est pas de produire une série de surfaces identiques, mais de donner à une matière naturelle une géométrie qui rend ses signes plus sensibles.
Le métier demande une attention constante au séchage et à la stabilité. Le bois continue à réagir aux variations d’humidité après sa mise en forme. Le choix de l’épaisseur, l’orientation du fil et la construction de la pièce influencent son comportement. L’artisan doit prévoir les mouvements possibles lorsqu’il assemble un placage, insère un verre ou creuse un contenant. Une pièce qui paraît stable au moment de la fabrication doit conserver ses qualités dans son environnement d’usage. Les finitions protègent la surface, mais elles ne suppriment pas la nature vivante du matériau.
Le parcours de formation d’Adrien de Potestad réunit donc plusieurs regards sur l’objet. L’ébénisterie apporte une compréhension des assemblages et du meuble. La sculpture ornemaniste donne une attention aux reliefs, aux profils et aux détails. Le tournage construit des volumes par rotation. La ferronnerie d’art ouvre une relation différente à la ligne, à la structure et au métal. AD tourne reste centré sur le bois, mais cette diversité de pratiques nourrit la capacité à associer un morceau tourné à un placage, à un verre récupéré ou à une finition particulière.
À Saint Geniez d’Olt et d’Aubrac, l’atelier AD tourne propose ainsi un tournage d’art où la matière guide la création. Les bois choisis pour leurs veines, leurs accidents et leurs histoires deviennent des bols, coupes, vases, bijoux, objets décoratifs et pièces sur mesure. « Bois de Rêve » rapproche le tournage et l’ébénisterie pour faire apparaître des paysages dans les veinages ; « À Fleur de Bois » associe le bois tourné et des verres récupérés pour accueillir des fleurs. Entre le profil construit au tour, l’ajustement précis, la douceur des finitions et la singularité de chaque essence, Adrien de Potestad développe une pratique qui transforme les marques de croissance en motifs et les objets quotidiens en créations à regarder longtemps.