À Lamontjoie, dans le Lot-et-Garonne, l’Atelier Adélie Payen travaille le verre à travers la création de vitraux contemporains, les objets d’art et la restauration de vitraux anciens. Adélie Payen explore le matériau aussi bien dans sa dimension plane que dans le volume. La lumière, les formes végétales et minérales, la fragilité du verre et les traces du temps nourrissent une pratique qui relie le décor architectural, la pièce unique et le patrimoine.
Un parcours construit autour du verre
Adélie Payen commence son parcours verrier en 2009 avec l’apprentissage du vitrail à l’école Olivier de Serres, à Paris. Cette première formation lui donne les bases du dessin, de la composition et de la relation entre le verre et la lumière. Elle poursuit ensuite des études en conservation-restauration des vitraux à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne et obtient une licence consacrée à la préservation des biens culturels.
La pratique du vitrail ne se limite pas à l’assemblage de morceaux colorés. Elle suppose de comprendre la structure d’une verrière, les effets de la lumière naturelle, la fragilité des pièces et la manière dont une œuvre s’inscrit dans une architecture. La formation en conservation-restauration ajoute une attention à l’état du patrimoine, aux traces de fabrication et aux interventions qui peuvent préserver une œuvre sans en effacer l’histoire.
Adélie Payen se forme ensuite au CERFAV, le Centre européen de recherche et de formation aux arts verriers, en Lorraine. Elle y obtient un CAP de décorateur sur verre puis le diplôme de créateur verrier. Cette étape élargit son champ d’action. Le verre peut être peint, imprimé, assemblé, déformé ou travaillé en volume. Les techniques choisies dépendent de la forme recherchée et de la manière dont la lumière doit traverser, réfléchir ou accompagner la pièce.
Après plusieurs expériences en France et en Écosse, elle installe son atelier dans le Lot-et-Garonne en 2021. Lamontjoie devient le point d’ancrage d’une activité située entre Bordeaux et Toulouse. L’atelier est pensé comme un lieu de création et de restauration, mais aussi comme un espace où le verre peut être observé dans ses différentes qualités : transparence, opacité, épaisseur, couleur, relief et fragilité.
Le verre en surface et en volume
La démarche d’Adélie Payen se développe dans deux directions. Le verre peut rester proche du plan, comme dans un vitrail destiné à une ouverture ou à un décor architectural. Il peut aussi devenir un objet, une sculpture ou une forme plus libre. Ces deux approches ne s’opposent pas. Une ligne pensée pour une verrière peut se prolonger dans un volume ; une recherche sur la matière peut trouver une autre expression dans une composition destinée à la lumière traversante.
Le monde végétal et minéral constitue une source d’inspiration récurrente. Les branches, les feuillages, les pierres, les strates et les formes d’érosion offrent des motifs qui peuvent être simplifiés ou transformés. Le verre ne copie pas nécessairement un paysage. Il en retient une ligne, une transparence, une couleur ou un rythme. Une surface peut évoquer une présence végétale par des contours et des superpositions ; une pièce en volume peut suggérer un cheminement par ses tensions et ses ouvertures.
La lumière participe à la composition. Elle traverse certaines zones, se brise sur une texture, se réfléchit sur une surface ou se ralentit dans une partie plus dense. La même pièce peut changer d’aspect au fil de la journée et selon son environnement. Un vitrail installé dans une architecture reçoit la lumière du lieu ; un objet verrier peut être éclairé par l’intérieur, posé devant une ouverture ou présenté sur un support qui laisse apparaître ses contours.
La matière impose aussi des limites. Le verre est lourd et fragile. Les dimensions, les points d’appui et les zones d’assemblage doivent être pensés pour éviter les tensions inutiles. La création repose donc sur un équilibre entre l’idée, la résistance du matériau et la façon dont l’œuvre sera installée. La légèreté visuelle d’une verrière ou d’une sculpture peut demander une préparation très précise.
Créer un vitrail contemporain
Une création commence par une intention visuelle. Elle peut concerner un décor architectural, une ouverture, une séparation intérieure, un objet d’art ou une pièce unique. Le dessin organise les lignes, les masses et les réserves de lumière. Il doit tenir compte de l’espace où le vitrail sera placé : une fenêtre, une porte, une cloison, un plafond ou un élément décoratif ne présentent pas les mêmes contraintes.
La couleur est choisie en relation avec l’architecture et avec la lumière disponible. Un verre très transparent laisse apparaître l’environnement ; une matière plus dense crée une présence colorée plus affirmée. Les contrastes peuvent structurer un motif, guider le regard ou accompagner une circulation. Les teintes ne se perçoivent pas de manière isolée : elles changent selon la lumière qui les traverse et les surfaces voisines.
Le dessin peut s’inspirer de formes végétales, de lignes minérales ou d’une recherche plus abstraite. Les contours peuvent être nets ou plus organiques. Certaines zones peuvent rester calmes pour laisser respirer la composition, tandis que d’autres concentrent les couleurs et les textures. Le vitrail devient alors une relation entre vide et matière, entre ce qui est montré et ce qui reste visible à travers lui.
Les objets d’art et les pièces uniques permettent d’explorer le verre autrement. Une forme peut être conçue pour être regardée de plusieurs côtés. Son épaisseur, ses arêtes et ses zones de transparence modifient la perception à mesure que le spectateur se déplace. Le verre peut dialoguer avec un socle, un mur ou une source lumineuse. Le travail ne se résume plus à décorer une ouverture : il construit une présence dans l’espace.
Adélie Payen développe également des sérigraphies sur verre à partir de ses dessins. Cette technique permet de reporter une image ou un motif sur la surface et de jouer sur la répétition, la transparence et la superposition. Le dessin devient alors une couche qui s’ajoute à la matière sans supprimer complètement sa profondeur. Le regard peut passer de la forme imprimée à ce qui se trouve derrière elle.
La pâte de verre et la sculpture
La recherche autour de la pâte de verre ouvre une autre voie. Le matériau devient plus épais et plus sculptural. Les formes peuvent évoquer une traversée, une mémoire ou une histoire personnelle. La transparence n’est plus seulement celle d’une plaque : elle se construit dans la profondeur, autour de volumes qui retiennent la lumière et la redistribuent.
Une sculpture en pâte de verre doit être regardée comme une masse et comme une matière traversée. Les contours peuvent paraître différents selon la position du spectateur. Les zones opaques et les zones claires créent des passages. Une forme qui semble pleine peut laisser entrer la lumière par ses bords ou par des variations d’épaisseur. Le verre garde ainsi un rapport avec l’immatériel tout en possédant un poids et une présence très concrets.
Le thème du cheminement apparaît dans cette série de sculptures. Un chemin peut être une ligne, une ouverture, une succession de traces ou une direction donnée à la forme. Le verre convient à cette recherche parce qu’il conserve la lumière tout en résistant à une lecture unique. Une sculpture peut paraître stable de face et plus mobile lorsqu’elle est observée de côté.
Le travail en volume complète les vitraux contemporains. Dans les deux cas, Adélie Payen s’intéresse au rapport entre matière et lumière, mais les contraintes changent. Une verrière est liée à une architecture et à une ouverture. Une sculpture doit tenir seule, être présentée sur un support et être regardée tout autour. Les techniques et les choix de matière s’adaptent donc à la destination de chaque œuvre.
Restaurer des vitraux anciens
L’atelier intervient aussi sur des vitraux de nature religieuse ou civile. La restauration demande de respecter l’œuvre existante et les techniques anciennes. Avant de travailler, il faut regarder les verres, les plombs, les lignes de composition, les couleurs et les marques qui témoignent de l’histoire de la verrière. Un vitrail ancien n’est pas seulement une image colorée : c’est un ensemble construit pour une architecture et soumis à la lumière, au poids et aux mouvements du bâtiment.
Une intervention de restauration doit préserver ce qui peut l’être. Les verres anciens ont des nuances et des irrégularités qui participent à leur caractère. Leur couleur peut varier dans une même pièce, et leur surface peut porter des traces de fabrication. Remplacer systématiquement ces éléments par des matériaux parfaitement uniformes modifierait la perception de l’ensemble. Le restaurateur cherche donc à comprendre la matière avant de choisir une réparation.
Les plombs et les assemblages jouent également un rôle structurel. Ils maintiennent les pièces de verre et organisent le dessin. Une déformation, une rupture ou une faiblesse peut modifier la tenue de la verrière. La restauration doit rendre à l’ensemble une cohérence suffisante pour qu’il puisse être reposé dans son environnement, tout en gardant une lecture fidèle de sa composition.
Les vitraux civils et religieux peuvent présenter des histoires différentes. Une verrière d’église est liée à un édifice, à une orientation et à une lecture iconographique ou décorative. Un vitrail civil peut appartenir à une maison, un bâtiment public ou un intérieur privé. Dans chaque cas, la restauration doit tenir compte de la lumière du lieu, de la distance de regard et de l’usage de l’espace.
Le respect des techniques anciennes ne signifie pas que l’intervention est séparée de la création contemporaine. La connaissance des gestes et des matériaux anciens aide à comprendre comment un vitrail tient, comment il vieillit et comment une nouvelle pièce peut être conçue avec justesse. La restauration nourrit ainsi la création, tandis que la recherche contemporaine maintient un regard attentif sur les possibilités du verre.
Une pièce En Chemin et un parcours reconnu
En 2022, Adélie Payen reçoit le prix « Coup de cœur » du concours Parcours Métiers d’Art – Grand Est pour sa pièce « En Chemin ». Cette distinction situe son travail dans une démarche où l’objet verrier associe recherche formelle et savoir-faire technique. Le titre évoque une progression, un passage ou une transformation, thèmes qui rejoignent son intérêt pour la lumière, les traces et la relation entre surface et volume.
En 2024, elle est lauréate du concours 101 Femmes Entrepreneures pour le Lot-et-Garonne. Ces reconnaissances accompagnent l’installation de l’atelier dans le Sud-Ouest et la construction d’une activité qui réunit création, restauration et art verrier. Elles ne remplacent pas le travail quotidien de la matière, mais donnent un contexte au développement d’une pratique qui s’appuie sur plusieurs formations et expériences.
Le parcours d’Adélie Payen comprend aussi des présentations et des expositions dans le Lot-et-Garonne, le Gers, les Landes, la Meurthe-et-Moselle, l’Alsace et la Suisse. Les projets présentés dans ces cadres témoignent d’une activité qui circule entre le vitrail, l’objet d’art et la sculpture. Le verre y apparaît comme un matériau capable de passer d’une architecture à une pièce plus intime.
Lamontjoie, un atelier entre Bordeaux et Toulouse
Lamontjoie situe l’atelier dans le Lot-et-Garonne, en Nouvelle-Aquitaine. Le village devient le point d’ancrage d’une créatrice qui travaille à la fois sur des projets de décoration architecturale, des pièces uniques et la conservation de vitraux. L’atelier se trouve dans un environnement rural qui accompagne la recherche sur les formes végétales et minérales, sans réduire l’activité à une inspiration de paysage.
La situation entre Bordeaux et Toulouse ouvre un espace de circulation pour les commandes et les projets. Un vitrail peut être destiné à un intérieur, un bâtiment civil, un lieu religieux ou une collection privée. Une restauration peut concerner une verrière ancienne dont la valeur dépend autant de sa composition que de son inscription dans l’architecture. Chaque demande appelle un échange sur la lumière, le format, les matériaux et la place de l’œuvre.
L’Atelier Adélie Payen réunit ainsi deux temporalités. La restauration regarde vers des œuvres qui existent déjà et cherche à préserver leur matière, leur dessin et leur relation au lieu. La création contemporaine ouvre des recherches sur le volume, la sérigraphie sur verre, la pâte de verre et les formes inspirées du végétal ou du minéral. Ces deux activités se répondent grâce à une même attention aux propriétés du verre.
À Lamontjoie, le vitrail devient une manière de construire avec la lumière. Les verres colorés organisent une ouverture, les sérigraphies ajoutent des signes à la surface, la pâte de verre transforme la transparence en volume et la restauration prolonge la vie de verrières anciennes. Le parcours d’Adélie Payen, de l’école Olivier de Serres au CERFAV et de la conservation-restauration à l’installation dans le Lot-et-Garonne, donne à cette pratique une profondeur à la fois technique, artistique et patrimoniale.