À Saint-André-d’Hébertot, dans le Calvados, Constance Chartier fait vivre l’Atelier Auréa, spécialisé dans la broderie d’art et la broderie au fil d’or. Son travail s’adresse aux particuliers, aux villes, aux institutions et aux marques qui souhaitent faire réaliser une pièce textile personnalisée. Monogrammes, initiales, armoiries, logos, tableaux, coussins, éléments de mobilier et ornements pour vêtements peuvent être conçus à partir d’une histoire, d’un signe ou d’un projet décoratif. L’atelier associe la précision de gestes anciens à une écriture contemporaine, avec des compositions qui donnent au fil métallique une présence graphique et lumineuse.
Le parcours de Constance Chartier commence par une formation en stylisme haute couture à l’ESMOD Paris. Elle se perfectionne ensuite dans la broderie au crochet de Lunéville auprès de la maison Lesage, avant d’approfondir la broderie d’or avec Sylvie Deschamps, Maître d’art. Cette progression réunit deux univers complémentaires. La haute couture apporte une attention aux proportions, à la construction d’un motif et à la relation entre ornement et vêtement. Le crochet de Lunéville demande une grande régularité et une bonne lecture de l’envers du tissu. La broderie d’or ajoute le relief, le poids visuel des fils métalliques et la nécessité de construire une surface durable.
La broderie d’or se réalise sur une étoffe tendue sur un métier. Le support doit rester suffisamment stable pour que les points conservent leur tension et que les lignes du dessin restent lisibles. Les matériaux peuvent comprendre de la cannetille, du jaseron, des fils métalliques, des fils de coton, des perles et des paillettes. La cannetille se présente comme un ressort métallique que l’on coupe en petits segments avant de les fixer. Le jaseron, plus rigide, peut souligner un contour ou structurer une forme. Les fils et les éléments brillants sont choisis selon la couleur, le relief, la lumière et la relation avec l’étoffe.
Le dessin constitue la première étape d’une commande. Un monogramme doit rester lisible tout en trouvant une forme qui correspond à la personnalité de son destinataire. Des lettres entrelacées peuvent composer un coussin d’alliances, un tableau encadré, une broche ou un motif destiné à un vêtement. Une armoirie demande une organisation plus complexe des signes, des couleurs et des éléments héraldiques. Un logo brodé doit conserver ses proportions et sa reconnaissance lorsqu’il est transposé dans une matière souple. Constance Chartier étudie la demande, la taille de la pièce, les supports possibles et le niveau de détail avant de déterminer la technique.
Le travail à l’aiguille permet de fixer les fils métalliques et les ornements par des points réguliers. Une partie du fil peut être posée à la surface puis maintenue par une couchure, tandis que des éléments plus courts sont appliqués séparément pour donner une ligne nette. La quantité de métal, la direction des points et la densité du remplissage modifient la manière dont la lumière se reflète. Une zone compacte paraît plus profonde ; une ligne espacée laisse davantage respirer le textile. Le brodeur doit aussi prévoir la souplesse du support, les frottements et le mode de présentation de la pièce.
Le crochet de Lunéville est utilisé sur l’envers de l’étoffe. Le crochet traverse le tissu, accroche le fil et forme une chaînette continue. Lorsque la broderie comprend des perles, des tubes ou des paillettes, ces éléments sont préparés sur le fil puis amenés au bord du point. Cette méthode permet de couvrir des surfaces avec une grande fluidité et de suivre des contours précis. Elle demande de maintenir la tension du tambour, de coordonner les deux faces du textile et de garder un rythme régulier. Le résultat dépend autant du dessin que de la continuité du geste.
La broderie d’or de l’Atelier Auréa s’inspire notamment de l’ornementation du XVIIIe siècle. Les volutes, les feuillages, les lettres et les compositions symétriques offrent un vocabulaire riche, mais ils ne sont pas reproduits mécaniquement. Un motif ancien peut être allégé, agrandi, déplacé ou associé à une couleur contemporaine pour correspondre à un intérieur ou à une cérémonie. Les créations présentées par l’atelier explorent la délicatesse des formes, les contrastes entre métal et textile et la possibilité de transformer un signe familier en objet d’art. La pièce garde une structure lisible tout en laissant apparaître la singularité du travail manuel.
Les réalisations peuvent prendre la forme d’un tableau brodé, d’un coussin, d’une broche, d’un patch, d’un vêtement orné ou d’un élément intégré à un meuble. Le support influence les contraintes. Un textile destiné à être porté doit conserver sa souplesse et résister aux manipulations. Un coussin doit supporter les contacts et rester agréable au toucher. Une pièce encadrée peut recevoir un relief plus dense, car elle sera regardée comme une composition murale. Un motif appliqué sur du mobilier doit tenir compte de la surface, des angles et de la manière dont l’objet sera utilisé. Le choix des fils et des ornements suit donc la destination de la création.
L’atelier réalise également des pièces personnalisées pour des événements et des transmissions familiales. Des initiales peuvent rappeler une union, une naissance, un baptême ou une communion. Un blason peut représenter une ville, une famille, une association ou une institution. Le projet gagne à commencer par les éléments que le commanditaire souhaite conserver : lettres, couleurs, symboles, date, forme du support et ambiance recherchée. La brodeuse transforme ensuite ces indications en une composition textile. L’échange permet d’ajuster la taille des détails, la brillance des matériaux et la place du motif avant le lancement du travail.
La restauration de broderies anciennes demande une approche différente de la création. Une pièce militaire ou religieuse peut avoir perdu des fils, des paillettes, des perles ou une partie de son support. Les zones fragilisées doivent être observées avant toute intervention, car un nettoyage, une reprise ou une remise en tension peut agir sur des matériaux très anciens. Il faut distinguer ce qui appartient à l’œuvre d’origine de ce qui sera ajouté, puis choisir une intervention qui respecte la lisibilité et la stabilité de l’ensemble. La restauration ne consiste pas à rendre chaque surface neuve : elle cherche à préserver la matière conservée et à retrouver une cohérence visuelle.
La palette de fournitures donne à chaque ouvrage son caractère. Les fils métalliques peuvent être dorés, argentés, colorés ou associés à des fils textiles. Les perles, les paillettes, les sequins et les cuvettes apportent des points de lumière qui changent selon l’orientation du support. Un motif peut privilégier une brillance régulière ou rechercher des différences entre une surface mate et des éléments réfléchissants. Le textile de fond joue également un rôle : velours, lin, coton ou soierie n’offrent pas la même résistance ni la même profondeur. La composition se construit par essais, en équilibrant la matière, le relief et la couleur.
Les pièces présentées par l’Atelier Auréa comprennent notamment des monogrammes, des armoiries et des créations originales inspirées par l’histoire de l’ornement textile. La maison propose aussi des projets semi-mesure, dans lesquels un motif développé par l’atelier peut être adapté avec des initiales ou des couleurs particulières. Cette formule conserve une ligne artistique tout en permettant une personnalisation. Une création entièrement sur mesure part, elle, d’un dessin ou d’une histoire propre au commanditaire. Dans les deux cas, la pièce est réalisée à la main et chaque détail est posé en fonction de la composition finale.
Installé en Normandie, l’Atelier Auréa inscrit la broderie d’or dans un paysage du Pays d’Auge tout en travaillant pour des demandes qui peuvent venir de différents territoires. La pratique de Constance Chartier relie la formation en stylisme, la technicité du crochet de Lunéville et la maîtrise des matériaux métalliques. Elle s’appuie sur l’aiguille, le tambour, la cannetille, le jaseron, les fils, les perles et les paillettes pour créer ou restaurer des pièces textiles singulières. À Saint-André-d’Hébertot, chaque projet avance du dessin vers la matière, puis de la matière vers un objet destiné à être porté, transmis, exposé ou conservé.