À Joncels, dans l’Hérault, Elfriede Wilderink Baars développe sous le nom Elvie un travail de sculptures en verre et de bijoux associés au verre et à l’argent. Son univers rassemble des pièces qui peuvent être regardées comme des objets, des volumes ou des parures. Le site de l’atelier présente des sculptures de verre, des bijoux en verre et argent, des pièces en verre fusionné et des compositions où la transparence rencontre la matière métallique. La pratique conserve une place pour l’expérimentation, mais elle reste attachée à des gestes précis et à une observation attentive des réactions du verre.
Le parcours d’Elfriede Wilderink Baars relie plusieurs apprentissages. Originaire de La Haye, elle a vécu dans l’est des Pays-Bas, où elle a enseigné le dessin et suivi des cours de céramique, de vitrail et de fusing. Installée à Joncels depuis 2006, elle a progressivement construit un atelier consacré au verre sous différentes formes. Cette trajectoire explique la diversité des techniques mobilisées. Le verre n’est pas abordé comme une matière unique dont le résultat serait toujours identique : il peut être fondu, formé par la chaleur, coulé dans un moule, travaillé en pâte de verre ou assemblé comme un vitrail. Il peut aussi être gravé, intégré à une mosaïque ou associé au bois, à la pierre et au métal.
Le fusing constitue une voie centrale de ce travail. Le verre est assemblé puis porté à une température qui permet aux éléments de se réunir. La chaleur modifie les contours, rapproche les surfaces et fait apparaître des relations nouvelles entre couleurs, transparences et inclusions. Une composition destinée à devenir un bijou ne se prépare pas comme une sculpture. Le format, le poids, la résistance et la relation avec le support métallique doivent être pris en compte. Pour une œuvre plus grande, la question du volume, de la lumière et de la stabilité devient déterminante. Dans les deux cas, la cuisson transforme une intention plane en une matière qui possède sa propre profondeur.
Le thermoformage apporte une autre possibilité. Une plaque de verre chauffée peut épouser une forme et prendre une courbe. Le résultat dépend du support, du rythme de la chauffe et de la manière dont la matière se déplace. Une surface qui semblait régulière avant le passage au four peut devenir plus tendue, plus enveloppante ou révéler des variations de texture. Cette technique permet de sortir du panneau plat et de construire des objets qui jouent avec la lumière sur plusieurs plans. Dans une sculpture, une courbe peut attraper un reflet ; dans un objet décoratif, elle peut créer une ombre qui change selon la position du regard.
Le moulage et le casting ouvrent encore une autre relation avec le volume. Le verre prend la forme d’un espace préparé, ce qui permet de travailler des épaisseurs et des silhouettes qui ne seraient pas obtenues par simple assemblage de plaques. La forme du moule, les éléments placés à l’intérieur et la circulation de la chaleur influencent le résultat. Les inclusions visibles dans certaines pièces du site d’Elvie donnent au verre une profondeur particulière. Un objet peut sembler contenir un paysage, une trace ou une matière suspendue. La transparence ne signifie pas absence de matière : elle permet au regard de traverser certaines zones et de s’arrêter sur d’autres.
La pâte de verre appartient à cette recherche sur la densité et la lumière. Le verre réduit en grains ou en poudre peut être disposé dans un moule avant la cuisson. La matière se rassemble alors de manière différente selon sa granulométrie, sa couleur et la température. Une surface peut rester légèrement granuleuse, devenir plus compacte ou laisser passer la lumière par endroits. Pour une sculpture, ces différences donnent une présence tactile et visuelle. Pour un bijou, elles modifient la façon dont la pièce accroche le jour ou se détache sur un vêtement. La même technique peut donc produire des effets très différents selon l’échelle et l’usage.
Le travail à froid complète les procédés à chaud. Le vitrail introduit la relation entre verre, lumière et architecture. La gravure retire ou modifie la surface pour créer une trace, une ligne ou une texture. La mosaïque assemble des fragments et transforme la différence entre les morceaux en langage visuel. Ces techniques ne demandent pas la même préparation que le fusing ou le casting, mais elles partagent une attention à la transparence, à la couleur et aux reflets. Elles permettent aussi de reprendre une pièce après cuisson ou de construire une œuvre sans dépendre entièrement d’un nouveau passage au four.
Les sculptures d’Elvie utilisent le verre comme une matière qui peut évoquer la nature sans la copier littéralement. Le site officiel montre des œuvres et des bijoux où la transparence, les inclusions et les contrastes entre verre et métal occupent une place visible. Le travail anciennement présenté par l’association Le Geste et la Matière évoque des thèmes inspirés de la nature et l’envie de combiner le verre avec le bois, la pierre ou le métal. Cette relation donne aux œuvres une qualité organique. Une surface brillante peut rappeler l’eau, une inclusion peut évoquer une forme minérale et une masse translucide peut retenir la lumière comme un fragment de paysage.
Le verre et l’argent forment un duo privilégié dans la bijouterie Elvie. Le verre apporte la couleur, la transparence, la profondeur et parfois une forme irrégulière. L’argent donne un cadre, une liaison ou une structure qui permet de porter la pièce. Le montage doit respecter les qualités des deux matériaux. Une partie de verre peut être épaisse et présente, tandis que l’argent doit rester assez léger pour accompagner le mouvement. Une bague ou un collier est regardé de près et manipulé ; une sculpture se découvre à distance et sous plusieurs angles. La fabrication adapte donc le rapport entre surface, volume et support.
Le site présente notamment des colliers et des bagues en verre fusionné associé à l’argent ou à l’or. Ces pièces montrent comment un procédé de verrier peut entrer dans un objet de parure. La couleur ne reste pas enfermée dans une plaque destinée à être posée : elle devient une présence mobile, portée par un corps et soumise à des changements de lumière. Le bijou peut paraître plus dense à l’intérieur d’une pièce et plus lumineux à l’extérieur. Le métal souligne la forme sans remplacer le travail du verre. Chaque élément doit trouver sa place pour que la parure soit lisible, confortable et durable.
Les inclusions donnent une autre identité aux pièces. Un verre transparent ou translucide peut accueillir une matière, une couleur ou une forme qui semble en suspension. La cuisson fixe la composition tout en pouvant modifier les limites de l’élément inclus. La préparation demande alors de réfléchir à ce qui sera visible, à la profondeur et à la manière dont la lumière traversera l’ensemble. Une inclusion trop proche de la surface ne produit pas le même effet qu’une inclusion placée au centre. La sculpture et le bijou utilisent la même profondeur, mais le regard ne les rencontre pas à la même distance.
Le geste du verrier-fondeur consiste à accepter cette part de transformation sans renoncer à la préparation. Avant la cuisson, la composition est organisée, les matières sont choisies et les relations entre les éléments sont anticipées. Pendant la montée en température, le verre se rassemble et se transforme. Après le refroidissement, la pièce est observée pour comprendre les transparences, les tensions, les bords et les effets de surface. Le travail peut alors se poursuivre par une finition, un polissage, une gravure, un assemblage métallique ou une mise en valeur dans un support. Le résultat n’est pas la simple exécution d’un dessin : c’est une collaboration avec le feu et avec la matière.
La diversité des techniques permet à Elvie de passer de l’objet décoratif à la parure et à la sculpture. Une petite pièce peut concentrer une recherche sur la couleur, une inclusion ou une relation entre verre et argent. Une sculpture peut utiliser une épaisseur plus grande, une forme moulée ou une association avec le bois et la pierre. Le vitrail et la mosaïque introduisent un travail de surface et de composition. Cette variété ne disperse pas l’identité de l’atelier. Elle la construit autour d’une même attention à la lumière, à la transparence, à la nature des matériaux et à la place du geste humain.
L’atelier propose également des stages autour du travail du verre et des ateliers de création de bijoux, de fusing et de découverte pour les enfants. Ces propositions prolongent la pratique artistique par la transmission. Faire un essai de fusing permet de comprendre la préparation d’une composition, le rôle de la cuisson et la transformation du verre. Créer un bijou oblige à penser le format, le poids, la fixation et la relation entre le verre et le métal. Une approche destinée aux enfants peut partir de la couleur, de l’assemblage et du plaisir de voir une matière transparente changer d’aspect. Dans chaque cas, le public rencontre un matériau qui demande à la fois précision et patience.
La visite de l’atelier se fait sur rendez-vous, ce qui correspond à un espace de travail où les pièces, les outils et les étapes de fabrication demandent une présentation adaptée. La rencontre peut être l’occasion de découvrir des sculptures, des bijoux et des essais, mais aussi de comprendre pourquoi une même couleur ne se comporte pas de la même manière selon l’épaisseur, le procédé et la lumière. Le verre se regarde en mouvement : un reflet change avec la position du visiteur, une inclusion apparaît puis disparaît, et une surface gravée révèle son dessin lorsque l’éclairage se déplace.
À Joncels, l’Atelier du verre Elvie réunit sculpture, bijouterie et recherche sur les procédés du verre. Elfriede Wilderink Baars y associe fusing, thermoformage, casting, pâte de verre, vitrail, gravure et mosaïque pour construire des œuvres où la lumière rencontre le verre, l’argent, le bois, la pierre ou le métal. Les sculptures donnent à la matière une échelle et une profondeur ; les bijoux transforment la transparence en parure. L’atelier garde ainsi une identité précise : travailler le verre comme une matière libre, brillante et sensible, capable de porter une forme autonome comme un objet que l’on porte près de soi.