Une céramique libre et sensible
À Canohès, dans les Pyrénées-Orientales, Mélinda Sarasar développe l’Atelier Ceramikamel, un espace consacré à la création de pièces uniques et de petites séries en céramique. Son travail s’appuie sur la faïence émaillée, le modelage, la plaque, le pot pincé, le coulage et, selon les projets, le tournage. Chaque objet est façonné et décoré à la main dans une recherche qui associe la matière, la texture, le rythme et l’énergie du geste. L’atelier propose des objets du quotidien, des pièces décoratives, des objets lumineux et des ateliers de découverte.
Le parcours de Mélinda Sarasar commence par les arts visuels. Après un passage aux Beaux-Arts de Perpignan, elle exerce pendant plus de dix ans comme graphiste indépendante et travaille aussi dans les milieux du spectacle vivant et de l’événementiel. Cette expérience de l’image, de la composition et de la mise en scène accompagne encore son approche de la terre. En 2019, elle fonde l’Atelier Ceramikamel avec le désir de revenir à une matière concrète, au contact de la main et à la présence de l’objet.
Le nom de l’atelier désigne un univers personnel, mais la pratique reste très ancrée dans les gestes de la céramique. Mélinda Sarasar poursuit sa formation auprès de céramistes expérimentés afin d’approfondir le tournage, la cuisson et la décoration. Elle se définit comme une autodidacte passionnée, attentive à ce que les essais et les rencontres peuvent apporter à la pratique. Cette démarche se traduit par une production qui ne cherche pas à lisser toutes les irrégularités : la pièce garde une part de mouvement, de relief et de singularité.
Le garage devenu atelier
L’Atelier Ceramikamel est installé dans un garage de maison familiale aménagé pour la création. Un petit tour et un petit four y accompagnent la production de pièces en faïence émaillée. Cet espace donne à l’activité une échelle volontairement proche de la main : les objets sont réalisés en séries limitées ou comme des pièces uniques, avec un suivi attentif du façonnage jusqu’à la cuisson. Le lieu n’est pas pensé comme une chaîne de production, mais comme un environnement où chaque forme peut être reprise, décorée et transformée avec soin.
La faïence offre à Mélinda Sarasar une matière adaptée à son travail de surface et à ses recherches décoratives. Elle peut être modelée, coulée ou construite à la plaque, puis recevoir un émail et un décor. Dans certaines collections, l’atelier réalise des moules en plâtre à partir d’objets ordinaires. Cette étape permet de conserver la silhouette d’une forme connue tout en la faisant passer dans un autre matériau et dans un autre usage. Un objet banal peut ainsi devenir le point de départ d’une création en céramique qui en garde une trace, sans se contenter de la reproduire.
Le travail se construit par couches successives. Il y a d’abord la préparation de la terre et la recherche du volume, puis la mise en forme, le séchage et la première cuisson. La surface peut ensuite être émaillée ou décorée avant une nouvelle transformation par le feu. Les émaux employés pour les pièces destinées à l’alimentaire sont présentés comme sans plomb. Cette exigence relie le choix de la matière à l’usage de l’objet : un bol, une tasse ou un service doit pouvoir trouver sa place dans la vie quotidienne, tandis qu’une sculpture ou une lampe peut privilégier la présence visuelle.
L’esthétique wabi-sabi
L’univers de Ceramikamel est guidé par l’esthétique wabi-sabi, qui accueille la beauté des choses imparfaites, incomplètes et marquées par le temps. Cette référence ne signifie pas que les pièces seraient laissées au hasard. Elle invite plutôt à regarder la trace du geste, la variation d’une surface et les différences qui apparaissent entre deux objets fabriqués à la main. Une petite irrégularité peut devenir un élément de caractère lorsque la forme, l’émail et la fonction restent en équilibre.
Mélinda Sarasar décrit ses créations comme brutes, sensibles, habitées et traversées par une énergie proche de celle du rock. Les mots expriment une relation physique avec la terre. Le modelage demande de presser, étirer, soutenir et reprendre la matière. Le décor peut prolonger cette action par des incisions, des ajouts, des changements de texture ou une couleur posée sur l’émail. La pièce terminée garde ainsi une mémoire de sa construction, perceptible dans son relief et dans la manière dont la lumière accroche sa surface.
Cette recherche s’accorde avec les objets modestes et familiers qui nourrissent plusieurs collections de l’atelier. Un gobelet, une boîte, une lampe à huile ou un petit objet sonore peuvent être transformés en pièces singulières. Le quotidien devient une réserve de formes, de souvenirs et de références visuelles. L’intérêt vient du décalage entre ce que l’on reconnaît et ce que la céramique en fait : un volume peut être agrandi, épaissi, décoré ou détourné pour devenir un objet d’artisanat d’art.
Des objets pour la table et la maison
La boutique de l’Atelier Ceramikamel présente des créations utilitaires et décoratives. Les bols Chawan s’inscrivent dans l’univers de la préparation et de la dégustation du thé. Leur forme invite à considérer la relation entre la main, le contenant et le moment d’usage. Les pièces de l’art de la table peuvent également se décliner dans des tasses, des bols ou d’autres objets façonnés en petite série. Comme chaque pièce est travaillée à la main, les variations de volume et de décor contribuent à leur identité.
Les lampes à huile Diwali® occupent une place particulière dans la production. Le modèle est présenté comme déposé et labellisé Fabriqué en Occitanie. Une lampe associe une fonction concrète à une présence décorative : elle doit accueillir la flamme et rester agréable à manipuler, tout en créant une lumière qui transforme l’atmosphère d’une pièce. Le travail de la céramique intervient alors dans la forme, les ouvertures, la stabilité et le décor, afin que l’objet soit à la fois expressif et utilisable.
L’atelier propose aussi des oyas et des chantepleures, des objets liés à l’eau et à l’arrosage. Leur intérêt tient au rapport entre un geste simple et un objet qui donne à ce geste une dimension sensible. Une chantepleure peut accompagner l’arrosage en faisant entendre l’eau, tandis qu’un objet en céramique peut apporter une présence particulière auprès des plantes. Ces créations prolongent la volonté de Ceramikamel de faire entrer l’artisanat dans des usages ordinaires, sans séparer la beauté de la fonction.
D’autres pièces prennent appui sur la culture visuelle et sur des objets reconnaissables. La collection « Les Insolents Insolites » réinterprète des formes de la vie courante en céramique. Des références à une cassette audio, à un livre miniature ou à un emballage peuvent devenir un volume façonné, émaillé et décoré à la main. Le changement de matériau modifie la perception de l’objet : ce qui était souple, léger ou jetable devient durable, tactile et exposable.
Des techniques mixtes et des décors manuels
Le travail de Mélinda Sarasar ne repose pas sur une technique unique. Le modelage permet de construire directement un volume et d’en modifier les contours à mesure que la terre répond aux doigts. La plaque donne une base plus plane qui peut être découpée, assemblée et transformée en contenant ou en forme architecturée. Le pot pincé part d’une masse de terre travaillée progressivement pour faire apparaître une cavité et une paroi. Le coulage offre une autre manière de remplir un moule et de répéter certaines silhouettes, tout en conservant la possibilité d’intervenir sur la surface.
Le tour de potier complète cet ensemble de gestes. Il demande une coordination entre la rotation, la pression des mains et la montée de la paroi. Mélinda Sarasar continue de se former à cette technique, comme elle approfondit la cuisson et la décoration. La recherche reste ouverte : un même objet peut appeler plusieurs solutions selon son volume, son épaisseur ou l’effet recherché. Cette liberté technique permet de passer d’une petite série régulière à une pièce plus expressive, sans perdre le lien avec la fabrication manuelle.
Les décors sont réalisés à la main. Ils peuvent souligner une arête, rompre une surface trop lisse ou donner un rythme à un objet. Les émaux apportent une couleur et une réaction au feu, tandis que la terre conserve une part de sa texture. L’atelier s’intéresse aux contrastes et aux sensations : une surface mate peut répondre à un détail brillant, un relief peut émerger d’un fond plus calme, et une ligne simple peut suffire à donner une direction à la forme.
Transmettre par les ateliers
La transmission occupe une place réelle dans l’activité de Ceramikamel. Mélinda Sarasar propose des ateliers de création et des temps de découverte autour de la terre. Elle y partage les gestes qu’elle pratique dans sa production et accompagne les participants dans un projet personnel. La séance peut devenir un moment pour comprendre la matière, essayer une forme, décorer une pièce ou simplement se familiariser avec le travail de la céramique.
Les ateliers « Terre’Happy » prolongent cette approche par une exploration sensorielle et créative. La terre invite à se concentrer sur les sensations de pression, de résistance et de texture. Le fait de fabriquer un objet permet aussi d’accepter les étapes lentes : une pièce ne sort pas immédiatement du four et son aspect évolue avant d’être terminé. La pratique offre un temps de présence, où l’on peut avancer par essais sans rechercher d’emblée une forme parfaite.
L’atelier accueille des projets individuels et des moments partagés en petit groupe. Des activités consacrées au façonnage d’un objet unique ou à la décoration sur céramique permettent de découvrir les gestes de l’atelier. La transmission reste liée à la production de l’artisane : les participants découvrent les mêmes matières, les mêmes outils et les mêmes contraintes de séchage et de cuisson, avec un accompagnement adapté à leur niveau.
Restaurer et donner une nouvelle vie
L’Atelier Ceramikamel étudie aussi les projets de restauration d’objets en céramique. Un objet cassé peut avoir une valeur d’usage, une histoire familiale ou une présence décorative que l’on souhaite conserver. La réparation commence par l’examen des fragments, de la nature de la casse et de l’état général de la pièce. Selon le projet, il faut réfléchir à la solidité recherchée, à la visibilité de l’intervention et à la possibilité de retrouver une cohérence entre les parties.
Cette activité demande une attention différente de celle d’une création neuve. Il ne s’agit pas de repartir d’une terre vierge, mais de respecter une forme existante et les traces de son parcours. La restauration peut rendre l’objet manipulable à nouveau ou lui permettre de rester exposé. L’étude se fait sur rendez-vous, afin de comprendre la demande et d’évaluer le travail à réaliser.
Un atelier ancré à Canohès
Installé à Canohès, en Occitanie, l’Atelier Ceramikamel porte une céramique contemporaine qui relie arts visuels, objet quotidien et recherche de matière. Le parcours de Mélinda Sarasar, des Beaux-Arts au graphisme puis au travail de la terre, explique la place donnée à la composition et aux références de la culture visuelle. Son activité reste cependant centrée sur les gestes de l’artisane : préparer, façonner, décorer, cuire et reprendre lorsque le projet le demande.
Les visiteurs peuvent découvrir des pièces uniques, des éditions limitées, des lampes, des objets de table, des oyas, des chantepleures, des sculptures et des objets inspirés du quotidien. Ils peuvent aussi s’intéresser aux ateliers de création ou présenter un projet de restauration. Chaque proposition porte la marque d’un espace de travail à taille humaine, où la faïence émaillée permet d’explorer les formes, les textures et les contrastes.
À travers Ceramikamel, Mélinda Sarasar construit une pratique libre mais exigeante. L’esthétique wabi-sabi accompagne son regard sur l’irrégularité ; les techniques mixtes lui permettent de choisir le geste adapté à chaque objet ; les décors manuels donnent aux pièces leur rythme ; les ateliers ouvrent la pratique à d’autres mains. À Canohès, la céramique devient un dialogue entre un objet reconnaissable, une matière transformée et une présence singulière, conçue pour être regardée, touchée et parfois utilisée chaque jour.