À Béziers, dans l’Hérault, l’Atelier Carlo Roccella développe depuis 1986 une pratique du vitrail et du verre architectural. Carlo Roccella y travaille comme artiste et artisan, avec une approche fondée sur la rencontre entre un lieu, une lumière et une matière. Les créations peuvent prendre la forme de vitraux, de bas-reliefs, de parois colorées, de claustras, de sculptures ou de compositions destinées à l’architecture. L’atelier assure également la restauration de vitraux anciens et de dalles de verre, ainsi que des études techniques pour les projets de conservation et de création.
Dans l’atelier, le verre est peint, gravé, déformé à haute température, sablé, meulé, assemblé ou séparé avant d’être recomposé. Ces gestes permettent de modifier la transparence, la texture, la couleur et la relation entre les fragments. La matière ne sert pas seulement à remplir une ouverture : elle participe à l’architecture en organisant la lumière, en créant une séparation ou en donnant une présence particulière à un espace.
Une pratique née de la rencontre avec un lieu
Carlo Roccella décrit la naissance d’un projet comme une rencontre avec un lieu et sa lumière. Une maison, une église, un bâtiment public ou un espace extérieur n’offrent pas les mêmes conditions de regard. L’orientation, les volumes, les surfaces voisines et les usages influencent la manière dont le verre sera perçu. La création commence donc par une observation de l’architecture avant de se préciser en couleurs et en formes.
Cette approche éloigne le vitrail d’un motif appliqué sans relation avec son support. Une baie impose une proportion, une hauteur et une distance. Une cloison intérieure doit préserver une circulation visuelle. Une sculpture ou un bas-relief peut être éclairé artificiellement ou recevoir la lumière naturelle d’une ouverture. Chaque projet demande de choisir un vocabulaire adapté à l’espace qui l’accueillera.
Le dessin peut apparaître progressivement. Des formes et des couleurs se précisent au fil de la recherche, puis la matière impose à son tour ses contraintes. Le verre possède une épaisseur, une transparence et des réactions propres. La création avance dans cet aller-retour entre une intention visuelle et les possibilités concrètes du matériau.
Le dialogue avec le commanditaire fait partie de cette construction. Le projet doit être compréhensible pour la personne qui vivra avec la lumière créée, mais il doit aussi rester fidèle à l’écriture de l’artiste et aux exigences de l’architecture. Les choix de matière, de forme et de couleur sont ainsi discutés avant la longue étape de réalisation.
Transformer le verre par la chaleur et la surface
Le verre peut être déformé à haute température pour prendre une forme ou une texture nouvelle. La chaleur permet de courber, de fusionner ou de thermoformer des éléments, en fonction de leur composition et du résultat recherché. Le four devient un outil de transformation qui demande de prévoir les tensions, les épaisseurs et les compatibilités entre les verres.
Le fusing permet d’assembler plusieurs éléments par la cuisson. Des couleurs peuvent être superposées, des fragments réunis et des effets de profondeur créés dans une même pièce. La fusion modifie la relation entre les morceaux : ils ne sont plus seulement posés côte à côte, ils deviennent une surface ou un volume cohérent après le passage au four.
Le sablage intervient sur la transparence. Une zone peut devenir plus mate, plus diffuse ou plus opaque, créant un contraste avec une partie laissée claire. Le meulage permet d’ajuster un fragment, de travailler un bord ou de modifier une surface. La gravure introduit des lignes et des marques qui accrochent la lumière d’une autre manière.
La peinture sous verre ouvre encore un autre registre. La couleur est appliquée sur le verre selon une technique qui inverse le rapport habituel entre image et support. Les formes se découvrent à travers la surface et peuvent sembler suspendues dans la profondeur. Dans la série GLAZ, Carlo Roccella prolonge cette recherche par des peintures sous verre où les fragments, les formes organiques et les effets de fusion composent un récit visuel.
Vitrail et architecture
L’Atelier Vitrail-Architecture travaille pour des bâtiments et des espaces où le verre doit dialoguer avec les usages. Un vitrail peut s’inscrire dans une fenêtre, une porte d’entrée, une paroi intérieure, une séparation ou une verrière. Les claustras et les panneaux coulissants introduisent une relation mobile ou filtrée entre deux espaces. Le verre laisse passer la lumière tout en modifiant la perception des limites.
Le vitrail géométrique peut organiser une façade ou une cloison par des lignes, des rythmes et des répétitions. Une composition plus organique peut jouer sur des formes libres, des couleurs superposées et des différences de transparence. La décision dépend de l’atmosphère du lieu, de la lumière disponible et du degré de visibilité souhaité.
Le verre peut aussi être associé à l’acier, au marbre ou à d’autres matériaux. L’acier structure et dessine des lignes fortes ; le verre apporte couleur, lumière et douceur. La combinaison permet de créer des sculptures extérieures, des grilles décoratives ou des éléments architecturaux qui ne se limitent pas à une baie traditionnelle.
Les réalisations pour l’espace public demandent une attention particulière à l’échelle et à la distance. Une sculpture installée sur une place ou un rond-point doit être lisible depuis plusieurs directions et résister à son environnement. Un vitrail intégré à une maison ou à un intérieur peut au contraire être conçu pour une relation plus intime, avec des détails visibles à proximité.
Restaurer les vitraux anciens
Le département restauration de l’atelier intervient sur des vitraux anciens et des dalles de verre, pour des projets publics comme privés. Restaurer une verrière suppose de comprendre les matériaux, le dessin, les déformations et les traces laissées par les interventions précédentes. Les pièces ne peuvent pas être traitées comme une surface interchangeable : chacune conserve une relation avec l’ouvrage et avec le bâtiment qui l’abrite.
La restauration des vitraux d’église concerne des œuvres de périodes différentes. Les grandes verrières médiévales, les ensembles du XIXᵉ siècle et les créations plus récentes présentent des matériaux et des techniques variés. Les plombs, les verres, les armatures et les supports réagissent différemment au temps. Le diagnostic doit donc distinguer les fragilités, les lacunes, les infiltrations et les éléments qui appartiennent à l’histoire de la pièce.
Le vitrail civil possède lui aussi une histoire. Les maisons, les châteaux, les édifices publics et les bâtiments de prestige conservent des décors verriers qui ne sont pas toujours protégés par les institutions patrimoniales. Leur restauration demande une attention équivalente aux matériaux et à la lecture de l’architecture. Le stock de verres anciens permet de rechercher des correspondances lorsque des pièces doivent être remplacées.
La dalle de verre pose des problèmes particuliers. Les blocs de verre massif sont écaillés puis noyés dans un liant minéral ou une résine. L’ensemble peut faire corps avec l’édifice, ce qui rend la dépose et la manipulation délicates. Les intempéries, le vandalisme ou une mise en œuvre défectueuse peuvent fragiliser l’œuvre. La restauration doit alors intervenir avec prudence pour préserver la relation entre les blocs et le support.
Un bureau d’études pour les projets verriers
L’atelier propose aussi une expertise et un accompagnement technique pour les professionnels, les collectivités et les projets de restauration. Le bureau d’études peut contribuer à un diagnostic préventif, à l’analyse des matériaux, à l’étude des plans, à la préparation d’un échafaudage ou à la coordination des intervenants. Ces étapes permettent de construire une opération cohérente avant l’ouverture du chantier.
La conservation d’un vitrail concerne à la fois son apparence et son rôle architectural. Une verrière doit laisser entrer la lumière, mais elle peut aussi contribuer à l’étanchéité à l’eau et à l’air. La mise sous double vitrage avec des verres de protection feuilletés fait partie des solutions étudiées pour protéger certaines œuvres et améliorer leur intégration dans le bâtiment.
La documentation et les archives de matériaux aident à comprendre une restauration. Les photographies, les relevés et les observations de surface permettent de suivre l’état de la verrière et de garder une trace des décisions prises. Le conseil technique ne se substitue pas au geste de restauration : il prépare les conditions dans lesquelles ce geste pourra être réalisé avec justesse.
La photogrammétrie et les relevés à distance peuvent également contribuer à l’étude d’un ouvrage. Ces outils donnent une représentation des volumes et des déformations qui complète l’observation directe. Ils sont utiles lorsque les dimensions, l’accès ou la fragilité du support rendent certaines mesures difficiles.
Des créations hors des formats habituels
Carlo Roccella explore des formes du vitrail qui sortent de la fenêtre traditionnelle. Des bas-reliefs de verre peuvent être suspendus devant un mur ou confiés à un éclairage artificiel. Des panneaux fusionnés peuvent s’inscrire dans une structure métallique. Des sculptures associent verre, acier ou marbre pour créer une présence dans un jardin, un espace public ou un lieu commémoratif.
La série GLAZ prolonge cette recherche dans la peinture sous verre. Les formes organiques, les fragments et les effets de fusion composent des œuvres où la lumière traverse ou accroche les surfaces. Le verre devient alors un espace pictural, mais il garde sa capacité à réfléchir, à filtrer et à produire des ombres.
L’atelier a aussi réalisé des créations pour des collectivités locales, notamment une série de sculptures uniques. Ces projets demandent de penser la relation entre l’œuvre et les personnes qui la verront depuis des points de vue différents. La sécurité, la structure et la résistance s’ajoutent aux recherches de couleur et de forme.
Une stèle en verre et marbre peut associer la mémoire d’une personne à la lumière et à la matière. Un décor de jardin peut intégrer des éclats de verre dans une structure d’acier. Une cloison intérieure peut filtrer les regards tout en conservant la sensation de profondeur. Dans chaque cas, le verre devient un moyen de composer avec l’espace plutôt qu’un simple élément décoratif.
Une écriture sans style figé
Carlo Roccella revendique une création différente pour chaque projet. Le vitrail ne se résume pas à une signature visuelle répétée : il se construit à partir d’un lieu, d’une lumière, d’un usage et d’une matière. Les réalisations peuvent donc être très éloignées les unes des autres tout en appartenant à une même recherche sur l’opaque, la transparence, l’ombre et la couleur.
Cette liberté permet d’aborder une architecture ancienne comme un bâtiment contemporain. Une église peut recevoir une composition nouvelle, un intérieur peut intégrer une séparation colorée, un jardin peut accueillir une sculpture de verre et d’acier. La technique s’adapte sans perdre sa précision.
La création reste pourtant une longue traversée de la matière. Le dessin, le choix des verres, les essais, la cuisson, la découpe, le sablage et l’assemblage demandent du temps. L’œuvre apparaît progressivement, à mesure que les éléments se rapprochent et que la lumière révèle les effets recherchés.
Béziers et l’Occitanie
L’Atelier Carlo Roccella est implanté à Béziers, dans le département de l’Hérault et la région Occitanie. Installé dans un ancien chai, il réunit les espaces où naissent les créations de vitrail et où sont restaurées les œuvres anciennes. Le lieu accueille aussi des machines et des collaborateurs qui permettent de travailler différentes transformations du verre.
Depuis Béziers, les réalisations partent vers d’autres régions françaises et au-delà. L’atelier peut intervenir sur des projets d’architecture, de patrimoine, de décoration intérieure, d’espace public et de création artistique. Sa pratique s’inscrit dans le territoire occitan tout en restant ouverte aux commandes qui demandent un savoir-faire verrier spécialisé.
De la dalle de verre à la peinture sous verre, de la restauration patrimoniale aux sculptures contemporaines, Carlo Roccella fait du verre une matière de lumière et d’architecture. À Béziers, l’atelier associe création, conservation, étude et expérimentation pour donner à chaque projet une forme adaptée à son lieu et à son usage.