À Limoges, Corinne Barataud et Cécile Gonzales réunissent leurs parcours au sein d’Artis Lux, un atelier consacré au vitrail, à la création et à la conservation-restauration. Leur pratique s’appuie sur une formation en Arts et Techniques du verre, une attention particulière portée à l’histoire des lieux et une volonté d’expérimenter la matière sans perdre le lien avec les savoir-faire traditionnels. Elles conçoivent des projets pour des intérieurs privés, des bâtiments, des espaces professionnels et des édifices patrimoniaux, en adaptant la technique, la lumière et la composition à chaque contexte.
Le vitrail n’est pas seulement une surface colorée placée devant une fenêtre. Il organise une relation entre un espace, une source lumineuse et le regard. La transparence, l’opacité, la texture et la couleur du verre changent selon l’heure, la saison et la position de la personne qui observe. Chez Artis Lux, la conception commence par l’écoute du lieu et de l’intention du commanditaire. Une porte, une imposte, une fenêtre, une verrière, un claustra ou un élément décoratif ne présentent ni les mêmes contraintes ni la même manière de recevoir la lumière. Le dessin doit donc dialoguer avec l’architecture avant même le choix des verres.
Les deux créatrices peuvent développer une proposition complète ou exécuter une maquette fournie par le client. Cette souplesse permet de partir d’une idée très ouverte comme d’un dessin déjà précis. Dans les deux cas, la composition doit être traduite dans les dimensions réelles du projet. Les lignes de plomb, les pièces de verre et les espaces de respiration participent ensemble à la lecture de l’image. Une forme très détaillée peut demander une interprétation plus synthétique ; un motif géométrique exige une grande régularité ; une composition libre peut s’appuyer sur les variations naturelles d’un verre soufflé.
La création sur mesure occupe une place centrale dans le travail de l’atelier. Artis Lux réalise des vitraux pour des portes, des fenêtres, des impostes, des brise-vues et des insertions dans le double vitrage. Le vitrail peut aussi prendre place dans une verrière, un claustra, un plafonnier ou une cage d’escalier. Dans une maison, il apporte une séparation sans bloquer complètement la lumière. Dans un espace professionnel, il peut accompagner une identité visuelle ou donner une atmosphère particulière à un accueil. La pièce est pensée avec son environnement, ses usages et les distances depuis lesquelles elle sera regardée.
Le double vitrage ouvre des possibilités techniques spécifiques. Le vitrail peut être intégré dans une menuiserie ou placé en sur-vitrage selon le projet. Il faut alors tenir compte de l’épaisseur disponible, du poids de l’ensemble, de la fixation et de la circulation de l’air. Le choix des verres et la mise en œuvre ne répondent pas seulement à une recherche décorative : ils doivent être cohérents avec le bâtiment et avec la fonction de l’ouverture. Une création destinée à une porte n’est pas conçue comme un panneau placé dans une niche. Les proportions, les zones de passage et les contraintes de nettoyage influencent la solution retenue.
Artis Lux enrichit les techniques traditionnelles par un travail expérimental sur la matière. Le thermoformage permet de modeler des reliefs et de donner au verre une présence plus sculpturale. Les créatrices conçoivent leurs moules et peuvent intégrer des pièces thermoformées dans une composition. La gravure intervient pour modifier la surface et créer des passages de lumière différents. Le sablage produit une texture mate, tandis que la peinture sur verre ajoute des lignes, des ombres ou des accents colorés. Le fusing permet de faire dialoguer des fragments par la chaleur et d’obtenir des effets de matière particuliers.
Ces procédés ne sont pas utilisés comme une collection d’effets. Ils sont choisis en fonction du rôle de la lumière et du caractère du lieu. Une surface sablée peut préserver l’intimité tout en laissant entrer une clarté diffuse. Un relief thermoformé peut accrocher les rayons et changer l’apparence du panneau au fil de la journée. Une gravure peut souligner un contour ou créer une transition entre deux zones. Un verre peint peut apporter un détail lisible lorsque l’ensemble reste volontairement sobre. La combinaison des techniques demande de considérer la réaction de chaque matériau et la façon dont les éléments vont vieillir ensemble.
Le travail de restauration commence par une étude préliminaire. Un constat d’état, un diagnostic et des préconisations permettent de comprendre la construction du vitrail avant toute intervention. Les panneaux peuvent être déposés puis reposés, et les éléments de serrurerie sont examinés avec la même attention que le verre. Sur une table lumineuse, les panneaux sont nettoyés avec méthode afin de retrouver une lecture plus claire sans gommer les traces liées à leur histoire. Les pièces cassées peuvent être collées selon la technique adaptée, et les éléments lacunaires peuvent être remplacés à l’identique lorsque les informations disponibles le permettent.
La peinture sur verre tient une place particulière dans la conservation des vitraux anciens. Les grisailles, le jaune d’argent et les émaux ne produisent pas le même effet et ne répondent pas aux mêmes objectifs. Une peinture lacunaire peut être restituée à froid lorsque cette solution convient à l’intervention. Le choix dépend de l’état du panneau, de la nature des décors conservés et du niveau de lisibilité attendu. Une restauration respectueuse ne cherche pas à rendre chaque partie neuve : elle vise à stabiliser l’œuvre, à préserver ses éléments d’origine et à permettre au regard de comprendre sa composition.
Les réseaux de plomb sont eux aussi observés avec soin. Ils peuvent être consolidés lorsqu’ils restent suffisamment solides, ou faire l’objet d’une remise en plomb partielle ou totale lorsque la structure l’exige. Les pièces historiées bénéficient de protections adaptées pour limiter les risques liés aux chocs et aux contraintes extérieures. La serrurerie peut être remise en état, modifiée ou traitée contre la corrosion. Les panneaux de base peuvent également être redimensionnés afin de recevoir un rejingot en plomb destiné à favoriser l’évacuation externe des eaux de condensation. Chaque décision associe l’état réel de l’ouvrage, son emplacement et les conditions de sa conservation.
La protection complète la restauration. Une verrière exposée aux intempéries, aux vibrations ou aux mouvements d’un bâtiment peut nécessiter une solution destinée à préserver les panneaux sans masquer leur lecture. Artis Lux propose des verrières de protection ainsi que des raquettes de protection et de la serrurerie neuve. Ces dispositifs doivent être intégrés avec discrétion à l’architecture. Leur dimension, leur distance par rapport au vitrail et leur mode de fixation sont étudiés pour limiter les interventions ultérieures. Un rapport d’intervention permet de garder la trace des opérations réalisées et des choix retenus pour la conservation.
Les réalisations présentées par l’atelier montrent la diversité des situations rencontrées. À Limoges, Artis Lux a restauré des médaillons peints, des impostes et des ensembles géométriques, et a conçu des vitraux pour la chapelle Saint-Martial. D’autres projets concernent des vitraux floraux, des baies historiées, des compositions losangées et des ensembles insérés dans des menuiseries ou du mobilier. L’atelier intervient aussi sur des édifices religieux et travaille en collaboration avec d’autres professionnels du verre, de l’architecture et de la restauration. Ces expériences nourrissent une approche où le dessin contemporain peut cohabiter avec un patrimoine plus ancien.
Le rapport au territoire est sensible dans la manière dont Artis Lux décrit Limoges, ville associée aux arts du feu et à la création en verre et en porcelaine. Cette proximité avec des traditions de matière ne réduit pas le vitrail à un héritage immobile. Elle encourage au contraire les croisements entre le verre, le relief, la lumière et les autres disciplines artistiques. Corinne Barataud et Cécile Gonzales viennent d’horizons différents, liés notamment à la porcelaine, à la musique, à l’illustration et à la calligraphie. Ces regards peuvent enrichir la conception d’un motif, la relation entre une ligne et une surface, ou la manière d’inscrire un panneau dans un intérieur.
La restauration et la création se répondent dans la pratique de l’atelier. Restaurer un vitrail ancien impose d’observer les couleurs, les peintures, les plombs, les traces de réparation et les relations entre les panneaux. Créer une pièce nouvelle demande d’anticiper sa tenue, sa lumière et son évolution dans le temps. Dans les deux cas, la réussite dépend d’une compréhension fine du verre et du lieu. Une création peut reprendre l’esprit d’une architecture sans imiter ses décors ; une restauration peut intégrer une adaptation discrète lorsque l’usage du bâtiment l’impose.
Le verre thermoformé, les pièces sablées, les éléments gravés et les insertions dans le double vitrage donnent à Artis Lux une palette qui dépasse la seule reproduction des formes anciennes. Une création peut rester très géométrique, s’appuyer sur un dessin floral, jouer avec une texture ou associer un miroir doré à des verres soufflés et industriels. Le choix des matériaux modifie la manière dont la lumière traverse, rebondit ou se diffuse. Le projet prend alors une dimension presque architecturale : le vitrail devient une partie de l’espace et contribue à son ambiance quotidienne.
À Limoges, Artis Lux fait dialoguer Corinne Barataud et Cécile Gonzales autour d’un même goût pour le bel ouvrage, la précision et l’expérimentation. Création sur mesure, exécution d’après maquette, restauration de vitraux, protections, peinture sur verre, thermoformage, gravure, sablage et fusing répondent à des projets qui vont de l’intérieur privé au patrimoine public. Leur démarche relie la technique à l’histoire des lieux et à l’intention des commanditaires. Le verre y devient une matière vivante, capable de conserver une mémoire, de filtrer la lumière et de donner une identité singulière à une architecture.