À Deyvillers, dans les Vosges, l’Atelier Dufala réunit Anne Dufala et Denis Valdenaire autour de la dorure, du travail du bois et de la pierre. Créé en 2003, l’atelier intervient principalement dans la conservation et la restauration, tout en réalisant des créations, des copies d’ancien et des ouvrages conçus sur mesure. Le duo travaille pour des particuliers, des professionnels et des collectivités, avec une attention particulière portée à l’histoire des objets, à l’authenticité des matières et à la continuité des techniques.
Une rencontre entre l’or, le bois et la pierre
L’Atelier Dufala est né de la rencontre de deux parcours complémentaires. Anne Dufala exerce la dorure et la conservation-restauration des bois dorés et polychromes. Denis Valdenaire travaille la taille et la sculpture sur pierre, tout en conservant un lien fort avec le bois et les techniques anciennes. Leur association permet de traiter un ouvrage dans sa globalité lorsqu’il réunit structure, sculpture, polychromie et finition dorée.
L’atelier a ouvert ses portes en juillet 2003. La complémentarité est visible dans la manière dont les deux métiers se répondent. La doreuse peut embellir ou reprendre les ouvrages sculptés par son compagnon ; le sculpteur sur bois et l’artisan de la pierre peut préparer un élément, restituer une partie manquante ou intervenir sur l’assemblage d’un cadre. Une statue polychrome, un retable, un tabernacle, un cadre orné ou un élément architectural ne sont pas seulement considérés comme des surfaces : ils possèdent une structure, des volumes et une histoire qui doivent être compris avant le choix d’un geste.
En 2010, le couple a restauré un nouvel atelier afin de disposer d’un lieu plus adapté à ses savoir-faire et à l’accueil des personnes intéressées par les métiers d’art. Le lieu est présenté comme un espace où peuvent être réunis la fabrication, la restauration et la transmission. Cette dimension d’accueil prolonge les participations de l’atelier à des salons, à des journées des métiers d’art et à des événements liés au patrimoine.
Diagnostiquer avant de restaurer
La démarche de l’Atelier Dufala commence par l’observation de l’ouvrage. Le diagnostic cherche à identifier l’époque, le style, la provenance, les matières et les techniques employées. Il porte aussi sur l’état de conservation et sur les altérations visibles. Cette lecture permet de distinguer ce qui appartient à la construction d’origine, ce qui provient d’une intervention ancienne et ce qui résulte d’une dégradation plus récente.
Le diagnostic ne sert pas seulement à décrire un objet. Il aide à choisir une marche à suivre proportionnée. Une pièce de bois doré peut présenter des soulèvements, des fissures, des lacunes ou des zones où la polychromie a disparu. Une pierre peut être poreuse, fragilisée par l’humidité ou marquée par des réparations anciennes. Un cadre peut avoir perdu une moulure, une traverse ou un élément sculpté. La restauration doit répondre à ces situations sans appliquer la même solution à toutes les matières.
Lorsque l’état de l’œuvre l’exige, l’atelier distingue la conservation curative de la conservation préventive. La première agit directement sur l’objet afin de retarder une altération ou d’améliorer sa stabilité. Pour les bois, le site mentionne notamment l’anoxie. La conservation préventive agit sur l’environnement de l’œuvre afin de réduire les risques futurs. Pour la pierre, les interventions peuvent comprendre un traitement contre l’humidité ou une minéralisation d’une matière poreuse. Nettoyage, traitement et consolidation sont envisagés selon la nature du support.
La restauration intervient ensuite directement sur l’objet. Son but est d’améliorer la lisibilité tout en respectant autant que possible l’intégrité physique, esthétique et historique. L’atelier décrit des gestes comme le recollage, le réassemblage, la sculpture, le moulage, le ponçage, la dorure, la polychromie et les patines. Ces opérations ne sont pas choisies pour donner une apparence uniforme. Elles doivent rester liées aux techniques originelles, aux matériaux associés et à la place de l’ouvrage dans son environnement.
Un suivi peut accompagner le retour de l’œuvre chez son propriétaire. Le dossier explicatif illustré, les conseils d’accrochage et les recommandations de conservation prolongent le travail réalisé dans l’atelier. Cette continuité est particulièrement utile pour un objet fragile, une sculpture polychrome, un meuble doré ou un élément qui doit être exposé dans des conditions maîtrisées.
La dorure à la feuille et le travail de l’ornement
La dorure à la feuille demande de la rigueur, de la patience et une grande dextérité. L’Atelier Dufala présente la dorure à la détrempe comme une technique exigeante, appliquée sur un bois préparé avec plusieurs couches d’enduit. La surface reçoit ensuite la feuille d’or ; certaines zones peuvent être brunies afin de créer un contraste entre l’or mat et l’or brillant. Les différences de lumière révèlent alors les reliefs, les moulures et la profondeur du décor.
La préparation du support conditionne l’aspect final. Les enduits, le ponçage, la régularité des surfaces et la qualité des arêtes participent à la manière dont la feuille adhère et se réfléchit. Les outils cités par la doreuse comprennent le coussin à dorer, le couteau à dorer, la palette, le mouilleux, l’appuyeux, la pierre d’agate, les pinceaux, la prêle et les poncifs. Chacun intervient à un moment précis, depuis la découpe et la pose jusqu’au brunissage ou à la reprise d’un détail.
La technique de la mixtion permet une autre approche de la dorure. Elle convient à des surfaces plus larges et à des supports différents du bois, avec un rendu plus mat que la dorure à la détrempe. La connaissance de ces procédés permet d’adapter la finition à l’époque de l’objet, à la matière et à l’effet recherché. Une copie d’ancien ne demande pas nécessairement la même préparation qu’une restauration ; une boiserie ne se traite pas comme une petite sculpture ou un cadre de miroir.
L’atelier travaille les cadres et miroirs de styles et d’époques variés, les boiseries, les mobiliers, les assises, les consoles, les tables, les candélabres, les statues et les bois sculptés polychromes ou dorés. Les mobiliers d’église, les retables, les tabernacles et les lutrins forment un autre ensemble de supports. La dorure peut aussi concerner des ornements métalliques, des coqs, des girouettes, des étendards et des grilles en fer forgé. Sur la pierre, le travail peut porter sur des lettrages, des moulures et des éléments statuaires.
Denis Valdenaire, tailleur et sculpteur sur pierre
Pour Denis Valdenaire, restaurer signifie retrouver le caractère originel d’un ouvrage en choisissant un matériau comparable, en s’approchant de sa facture et en reprenant son aspect de taille. La restauration peut également comprendre des techniques de consolidation et de pérennisation destinées à donner à la pierre une nouvelle période de stabilité. La création suit une autre direction : la pierre brute est transformée en pièce originale, décorative ou architecturale.
La taille de pierre demande de comprendre l’appareillage, la répartition des forces et l’équilibre des matériaux. Un ensemble de pierres ne peut pas être considéré comme une simple juxtaposition de blocs. Les dimensions, les charges, la pose et les raccords participent à la solidité et à la lecture de l’ouvrage. En restauration, le tailleur doit aussi connaître les greffes, les consolidations et les méthodes qui permettent de rejoindre une construction ancienne sans rompre son caractère.
Le choix de la pierre constitue une étape décisive. Le grès des Vosges présente une palette de couleurs et de grains allant des tons blancs et gris aux roses, rouges, violacés, beiges et jaunes. Ces variations influencent la manière dont une moulure, un encadrement ou une sculpture apparaît dans la lumière. Après le choix de la matière, le tailleur fait émerger des volumes soumis à des règles géométriques. Les outils et les coups de taille construisent la surface autant que la forme générale.
La sculpture sur pierre est complémentaire de la taille, mais elle demande une approche différente. Le sculpteur travaille le volume et le relief, souvent à partir d’un dessin ou d’un modèle. Les prises de points dans l’espace, les compas et les appareils de mise aux points aident à reporter une forme complexe. Le marteau pneumatique et les outils à main, comme les ciseaux, taillants, peignes, gouges, charrues et marteaux, permettent ensuite d’enlever la matière et de préciser les transitions.
Les interventions concernent notamment les encadrements de portes et de fenêtres, les oculi, les escaliers, les soubassements, les cheminées et les dallages à l’ancienne. Le patrimoine religieux et rural est également présent avec les calvaires, les fontaines, les monuments aux morts et les stèles commémoratives. Lorsqu’un élément a disparu ou qu’il est trop altéré, l’atelier peut le restituer à partir des parties conservées et de la documentation disponible. La restitution doit alors rester lisible comme une intervention respectueuse de l’ensemble.
Créations, copies d’ancien et monuments funéraires
L’Atelier Dufala ne se limite pas à la restauration. Il réalise aussi des copies d’ancien et des pièces entièrement nouvelles. En dorure, il peut créer des cadres de style ou des modèles anciens, ornés ou non, dorés et polychromes. Cette activité demande de comprendre les proportions, les profils, les motifs et les finitions associés à une époque ou à un type d’objet.
En taille et sculpture sur pierre, l’atelier réalise des éléments d’architecture, des encadrements, des socles et des croisillons de calvaires. La création peut aussi prendre la forme d’un monument funéraire. Le choix d’un grès ou d’un calcaire, la forme du volume, la présence d’un lettrage et la relation avec le lieu sont alors étudiés selon les souhaits des familles. La pierre devient une matière de mémoire, dont la texture, la couleur et la taille donnent une présence particulière à la dernière demeure.
Le travail sur mesure oblige à dialoguer avec la personne qui confie l’ouvrage. Un particulier peut apporter un cadre de famille, une statue ou un élément décoratif. Une collectivité peut demander la reprise d’un monument rural, d’une fontaine ou d’un ouvrage public. Un professionnel du patrimoine peut solliciter une compétence précise pour un chantier plus vaste. Dans chaque situation, l’atelier doit garder le lien entre la matière, la technique et le contexte.
Des parcours nourris par les monuments historiques
Anne Dufala s’est formée dans le domaine de l’ameublement et a découvert la dorure au Viaduc des Arts à Paris. Son apprentissage l’a mise en contact avec la restauration, la copie et la fabrication de cadres, miroirs et mobiliers anciens pour des galeries. Elle a ensuite travaillé sur des monuments historiques, notamment au Parlement de Bretagne à Rennes, puis sur du mobilier classé pour le Mobilier national. Une expérience en peinture décorative et en polychromie à l’ancienne complète ce parcours.
Denis Valdenaire a commencé par le travail du bois, puis s’est spécialisé en ébénisterie et en sculpture sur bois avant de découvrir la taille de pierre dans un atelier de restauration. Il a participé à la restauration de la cathédrale de Strasbourg et à des chantiers menés dans des églises, des basiliques et des cathédrales en Alsace et en Moselle. Son parcours l’a également conduit en Allemagne et au Luxembourg, sur des monuments et des bâtiments patrimoniaux. Ces expériences nourrissent une pratique attentive aux outils, aux traces et aux techniques anciennes.
À Deyvillers, Anne Dufala et Denis Valdenaire réunissent ainsi dorure à la feuille, polychromie, sculpture sur bois, taille de pierre et conservation-restauration. Le diagnostic, les traitements, les consolidations, la reconstitution d’éléments manquants et le suivi de conservation s’articulent avec la création de cadres, de monuments funéraires, de pièces décoratives et d’ouvrages destinés au patrimoine. Le bois, la pierre et l’or ne sont jamais isolés : ils composent ensemble des objets et des architectures dont la matière, la mémoire et la lisibilité sont préservées avec soin.