À Ilhet, dans les Hautes-Pyrénées, Heidi Roux développe Antre Mailles et Filets autour de la fabrication de luminaires et d’abat-jour. Son travail part de matériaux marqués par leur environnement, en particulier le bois flotté, pour composer des pièces où la structure, la lumière et la matière restent liées. Les éléments ne sont pas choisis pour remplir une forme prédéfinie. Ils sont regardés pour leurs lignes, leur patine et les traces laissées par le temps ou par l’eau. Cette manière de travailler donne à chaque lampe une présence singulière, différente d’un objet produit à partir d’un matériau régulier.
Le bois flotté occupe une place centrale dans l’univers de l’atelier. Il peut provenir de rivières ou de plages du littoral français, et conserve les marques de son passage dans l’eau. Une branche, une racine ou un fragment de tronc peut présenter une courbe, une écorce transformée, une surface polie ou une extrémité irrégulière. Ces détails ne sont pas effacés pour obtenir une matière uniforme. Ils deviennent au contraire des éléments de composition. La lampe est pensée à partir de ce que le bois offre déjà, puis complétée par des éléments qui soutiennent sa fonction lumineuse.
Heidi Roux explique qu’elle ne recherche pas un simple assemblage de bois. Son intention est de créer un rapport entre différentes matières afin qu’elles s’influencent et entrent en résonance. Cette idée se lit dans la rencontre entre un bois travaillé par l’eau, un socle minéral, une corde, du verre ou un abat-jour. Chaque composant apporte une sensation différente. Le bois suggère le mouvement et la mémoire du paysage ; la pierre donne un ancrage ; la corde introduit une ligne souple ; le verre accroche ou transmet la lumière ; le revêtement de l’abat-jour adoucit l’éclairage doux.
Cette approche modifie la façon de concevoir un luminaire. Le point de départ n’est pas nécessairement une silhouette dessinée à l’avance. Il peut être un morceau de bois dont les proportions appellent une orientation, un support ou une hauteur. Il faut alors chercher comment le poser, comment le stabiliser et comment placer la lumière sans couvrir ce qui fait son caractère. La base, le passage des éléments et le volume de l’abat-jour doivent rester cohérents. Une intervention trop présente masquerait la forme naturelle ; une intervention trop discrète pourrait ne pas assurer l’équilibre de la lampe.
Les abat-jour sont réalisés en tissus ou en papiers minéraux. Ils laissent passer la lumière tout en créant une atmosphère propre à chaque pièce. La matière transforme la qualité de l’éclairage : une surface textile peut filtrer la lumière avec douceur, tandis qu’un papier minéral apporte une présence plus graphique ou une texture particulière. La forme de l’abat-jour complète celle du bois flotté. Un modèle décalé peut accompagner une branche inclinée ; une forme ovale peut prolonger une silhouette verticale ; une surface plus compacte peut encadrer une composition où le socle et le bois occupent déjà beaucoup d’espace.
La lumière devient ainsi une matière de composition à part entière. Elle révèle les reliefs du bois, souligne une courbe, projette une ombre sur un mur ou fait apparaître les fibres d’un revêtement. Le luminaire ne se limite pas à porter une source électrique. Il crée une relation entre l’objet et la pièce qui l’accueille. La perception change selon la distance, l’angle de vue et le moment de la journée. Éteinte, la lampe se lit par sa construction et ses matériaux. Allumée, elle produit un espace de lumière qui révèle autrement le bois, la pierre et l’abat-jour.
Le choix d’une intervention minimaliste accompagne cette recherche. Heidi Roux indique respecter la patine et les formes façonnées par le temps et le travail de l’eau. Une surface creusée, une ligne irrégulière ou une variation de teinte conserve donc sa valeur visuelle. Le travail ne cherche pas à faire passer le bois pour une matière neuve. Il assume son histoire physique et utilise cette histoire pour donner une direction à la pièce. Cette retenue laisse le matériau parler sans transformer le luminaire en objet rustique ou en simple élément décoratif.
Les socles en pierre sont réalisés en collaboration avec Atelier Clé de Voute, tailleur de pierre qui crée également des luminaires. Cette association relie deux savoir-faire qui n’agissent pas sur la même matière. La pierre fournit un appui stable et une masse qui peut équilibrer la légèreté apparente d’une branche. Elle apporte aussi une surface, une couleur et une texture qui répondent au bois. Le socle n’est pas seulement une partie technique destinée à empêcher la lampe de basculer. Il participe à la composition et peut guider le regard depuis le sol ou le meuble vers la lumière.
La collaboration ouvre une réflexion sur la place de chaque artisan dans un objet commun. Le tailleur de pierre travaille la forme, les arêtes et l’assise du socle. Antre Mailles et Filets construit la relation entre ce support, le bois flotté et l’éclairage. La réussite d’un tel ensemble dépend de la proportion et du dialogue entre les surfaces. Une pierre trop présente pourrait écraser le bois ; une base trop fine pourrait ne pas soutenir la composition. Le résultat doit conserver la lisibilité des deux matériaux et laisser comprendre comment ils se complètent.
Les pièces présentées par l’atelier montrent plusieurs directions. Torsade associe du bois flotté à un socle taillé en pierre et repose sur quatre sphères. La pièce joue avec la ligne sinueuse du bois et avec un appui composé de points distincts. Corail réunit un bois flotté, un socle en marbre et un abat-jour décalé en papier et paille. Le Danseur associe lui aussi le bois flotté et une base en marbre, avec un abat-jour en papier minéral et corde. Ces noms ne décrivent pas une série standardisée ; ils permettent de saisir la variété des rapports entre matière, support et lumière.
D’autres créations développent des compositions plus sobres. Soleil utilise un abat-jour ovale en papier fait main avec un bois flotté. Ancre associe un bois à une pierre taillée et à un abat-jour en papier ciré. Lotus relie un socle en grès de Coupiac, du bois flotté et un papier de Chine. Trois Brins associe un abat-jour et un socle en pierre blanche du Portugal. Ces exemples montrent que la palette minérale et la nature du papier modifient l’objet, même lorsque le principe général reste celui d’une lampe construite autour d’un fragment de bois.
La corde et le textile ajoutent une autre qualité au travail. Marine associe une lampe en corde de chanvre à un abat-jour en papier ciré. Clé de Sol et Candice utilisent des abat-jour en tissu avec des compositions en bois et des socles minéraux. Le textile apporte une surface plus souple à côté du bois et de la pierre. Il peut aussi retenir la lumière d’une manière différente du papier. Le choix de la matière accompagne donc la silhouette, mais aussi l’ambiance recherchée. Un tissu donnera une sensation plus enveloppée ; un papier ciré ou minéral pourra laisser davantage apparaître la lumière et la structure.
Les matériaux de récupération apparaissent également dans les recherches de l’atelier. Heidi Roux indique travailler avec du verre, de la corde et des galets pour de nouvelles créations. Ces éléments ne sont pas utilisés comme une collection de composants interchangeables. Ils prolongent la même question : comment faire dialoguer des matières qui portent chacune une histoire, une densité et une manière de recevoir la lumière ? Un galet peut devenir un détail de poids ou de contraste. Un fragment de verre peut introduire une transparence. Une corde peut relier deux parties ou créer une ligne visible autour de l’abat-jour.
Cette attention aux matériaux disponibles s’inscrit dans une démarche éco-responsable, mais elle garde une dimension esthétique. Le bois flotté n’est pas seulement retenu parce qu’il a déjà été façonné par la nature. Il apporte des formes que l’on ne pourrait pas reproduire exactement avec une planche neuve. Le réemploi du verre, de la corde ou des galets enrichit aussi les possibilités de composition. La pièce finale conserve les irrégularités et les différences de surface qui rendent chaque luminaire reconnaissable. La démarche environnementale rejoint ainsi un choix de dessin et de fabrication.
Un luminaire en bois flotté demande une lecture attentive de l’espace. Il faut tenir compte de la place disponible, de la hauteur du support, de la direction de la branche et de la zone que la lumière doit éclairer. Une lampe posée sur un meuble ne se regarde pas comme une suspension. Une composition basse peut mettre en avant un socle et une ligne horizontale ; une forme plus haute peut faire monter le regard et créer une silhouette verticale. L’abat-jour doit accompagner cette orientation tout en protégeant l’ampoule et en diffusant une lumière utilisable.
Le rapport à l’habitat se construit donc par petites décisions. La présence d’un bois clair peut répondre à un mur minéral, à une table ou à des objets naturels. Une pierre sombre peut donner davantage de profondeur à une lampe installée dans un décor clair. Un papier de Chine ou un tissu peut introduire une nuance qui se retrouve dans les rideaux, les assises ou les murs. Le luminaire reste une pièce autonome, mais il peut aussi servir de point de liaison entre plusieurs matières déjà présentes dans la pièce.
Les présentations publiques ont contribué à faire connaître le travail d’Heidi Roux. Des événements consacrés aux métiers d’art ont montré ses lampes en bois flotté et ses compositions à partir de matériaux bruts ou recyclés. Ces occasions permettent de voir les pièces en volume, de comprendre la relation entre le bois et la lumière et d’observer les détails que les images ne rendent pas toujours. Elles replacent le luminaire dans une rencontre directe avec le public, sans le réduire à une fonction d’éclairage ou à une photographie d’objet.
Antre Mailles et Filets est référencé par la Chambre de Métiers et de l’Artisanat d’Occitanie comme un atelier de fabrication de luminaires et d’abat-jour. Le guide régional des métiers d’art reprend cette activité et décrit le travail du bois flotté et des matières naturelles. La presse locale a également présenté Heidi Roux dans des rendez-vous réunissant des créateurs de la vallée d’Aure. L’Insee rattache Ilhet au département des Hautes-Pyrénées et à la région Occitanie. Ces sources situent l’atelier dans un territoire montagnard où les formes naturelles, les matériaux minéraux et la lumière prennent une résonance particulière.
À Ilhet, Heidi Roux compose donc des luminaires à partir de bois flotté, de pierres, de tissus, de papiers minéraux et d’autres matières choisies pour leur capacité à dialoguer. Torsade, Corail, Le Danseur, Soleil, Ancre, Lotus ou Marine montrent des solutions différentes autour d’un même principe : respecter la présence du matériau et construire une lumière qui lui corresponde. Les pièces ne cherchent pas la répétition parfaite. Elles s’appuient sur les traces de l’eau, les irrégularités du bois et les qualités de chaque support pour créer des objets uniques, à la fois fonctionnels et sensibles, où l’éclairage révèle autant qu’il transforme.