À Aux-Aussat, dans le Gers, Annelie Petitqueux développe une pratique de feutrière et de formatrice autour de la laine et du feutre Nuno. Elle crée des accessoires de mode et des vêtements entièrement réalisés à la main : tuniques, gilets, châles, chapeaux, robes et manteaux font partie des formes présentées par son atelier. Son travail s’appuie sur des matières naturelles choisies pour leurs qualités de douceur, de chaleur, de légèreté ou de tenue, parmi lesquelles la laine mérinos, le cachemire, la soie, l’alpaga et le yak.
La rencontre d’Annelie Petitqueux avec le feutrage remonte à 1995. Elle indique avoir été séduite immédiatement par cette technique, qui transforme des fibres souples en une matière textile cohérente. Le feutre ne se construit pas comme une étoffe tissée ou tricotée : les fibres sont organisées puis amenées à s’accrocher les unes aux autres pour former une surface. La main suit cette transformation et accompagne la densité, l’épaisseur et la forme de la future pièce. Ce rapport direct à la matière explique la place du geste dans ses vêtements et ses accessoires.
Le choix de la laine mérinos constitue une base particulièrement douce pour les créations portées. Cette fibre peut être travaillée pour obtenir un feutre fin, souple ou plus dense selon le projet. Le cachemire et l’alpaga introduisent d’autres sensations au toucher, tandis que le yak est apprécié pour sa douceur et sa chaleur. La soie apporte une fibre différente, avec une présence plus lisse et une relation particulière à la lumière. Ces matières ne sont pas interchangeables : chacune influence la texture, le poids, le tombé et le confort de l’objet final.
Le feutre Nuno ajoute une autre possibilité de construction. Cette technique associe des fibres de laine à un support textile afin de créer une surface où la matière feutrée et le tissu se rencontrent. Le résultat peut rester très fin, montrer des variations de transparence ou donner une texture plus riche selon les fibres et le support choisis. Pour un châle, une tunique ou une robe, cette relation entre souplesse et tenue permet de penser le vêtement comme une matière en mouvement. La surface accompagne le corps sans se réduire à une couleur posée sur un tissu.
Les vêtements feutrés sont des pièces où la forme et la matière se décident ensemble. Une tunique demande une construction qui laisse le corps bouger et qui conserve une ligne lisible. Un gilet doit trouver un équilibre entre ouverture, épaisseur et confort. Un châle peut jouer sur la légèreté, la largeur et la manière dont il se pose sur les épaules. Une robe engage davantage de volume et de continuité, tandis qu’un manteau en feutre fin doit associer chaleur, tenue et aisance. Le travail manuel permet de suivre ces différences au lieu de les traiter comme un même modèle agrandi ou réduit.
Les accessoires de mode offrent un autre terrain d’expression. Un chapeau doit tenir sa forme et accompagner le visage. Sa courbe, son bord et son volume changent la silhouette de la personne qui le porte. Le feutre permet de construire des formes qui restent légères tout en possédant une certaine structure. Un accessoire n’est pas seulement un ajout décoratif : il intervient dans l’allure, le mouvement et le rapport entre le corps et le vêtement. La laine conserve une dimension tactile qui se découvre dans la main avant même que la pièce soit portée.
Le caractère entièrement fait main des créations donne à chaque objet une présence singulière. La répartition des fibres, la pression exercée, le temps de travail et la réaction de la matière peuvent produire de petites différences d’une pièce à l’autre. Ces variations ne sont pas séparées de la qualité du travail ; elles témoignent de la transformation de la laine par les gestes. Une surface peut être plus régulière sur une partie et plus texturée sur une autre. Une bordure peut garder une ligne souple, et un volume peut être repris pour obtenir la forme recherchée.
Le feutrage demande de regarder la matière pendant qu’elle se transforme. Au départ, les fibres peuvent être séparées et légères. Elles doivent être disposées avec suffisamment de cohérence pour que la surface se construise. Le travail de l’eau, du frottement et de la pression rapproche progressivement les fibres. La pièce se resserre, gagne en cohésion et commence à révéler sa tenue. Cette évolution demande de la patience : aller trop vite ou exercer une contrainte mal adaptée peut modifier la surface et la forme. La feutrière accompagne donc un processus où la matière conserve une part de réaction.
Cette attention se retrouve dans la recherche de finitions. Un bord de châle, une ouverture de gilet ou la ligne d’un chapeau doivent conserver leur intention après la transformation de la laine. Le geste peut donner une surface douce et régulière, ou laisser apparaître une texture plus expressive. Le choix dépend de l’objet et de la manière dont il sera utilisé. Un vêtement porté près du corps appelle une sensation agréable ; un chapeau peut valoriser une forme plus construite ; un accessoire peut jouer sur un relief qui attire la main et le regard.
La couleur accompagne ces choix sans remplacer la matière. La laine mérinos, le cachemire, la soie, l’alpaga et le yak apportent des qualités différentes, mais ils peuvent aussi participer à des associations de tons. Une pièce peut privilégier une nuance naturelle et laisser parler le toucher. Une autre peut construire un contraste ou une transition entre plusieurs fibres. Le feutre Nuno permet d’ajouter la relation avec un textile support et de faire varier la profondeur visuelle de la surface. Dans chaque cas, la couleur reste liée à l’épaisseur, à la lumière et au mouvement du vêtement.
Annelie Petitqueux s’est formée grâce à de nombreux stages de formation et de perfectionnement. Ce parcours montre que le feutrage se construit par l’observation et la répétition, mais aussi par la confrontation avec différentes manières de travailler. Chaque stage peut apporter un geste, une méthode de préparation ou une compréhension plus fine du comportement d’une fibre. La progression ne consiste pas seulement à reproduire une forme. Elle permet de mieux choisir les matières, de prévoir la transformation et de faire évoluer une création selon le résultat recherché.
Depuis 2003, Annelie Petitqueux est spécialisée dans les formations professionnelles. Elle les dispense à son domicile ou dans des structures spécifiques. Cette expérience de transmission complète son activité de création. Une formation professionnelle autour du feutre doit pouvoir répondre aux besoins des participants, qu’ils cherchent à comprendre une technique, à perfectionner un geste ou à développer une activité. L’enseignement relie la connaissance des fibres à la pratique : il faut reconnaître une matière, organiser une surface, observer son évolution et terminer une pièce avec une finition adaptée.
Elle indique avoir vingt ans d’expérience dans l’enseignement des techniques du feutre de laine et du feutre Nuno fait main. Cette durée lui permet d’accompagner des niveaux et des projets différents. Une personne qui découvre la laine peut commencer par comprendre comment les fibres se répartissent et s’accrochent. Une professionnelle peut travailler la régularité d’une surface, la construction d’un vêtement ou la mise au point d’un accessoire. Dans les deux cas, la formation passe par des essais concrets et par l’observation des effets produits par le geste.
La transmission porte aussi sur la relation entre une technique et un projet. Le feutre n’a pas la même fonction lorsqu’il devient une robe, un manteau, un châle ou un chapeau. La fibre, l’épaisseur et la construction doivent être adaptées au port et à la forme. Une pièce fine ne se prépare pas comme un objet qui doit conserver un volume marqué. Une création en feutre Nuno doit tenir compte du support textile et de la manière dont les deux matières vont se rapprocher. Le rôle de la formatrice est d’aider à relier ces décisions au résultat observé.
Les œuvres présentées par l’atelier comprennent une robe en feutre Nuno, un manteau en feutre fin et une tunique. Ces trois pièces permettent de parcourir plusieurs expressions du vêtement feutré. La robe met en avant l’association de la laine et du support textile ; le manteau donne à voir la recherche d’une matière fine mais suffisamment construite pour un vêtement extérieur ; la tunique ouvre un registre plus souple, lié au mouvement et à la superposition. Elles rappellent que le feutre peut être travaillé pour des silhouettes très différentes, depuis une pièce légère jusqu’à une forme enveloppante.
Un vêtement en feutre porte la mémoire du geste qui l’a formé. La surface peut laisser apparaître une direction, une nuance ou une irrégularité maîtrisée. Les fibres deviennent une matière continue, mais elles ne perdent pas complètement leur caractère. Cette présence explique l’attrait du feutre : il est à la fois textile, sculpture souple et objet porté. La personne qui revêt une tunique, un gilet ou un manteau ressent la matière par son poids, sa chaleur et sa souplesse, tandis que le regard découvre la texture et les transitions de couleur.
À Aux-Aussat, Annelie Petitqueux associe donc création vestimentaire et enseignement du feutre. Ses tuniques, gilets, châles, chapeaux, robes et manteaux sont réalisés à la main à partir de laines naturelles, dont la mérinos, le cachemire, la soie, l’alpaga et le yak. Le feutre Nuno ajoute une relation particulière avec le textile, tandis que les techniques de feutrage de laine permettent de construire des surfaces plus ou moins fines, souples ou structurées. Son parcours, commencé par une découverte en 1995 et prolongé par des stages puis par vingt ans d’enseignement, nourrit une pratique où la matière, le vêtement et la transmission restent indissociables.