À Aujols, dans le Lot, Michel Cornut développe l’Atelier des Lisières, un lieu consacré à la sculpture animalière et au travail de la terre. Ancien professeur d’arts plastiques, il a choisi, il y a une quinzaine d’années, de vivre avec sa femme et ses deux filles dans la campagne lotoise, près de Cahors. Ensemble, ils y ont construit leur maison et leurs ateliers en bois. Ce cadre n’est pas un simple décor autour de la pratique : il accompagne une manière de travailler au calme, avec la nature proche et le temps nécessaire pour observer les formes.
Dans son atelier céramique, Michel Cornut crée principalement des animaux en grès noir ou roux. Il façonne aussi des pots destinés aux plantes et à différents végétaux. Ces deux directions se répondent. La sculpture animalière donne à la terre une figure, une attitude et une présence, tandis que le pot établit une relation avec une plante qui va continuer à évoluer. Dans les deux cas, le grès devient un objet de volume, pensé pour être regardé et pour trouver sa place dans un environnement.
Le choix du grès noir ou roux influence immédiatement l’aspect de la pièce. Une terre sombre peut donner aux volumes une profondeur plus retenue, tandis qu’un grès roux fait apparaître une chaleur minérale. La cuisson stabilise la forme et révèle la matière. Lorsqu’un émaillage partiel est utilisé, certaines zones restent plus proches du caractère brut de la terre tandis que d’autres reçoivent une surface différente. Le contraste attire le regard sur les reliefs, les contours et les parties que la main a modelées.
La sculpture animalière demande de regarder l’animal au-delà d’un simple contour. Une patte, un dos, un museau ou une oreille appartiennent à un ensemble de volumes et de tensions. La posture suggère un mouvement, une attente ou une attitude. Michel Cornut transforme ces observations en formes de grès, en conservant une lisibilité suffisante pour que l’animal soit reconnu tout en laissant place à une interprétation personnelle. La terre ne devient pas une copie figée : elle accueille une présence simplifiée, expressive et construite.
Les animaux créés à l’Atelier des Lisières peuvent être traités avec réalisme, mais ils peuvent aussi se rapprocher d’un langage plus libre. Un hérisson, par exemple, permet de travailler le rapport entre une masse basse, une silhouette ramassée et une surface qui évoque le piquant. Un caméléon ouvre une recherche différente sur la longueur, la courbe et la capacité d’un corps à se fondre dans son environnement. Les formes animales servent ainsi à explorer plusieurs relations entre volume, mouvement et caractère.
Le travail de Michel Cornut ne se limite pas à la représentation directe du vivant. Ses créations peuvent également faire apparaître un personnage souriant et facétieux, ou un signe qui dépasse l’image d’un animal précis. Le grès devient alors un moyen de faire naître une expression. Un détail suffit parfois à modifier la lecture d’une pièce : une inclinaison, une ouverture, un relief ou une relation entre deux masses. La simplicité apparente d’une sculpture repose sur des choix de construction et sur l’attention portée à ce qui donne une attitude à la forme.
Ses inspirations viennent de sources très différentes. Il évoque le renouveau étrusque, avec des formes et des signes qui peuvent rappeler une mémoire ancienne réinterprétée. Il s’intéresse aussi à la cosmologie aborigène et à la créativité dogon. Ces références ne sont pas utilisées comme des motifs décoratifs ajoutés à la surface. Elles nourrissent une manière de penser le symbole, la figure et le rapport entre l’objet et le monde. Elles donnent à la sculpture un arrière-plan culturel tout en laissant à la terre sa force immédiate.
Le passage d’une influence à une forme céramique suppose une transformation. Une idée liée à une culture, à un récit ou à une organisation du monde ne devient pas automatiquement une sculpture. Elle doit être traduite en volume, en rythme et en surface. Michel Cornut simplifie, rapproche ou déplace les éléments qui l’inspirent pour créer une pièce autonome. Le résultat peut conserver une résonance avec l’image de départ, mais il appartient désormais à l’espace de l’atelier et à la matière cuite.
L’Atelier des Lisières propose aussi des pots pour les plantes et divers végétaux. Ces pièces ont une fonction concrète, mais elles peuvent être regardées comme des formes sculptées. Le pot organise un espace pour la terre et les racines, accompagne la croissance de la plante et introduit un volume dans un intérieur ou un jardin. Le grès noir ou roux renforce ce dialogue avec le végétal. Une surface partiellement émaillée peut créer un contraste avec les feuilles, tandis qu’une terre plus mate s’accorde avec une présence plus minérale.
Le pot demande une autre relation au volume que la figure animale. Sa forme doit créer un contenant, trouver une assise et rester lisible autour de la plante. Le bord, le diamètre et la hauteur participent à son usage, mais ils déterminent aussi son équilibre visuel. Un pot peut être discret pour laisser la plante dominer, ou devenir une pièce qui attire l’attention par sa silhouette et sa matière. Dans les deux cas, la terre cuite fait le lien entre le geste du sculpteur et la vie végétale qui prendra place dans l’objet.
Les œuvres référencées par l’atelier témoignent de cette diversité. « Les lémuriens » évoquent un ensemble animalier où la répétition et la variation peuvent faire apparaître plusieurs attitudes. « Arthur le hérisson » est réalisé en grès roux avec un émaillage partiel. Le « Grand caméléon » est en grès noir et mesure environ trente-huit centimètres de longueur. Ces pièces montrent comment la couleur de la terre, le traitement de la surface et l’échelle modifient la présence d’un animal.
L’« épi de faîtage en grès roux » appartient à une autre relation avec l’architecture. Il ne s’agit plus seulement de poser une sculpture sur une table ou un socle : la forme est destinée à se placer au sommet d’un bâtiment. L’objet doit alors être pensé comme un signe visible dans le paysage, avec une silhouette capable de dialoguer avec une toiture et un environnement. Le grès roux affirme une présence chaleureuse qui relie la pièce au matériau et à la construction.
Le « Grand plat » en grès émaillé, d’un diamètre d’environ quarante-huit centimètres, ouvre encore un autre usage. Le plat peut être regardé pour sa surface, son contour et sa capacité à organiser un espace. Il se situe entre l’objet utilitaire et la pièce décorative. Les « soliflores muraux » de la collection « Les Barbus » proposent quant à eux une relation verticale avec le végétal. Un vase mural ne se perçoit pas comme un simple récipient : il accompagne un mur et transforme la manière dont une fleur ou une branche s’y inscrit.
Les vases en grès noir partiellement émaillé prolongent cette recherche. La surface sombre et les zones émaillées peuvent faire varier la lumière autour du volume. Le regard suit les parties plus lisses, les passages plus mats et les irrégularités qui rappellent la présence de la terre. La pièce conserve ainsi une relation à la main même lorsqu’elle devient un objet fini. Le travail de l’émail ne recouvre pas nécessairement toute la forme ; il peut être utilisé pour créer une opposition entre matière brute et surface transformée.
La vie à la campagne lotoise donne à l’atelier une atmosphère de proximité avec le paysage. Michel Cornut travaille dans des espaces construits en bois, au sein d’un environnement qu’il a choisi avec sa famille. Cette implantation accompagne une pratique attentive, éloignée d’une production uniforme. Chaque sculpture commence par une matière et une intention, puis se précise par le modelage, la surface et la cuisson. Le temps de l’atelier permet de suivre la forme jusqu’à ce qu’elle trouve son équilibre.
La formule d’un voyage immobile, les mains dans la terre, résume la relation entre imagination et matière qui traverse l’Atelier des Lisières. La sculpture peut évoquer un animal lointain, un signe ancien, un personnage ou un élément végétal, tout en restant présente dans l’espace où elle est posée. Le grès transforme le regard en expérience tactile imaginée : on perçoit le poids, la rugosité, la douceur d’un relief et les différences entre les surfaces. La pièce invite à ralentir pour suivre sa construction.
À Aujols, Michel Cornut développe ainsi un travail de sculpteur animalier et de céramiste où le grès noir ou roux devient figure, contenant, objet mural ou pièce d’architecture. Ancien professeur d’arts plastiques, il puise dans l’observation du vivant, dans le renouveau étrusque, la cosmologie aborigène et la créativité dogon pour construire des formes personnelles. Les lémuriens, le hérisson, le caméléon, les vases, les soliflores, le grand plat et l’épi de faîtage montrent plusieurs usages d’une même matière. L’Atelier des Lisières offre ainsi un espace où la terre cuite associe présence animale, fonction, symbole et attention au paysage.