À Paris, l’Atelier Élise & Berthaux réunit Guillaume Élise et Camille Berthaux autour du travail des pierres dures et ornementales. Les deux lapidaires développent une pratique qui va de la glyptique à la marqueterie de pierres, en passant par la sculpture de petits volumes, les objets précieux, les boîtes, les bijoux et les cadrans de montre. Leur démarche repose sur un dialogue entre la matière minérale, la précision du façonnage et l’usage auquel l’objet sera destiné.
Une pierre dure ne se laisse pas lire comme une matière uniforme. Elle possède une couleur, une texture, une densité, des veines et parfois des inclusions qui changent selon l’orientation de la coupe. Le travail commence par l’observation de ces caractéristiques. Une zone intéressante peut devenir le centre d’un bijou, une ligne dans un décor ou le détail qui donne son mouvement à une petite sculpture. Le choix du fragment et sa place dans l’ensemble participent déjà à la conception de la pièce.
La marqueterie de pierres consiste à assembler des éléments minéraux pour créer une surface ou un volume. Les fragments doivent être choisis, découpés, ajustés et réunis de façon à préserver la continuité du dessin. Une différence de ton peut souligner un contour, une veine peut suggérer un mouvement et une variation de texture peut donner de la profondeur à une composition. Le résultat ne dépend donc pas uniquement de la richesse des pierres utilisées : il tient aussi à la justesse des raccords et à la manière dont chaque élément trouve sa place.
La glyptique ajoute une dimension sculpturale au travail de la pierre. Elle peut conduire à dégager une forme dans un volume, à creuser un motif ou à modeler un relief qui sera découvert par le regard et le toucher. La matière résiste, et cette résistance oblige à avancer par étapes. Une pression trop forte peut fragiliser une zone, tandis qu’un retrait trop marqué change la proportion du dessin. Le lapidaire doit garder en tête la forme finale tout en respectant ce que le bloc ou le fragment permet réellement.
L’Atelier Élise & Berthaux a été créé en 2018 par Guillaume Élise et Camille Berthaux. Leur association réunit des parcours et des sensibilités complémentaires. Camille Berthaux a d’abord été formée au travail de la pierre, tandis que Guillaume Élise s’est construit comme artiste glyptique autodidacte. Cette rencontre nourrit une approche qui ne sépare pas la maîtrise technique de la recherche formelle. La pierre est étudiée pour ses qualités propres, puis engagée dans des objets où le dessin, la fonction et la précision doivent rester cohérents.
Le choix des matériaux peut répondre à une intention esthétique ou à une contrainte d’usage. Une pierre translucide ne réagit pas à la lumière comme un jaspe dense. Un matériau marqué par des veines irrégulières ne donnera pas le même résultat qu’une surface plus homogène. Pour une pièce de joaillerie, la résistance, le poids et la dimension disponible orientent la conception. Pour une boîte ou un objet de décoration, la relation entre le couvercle, le corps et les raccords devient déterminante. Chaque projet demande ainsi une lecture particulière du minéral.
Les petits volumes occupent une place singulière dans cette pratique. Une boîte, un élément sculpté ou un objet précieux rassemble en peu d’espace plusieurs exigences : une forme équilibrée, des surfaces nettes, une prise en main agréable et une finition régulière. La petite taille ne rend pas le travail plus simple. Elle rapproche au contraire les détails du regard et du toucher. Un ajustage légèrement décalé, une arête trop vive ou une différence de poli peut modifier immédiatement la perception de l’objet.
Les bijoux prolongent cette recherche avec une attention particulière portée au corps. Une pierre destinée à une bague, une broche ou un pendentif doit dialoguer avec une monture et rester agréable à porter. Sa couleur peut être mise en valeur par un métal, une ouverture ou une combinaison de matériaux. Son dessin doit conserver sa présence malgré une dimension réduite. Le lapidaire ne travaille donc pas un fragment isolé : il prépare une pièce qui devra trouver son équilibre dans un ensemble porté, regardé et manipulé.
L’horlogerie impose une précision encore plus concentrée. Les cadrans en marqueterie de pierres associent plusieurs fragments dans une surface qui doit rester lisible et régulière. Les raccords suivent la géométrie du cadran, les ouvertures doivent respecter la construction de la montre et le décor ne peut pas prendre le pas sur les indications horaires. La pierre apporte une profondeur et une variation que ne possède pas une surface industrielle, mais elle doit s’intégrer à un objet soumis à des contraintes mécaniques et visuelles très strictes.
Les boîtes en pierre mettent en évidence la relation entre la marqueterie et l’objet. Le couvercle doit s’ouvrir avec justesse, les parois doivent préserver une continuité et les éléments assemblés doivent donner une impression de solidité. Les nuances du matériau apparaissent selon la lumière et la position de la pièce. Une composition peut évoquer une constellation, un paysage abstrait ou une géométrie libre sans perdre la fonction de contenant. Le décor reste alors lié à la construction et non ajouté comme une simple surface indépendante.
L’atelier travaille pour des designers, des joailliers, des horlogers et des particuliers. Ces commandes peuvent concerner une pièce unique, une petite série ou une création développée à partir d’un projet existant. Le dialogue permet de préciser l’échelle, la fonction, les matériaux et le niveau de détail recherché. Une idée doit ensuite être traduite dans les dimensions et les possibilités de la pierre. La collaboration devient une suite de choix concrets : sélectionner la matière, définir les assemblages, prévoir les tolérances et organiser les étapes de façonnage.
La marqueterie de pierres est une technique ancienne que l’atelier cherche à faire évoluer. Les principes de sélection, de découpe, d’ajustage et d’assemblage restent liés à une tradition longue, tandis que les dessins, les matériaux et les objets peuvent changer. L’Atelier Élise & Berthaux intègre également un service complet d’usinage numérique. Cette capacité interne permet de travailler certaines géométries avec des outils contemporains, sans supprimer le rôle de l’œil, de la main et de la décision artisanale. La technologie intervient comme un moyen au service de la matière.
L’usinage ne résout pas à lui seul les difficultés du travail lapidaire. Une machine peut produire une forme précise, mais elle ne choisit pas la zone d’une pierre qui donnera le meilleur mouvement au décor. Elle ne décide pas de l’orientation d’une veine ni de la relation entre une nuance et un usage. La préparation numérique doit donc rester reliée à l’observation du matériau, au contrôle des surfaces et à la finition manuelle. La qualité finale naît de la complémentarité entre ces différents temps.
La restauration et la création se répondent dans l’expérience de l’atelier. Restaurer un objet en pierres dures demande de comprendre sa construction, ses matériaux et les traces laissées par son histoire. Créer une pièce nouvelle permet de partir d’une matière disponible et d’en suivre les qualités singulières. Dans les deux cas, l’ajustage, le polissage et l’assemblage déterminent la cohérence de l’ensemble. Le geste artisanal ne consiste pas à imposer une forme à la pierre, mais à trouver une manière précise de révéler ce qu’elle peut devenir.
À Paris, l’Atelier Élise & Berthaux fait vivre un métier où la pierre passe du fragment à l’objet précieux. La glyptique, la marqueterie, la sculpture de petits volumes, les bijoux, les boîtes et les cadrans offrent autant de terrains pour explorer les couleurs, les textures et les effets de lumière des matériaux ornementaux. La création de l’atelier en 2018, son association de compétences et son recours maîtrisé à l’usinage numérique dessinent une pratique actuelle, fidèle à la patience de la taille et ouverte aux formes nouvelles.