À Dammarie-les-Lys, en Seine-et-Marne, Fabienne Cassange exerce le métier de doreuse au sein de l’Atelier du Lys d’Or. Doreuse depuis 1995, elle consacre son activité principale à la restauration et à la conservation de bois doré ou peint sur des objets anciens et du mobilier. Miroirs, cadres, fauteuils et consoles font partie des exemples présentés, mais le travail s’étend aussi à la décoration intérieure et extérieure. Boiseries, ornements, grilles, statues et lettres dorées sur pierre peuvent ainsi être étudiés selon leur matière et leur emplacement.
La restauration d’un objet doré commence par l’identification de sa construction. Un meuble peut associer bois sculpté, apprêts, peinture et feuilles métalliques. Un cadre peut avoir des moulures fragiles, des angles cassés ou des parties reprises à différentes périodes. Un miroir peut porter des traces de manipulation sur les reliefs les plus exposés. Le doreur observe les surfaces, les soulèvements, les lacunes, la polychromie et les anciennes réparations avant de choisir une intervention. Cette lecture évite de confondre une patine stable avec une salissure ou une usure qui mettrait l’objet en danger.
La dorure à la feuille repose sur une préparation minutieuse. Les apprêts sont appliqués et égalisés pour que le support puisse recevoir la feuille sans la déchirer ni laisser apparaître des irrégularités indésirables. Les zones sculptées demandent de conserver la netteté des reliefs et des creux. La feuille est posée par petites parties, avec des raccords observés sous une lumière régulière. Une surface destinée à être brunie ne se travaille pas comme une zone qui doit rester mate ou recevoir une patine. Le choix du geste dépend donc de la finition et du caractère de l’objet.
L’Atelier du Lys d’Or utilise notamment la technique traditionnelle de la dorure à la détrempe, associée aux décors anciens. Cette méthode permet d’obtenir une finition brillante lorsque la préparation et l’état du support le permettent. Le brunissage demande de contrôler la pression et le moment de l’intervention. Une feuille trop sollicitée peut se marquer ; une surface insuffisamment préparée ne prendra pas un éclat régulier. Le doreur travaille progressivement afin de respecter les arêtes, les ornements et les transitions entre les parties brillantes et les zones plus douces.
La palette des métaux ne se limite pas à l’or jaune. L’atelier présente des dorures à la feuille d’or, d’argent, de cuivre et d’autres métaux. Les nuances peuvent être choisies dans un nuancier en fonction de l’objet, de son style et de l’environnement où il sera installé. Un or clair peut éclairer un relief, un métal plus rosé créer un contraste avec une polychromie, tandis qu’une feuille d’argent peut accompagner un décor plus froid. La finition doit rester cohérente avec les matériaux voisins et avec la distance à laquelle l’œuvre sera regardée.
Le travail s’étend à des supports contemporains comme le verre, la céramique, le métal et la résine. Ces matériaux demandent des préparations et des adhérences différentes de celles du bois doré. Une création peut utiliser la feuille pour souligner une ligne, rehausser un volume ou faire apparaître un motif. Un objet en verre joue avec la transparence et les reflets ; une céramique peut associer surface mate et éclat métallique ; un métal peut recevoir une finition qui modifie sa présence. L’artisan adapte la technique au support plutôt que d’imposer une solution identique à toutes les pièces.
La décoration intérieure et extérieure demande de tenir compte des conditions d’exposition. Une boiserie installée dans une pièce, une grille placée dehors et une statue soumise aux intempéries ne rencontrent pas les mêmes contraintes. La lumière, l’humidité, les frottements et les opérations d’entretien influencent la préparation et la protection. Une dorure extérieure doit rester lisible sans négliger la stabilité de la surface. Le projet est étudié en fonction de l’accès, des dimensions et de la possibilité d’intervenir sur place.
Les lettres dorées sur pierre tombale constituent une autre application du métier. Une inscription doit conserver une bonne lisibilité et s’accorder à la texture de la pierre. Le doreur examine le creux des lettres, la propreté du support et l’état de l’ancienne finition avant de compléter ou de reprendre la dorure. La profondeur, la largeur du trait et la lumière extérieure modifient la perception du texte. Une intervention précise évite de déborder sur les parties voisines et respecte le caractère du monument.
L’atelier pratique aussi la restauration et la conservation de peintures dites « laque à l’ancienne » sur des objets et des mobiliers. Cette approche demande de distinguer les couches colorées, les décors et les zones dorées. Une surface laquée peut être brillante, polychrome ou marquée par des réparations. Le nettoyage et les retouches sont réalisés avec prudence afin de ne pas confondre une perte avec une variation volontaire. La conservation de l’intégrité de l’œuvre, de son style et de son époque guide les décisions.
Le respect de l’objet original constitue un principe affiché par Fabienne Cassange. La restauration s’inscrit dans le style et l’époque de la pièce et suit le code de déontologie du doreur ornemaniste. Cela implique de définir le niveau d’intervention avant de commencer. Certaines lacunes peuvent être complétées pour retrouver la lecture générale ; d’autres traces doivent rester visibles parce qu’elles appartiennent à l’histoire de l’objet. Une reprise discrète n’est pas toujours la meilleure solution si elle efface une information ou donne une apparence artificiellement neuve.
L’atelier s’adresse aux conservateurs, collectionneurs, antiquaires, particuliers et designers. Une demande gagne à préciser le type d’objet, les matériaux, les dimensions, les zones fragiles et le résultat souhaité. Les photographies peuvent préparer l’échange, tandis que l’examen direct permet de comprendre les assemblages et la tenue des couches. Fabienne Cassange se déplace pour certains projets et établit un devis selon la pièce, son état et la technique envisagée. Les délais, les conditions de transport et le niveau de finition sont définis au cas par cas.
La création contemporaine trouve sa place à côté de la restauration. Un designer peut demander une surface dorée sur une forme nouvelle, un particulier imaginer un miroir personnalisé ou un décorateur associer feuille métallique, laque et matière brute. L’or peut devenir un accent, une bordure, un motif ou une enveloppe qui transforme la lumière. La création reste néanmoins soumise à la préparation du support et à la précision des raccords. Le caractère actuel du projet ne dispense pas de maîtriser les gestes traditionnels.
À Dammarie-les-Lys, l’Atelier du Lys d’Or réunit donc restauration, conservation, décoration et création autour de la dorure à la feuille. Bois, pierre, métal, verre, céramique et résine offrent des possibilités différentes, tandis que la détrempe, la polychromie et la laque à l’ancienne répondent à des histoires d’objet variées. Fabienne Cassange accompagne les personnes qui souhaitent préserver une pièce ancienne, restaurer un décor ou imaginer une finition nouvelle. La feuille métallique y est travaillée comme une matière de lumière, liée au relief, au support et au temps de l’œuvre.