À Poligny, dans le Jura, Gwenola Hatet et Charles Forzinetti ont créé l’Atelier 630 autour de la restauration et de la création de vitraux d’art. Leur pratique s’adresse aux monuments historiques, aux particuliers et aux professionnels. Elle se prolonge par un travail de peinture sur verre pensé pour l’architecture et l’ornementation, ainsi que par des sculptures, des installations et des peintures qui développent les univers personnels des deux verriers. L’atelier associe donc la conservation d’un patrimoine lumineux à une recherche contemporaine sur la matière et le motif.
Une rencontre au cœur du Jura
L’Atelier 630 est né de la rencontre de Gwenola Hatet et de Charles Forzinetti. Installé dans le Jura depuis 2023, il réunit deux regards et plusieurs façons de travailler le verre. Le vitrail y est abordé comme une technique liée à l’architecture, mais aussi comme un moyen de construire des images, des surfaces et des volumes. Cette double orientation permet de passer d’une baie ancienne à une création destinée à un intérieur, d’un décor architectural à une sculpture autonome.
Le nom de l’atelier accompagne une démarche qui refuse de séparer complètement tradition et création. Restaurer un vitrail demande de comprendre son histoire, son dessin, ses matériaux et les traces laissées par le temps. Créer un panneau nouveau demande de composer avec la lumière, la couleur, la transparence et l’espace qui l’accueillera. Dans les deux cas, le verre n’est pas une surface neutre : il transforme la lumière et modifie la perception du lieu.
Poligny offre un ancrage jurassien à cette activité. L’Insee situe la commune dans le département du Jura et la région Bourgogne-Franche-Comté. Depuis cet atelier, Gwenola Hatet et Charles Forzinetti développent des projets qui peuvent s’inscrire dans une architecture ancienne ou contemporaine. Le territoire n’est pas seulement un point de localisation : il accompagne une pratique tournée vers la matière, le paysage, les édifices et la transmission des gestes.
Restaurer un vitrail ancien
L’Atelier 630 présente la restauration comme une manière de préserver des histoires. Un vitrail raconte l’édifice auquel il appartient, les siècles qu’il a traversés, les artisans qui l’ont conçu et les transformations qu’il a subies. La lumière révèle ces différentes strates. Elle traverse les verres, souligne les plombs, fait apparaître les couleurs et donne à la baie une présence qui varie selon l’heure et la météo.
Avant de restaurer, il faut regarder l’état du panneau et comprendre sa construction. Les pièces de verre, les lignes de plomb, les peintures et les attaches forment un ensemble. Une fissure ne se traite pas comme une perte de matière ; un affaissement du réseau ne se traite pas comme une altération de peinture. La décision dépend de la nature du dommage, de la place du vitrail dans l’édifice et de l’équilibre entre conservation et lisibilité.
La restauration ne vise pas à effacer les traces du temps. Elle cherche à stabiliser l’œuvre et à lui permettre de continuer à jouer son rôle dans l’architecture. Les couleurs conservées, les irrégularités du verre ancien et les nuances de la peinture participent à son identité. Une intervention trop uniforme pourrait faire disparaître cette profondeur. Le geste doit donc rester mesuré, attentif aux différences entre les parties anciennes et les éléments qui doivent être repris.
L’atelier met en avant une expérience acquise sur des chantiers tels que la cathédrale d’Auch, l’opéra de Vichy et la cathédrale de Troyes. Ces références montrent la diversité des édifices et des contextes rencontrés. Une cathédrale impose une relation avec un grand volume, une lumière particulière et un patrimoine complexe. Un opéra demande de tenir compte d’une architecture intérieure, d’un décor et d’une fréquentation différente. Chaque chantier oblige à adapter l’observation et les choix de conservation.
La restauration relie ainsi plusieurs compétences : lire un dessin, reconnaître une matière, comprendre un réseau, respecter un édifice et organiser une intervention. Elle demande aussi de dialoguer avec les autres personnes engagées sur le chantier. Le vitrail ne peut pas être isolé de la baie, de la maçonnerie, des protections et de la lumière qui l’entoure. La qualité du résultat repose sur la relation entre toutes ces composantes.
Créer avec la lumière
La création de vitraux ouvre un espace de recherche plus libre. Un projet peut partir d’un dessin, d’une architecture, d’une couleur ou d’une intention particulière. Le verre devient alors un matériau de composition. Sa transparence, sa texture et sa profondeur modifient le motif lorsque la lumière le traverse. Une même pièce peut paraître plus dense dans une zone d’ombre et plus vive lorsque le soleil arrive derrière elle.
Le dessin organise la relation entre les morceaux de verre. Les lignes peuvent conduire le regard, diviser la surface, soutenir une forme ou créer des respirations. Les couleurs ne fonctionnent pas seules : leur voisinage, leur densité et leur place dans le panneau changent leur effet. Un bleu profond peut donner de la profondeur, un jaune peut ouvrir une zone lumineuse, un verre texturé peut diffuser la clarté et une partie plus claire peut équilibrer une composition chargée.
La création doit aussi tenir compte du lieu. Un vitrail destiné à une fenêtre ne sera pas regardé comme un panneau posé contre un mur. La distance, l’orientation et la lumière disponible influencent la lecture. Dans un intérieur, le verre peut filtrer une vue, accompagner une séparation ou devenir un accent coloré. Dans un édifice, il peut dialoguer avec des proportions plus vastes, une histoire décorative et une lumière qui change fortement au cours de la journée.
L’Atelier 630 travaille pour des particuliers et des professionnels, ce qui implique des demandes variées. Un projet privé peut s’appuyer sur une atmosphère, un souvenir ou une relation avec le mobilier. Une commande professionnelle peut demander une cohérence avec une architecture, un programme décoratif ou un usage public. Le rôle du vitrailliste consiste à traduire cette intention dans une matière qui reste fidèle à ses contraintes et à ses possibilités.
Le Studio et la peinture sur verre
En parallèle du vitrail, le Studio de l’Atelier 630 développe une gamme de matières et de motifs en peinture sur verre. Cette recherche est pensée pour l’architecture et l’ornementation. La peinture ne recouvre pas simplement le verre : elle agit avec sa transparence, sa texture et sa capacité à transformer la lumière. Un motif peint peut renforcer une ligne, filtrer une clarté ou donner une profondeur nouvelle à une surface.
La peinture sur verre permet de travailler sur une autre relation entre le dessin et la lumière. Le verre devient le support d’un trait, d’une matière ou d’une nuance qui peut apparaître différemment selon l’éclairage. Une composition peut rester délicate et presque effacée lorsque la lumière est faible, puis gagner en présence lorsqu’elle traverse la surface. Cette variation crée un lien direct entre le décor, l’architecture et les conditions de regard.
Le Studio ouvre également un champ d’exploration pour l’ornementation. Un motif peut accompagner un intérieur sans reprendre les codes d’un vitrail traditionnel. Il peut s’inscrire dans une paroi, une séparation, une pièce décorative ou un élément architectural. Les matières et les rythmes sont étudiés pour que la peinture garde une relation équilibrée avec le verre et avec l’espace environnant.
Cette recherche complète la restauration et la création de vitraux. Elle permet à l’atelier de développer des surfaces qui ne dépendent pas uniquement du découpage et de l’assemblage des pièces. La couleur, le trait et la transparence peuvent être travaillés ensemble ou séparément. Le résultat conserve une dimension artisanale, car chaque choix modifie la manière dont la lumière sera reçue et réfléchie.
Des univers personnels en sculpture et en installation
Gwenola Hatet et Charles Forzinetti développent aussi leurs propres univers dans des sculptures, des installations et des peintures. Ces recherches personnelles enrichissent leur rapport au verre et à l’espace. Une sculpture ne se lit pas comme une baie : elle se découvre en tournant autour d’elle, en observant ses volumes et en regardant les ombres qu’elle projette. Une installation peut transformer un parcours ou créer une relation entre plusieurs éléments.
Le verre peut alors quitter le cadre de la fenêtre pour devenir une matière autonome. Sa transparence ouvre des vides, ses reflets déplacent les contours et sa fragilité apparente contraste avec la précision de sa construction. Une pièce peut être vue par face, par tranche ou à travers les ombres qu’elle laisse passer. La lumière ne sert plus seulement à éclairer une image ; elle devient une composante de l’œuvre.
La peinture prolonge cette recherche par la couleur et la surface. Elle peut dialoguer avec le verre, le métal, le bois ou l’espace qui reçoit l’installation. Les univers personnels des deux verriers n’effacent pas le travail collectif de l’atelier : ils apportent d’autres questions sur la forme, la présence et la manière de regarder une matière transparente.
Ces créations permettent aussi d’expérimenter en dehors d’une commande architecturale. Une idée peut être poussée plus loin, une forme peut être testée, une association de couleurs peut être observée dans un espace libre. Les recherches personnelles nourrissent ensuite la pratique professionnelle par une meilleure compréhension des volumes, des ombres et des relations entre les surfaces.
Apprendre les gestes du vitrail
L’Atelier 630 propose des stages de vitrail et de peinture sur verre ouverts aux personnes débutantes comme à celles qui ont déjà une expérience. La transmission porte sur des gestes concrets : tracer un modèle, préparer des calibres en papier, couper le verre, choisir une organisation de pièces, réaliser un montage au plomb ou selon la technique Tiffany, puis souder les éléments.
La coupe du verre demande de transformer un dessin en formes réalisables. Les calibres servent à guider la découpe et s’assurer que les pièces s’assemblent correctement. Une ligne trop complexe, une courbe trop serrée ou une différence de dimension peut modifier l’ensemble du panneau. L’apprentissage permet de comprendre ces contraintes par la pratique et de mieux relier le geste à la composition.
Le montage donne sa structure au vitrail. Le plomb organise les pièces et maintient le dessin, tandis que le montage Tiffany utilise une autre manière d’entourer et d’assembler les morceaux de verre. La soudure relie les intersections et contribue à la tenue du panneau. Ces étapes demandent de la précision, mais aussi une attention au rythme du motif et à la manière dont les lignes se poursuivent.
La peinture sur verre ouvre un autre parcours. Les stages proposés par l’atelier abordent les tests de peinture, la coupe du verre et l’usage de la grisaille, du jaune d’argent et de l’émail. Ces matériaux réagissent à la cuisson et demandent une préparation adaptée. Le dessin doit tenir compte de la surface et de la transformation produite par la chaleur. La personne qui apprend découvre ainsi une technique où le résultat se révèle progressivement.
Les stages s’appuient sur des modèles ou sur une création personnelle préparée en amont. Cette possibilité permet de comprendre à la fois les principes techniques et la relation entre une intention graphique et les contraintes du verre. Repartir avec une pièce réalisée pendant le stage donne une mesure concrète du chemin parcouru : le dessin est devenu un objet traversé par la lumière.
Un atelier entre patrimoine et création
L’Atelier 630 réunit des activités qui pourraient sembler éloignées : restauration de vitraux anciens, création pour l’architecture, peinture sur verre, sculptures, installations et stages. Elles sont pourtant liées par la même matière et par la même attention à la lumière. Restaurer apprend à regarder les traces, les techniques et les histoires portées par un ouvrage. Créer invite à inventer une relation nouvelle entre le verre et un lieu. Transmettre oblige à rendre les gestes compréhensibles sans perdre leur précision.
À Poligny, Gwenola Hatet et Charles Forzinetti développent ainsi un atelier de verriers qui travaille sur plusieurs échelles. Une baie peut appartenir à un édifice historique ; un panneau peut accompagner un intérieur ; une peinture sur verre peut enrichir une paroi ; une sculpture peut se tenir seule dans l’espace. Dans chaque situation, le verre reste au centre : il accueille la couleur, modifie la lumière et révèle la qualité du geste.
L’Atelier 630 fait vivre une pratique où la tradition sert de point d’appui à la création contemporaine. Les vitraux anciens sont restaurés avec le souci de leur histoire, tandis que les nouveaux projets explorent les possibilités du verre, de la peinture et de l’installation. Cette continuité donne à l’atelier une identité singulière, fondée sur le respect du patrimoine, le goût de la recherche et la volonté de partager les techniques qui permettent à la lumière de devenir une matière.