À Anse, dans le Rhône, Dominique Juban dirige l’Atelier Empreinte, consacré à la restauration et à la conservation de tableaux et d’œuvres d’art. Son activité comprend aussi la création picturale et la transmission de la peinture à l’huile selon des techniques anciennes. L’atelier reçoit des œuvres appartenant à des particuliers comme des pièces confiées par des mairies, des paroisses, des châteaux, des associations et d’autres institutions. Chaque objet arrive avec son histoire, ses fragilités et une manière particulière d’avoir traversé le temps. Le travail consiste alors à comprendre ce qui doit être stabilisé, ce qui peut être nettoyé et ce qui doit rester visible comme trace de son parcours.
Dominique Juban indique avoir créé son atelier de restauration et de peinture en 2005, d’abord à Oingt, avant de l’installer à Anse en 2009. Cette continuité donne une place centrale à l’observation des œuvres et au dialogue avec les personnes qui les conservent. Un tableau de famille ne pose pas les mêmes questions qu’une peinture accrochée dans une église ou qu’un ensemble décoratif intégré à un château. La dimension, la technique, le support, la fonction de l’image et le lieu de présentation influencent le diagnostic. L’intervention ne se réduit donc pas à une suite de gestes identiques : elle se construit autour de l’œuvre rencontrée.
La restauration commence par une lecture attentive de l’état matériel. Une toile peut présenter des déchirures, des lacunes, des soulèvements de la couche picturale, des déformations ou les marques d’une ancienne réparation. Un panneau de bois peut avoir bougé, tandis qu’une peinture sur cuivre demande une attention particulière à la planéité et à la relation entre le support et son encadrement. Un tableau peut aussi être assombri par des dépôts ou par un vernis devenu trop coloré. L’Atelier Empreinte décrit les constats, les analyses, les interventions et, lorsque cela est possible, une étude iconographique qui aide à replacer l’image dans son contexte.
Les opérations de conservation et de restauration sont choisies en fonction de ces observations. Le site professionnel cite notamment le doublage, le rentoilage et le refixage des écailles parmi les opérations possibles. Le doublage renforce une toile dont la structure a perdu une partie de sa cohésion ; le rentoilage remplace ou complète un soutien devenu insuffisant ; le refixage agit sur une peinture qui se soulève pour éviter la perte de fragments. Ces mots désignent des interventions précises, qui ne peuvent être décidées correctement qu’après l’examen du revers, des bords, du châssis et de la surface peinte.
Le nettoyage ne cherche pas simplement à rendre une couleur plus vive. Les dépôts, les fumées, les poussières et les couches ajoutées peuvent modifier les rapports entre les figures, les fonds, les ombres et les zones lumineuses. Retirer une couche demande de comparer la réaction de la surface et de surveiller les différences entre les pigments. L’allègement d’un vernis peut rétablir des contrastes, mais il doit tenir compte de la peinture située dessous et de la protection apportée par le film ancien. Une intervention bien conduite vise une lecture plus juste de l’image tout en conservant les informations matérielles utiles à son histoire.
Les retouches et les comblements interviennent ensuite lorsque des lacunes gênent la compréhension de la composition. Il ne s’agit pas d’effacer les marques du temps sans discernement. Une zone complétée doit retrouver une continuité visuelle suffisante pour que le regard puisse suivre le sujet, mais elle doit aussi rester liée à l’original et à la méthode retenue. La distinction entre la matière ancienne et le complément appartient à la déontologie du métier. Dans les dossiers présentés par l’atelier, les différentes étapes sont accompagnées d’images et de justifications, ce qui rend lisible le chemin parcouru entre le constat initial et la présentation finale.
Les réalisations documentées montrent la diversité des commandes. À Oingt, l’atelier a travaillé sur quatorze stations d’un chemin de croix réalisées en chromolithographies marouflées sur toile, datées de 1840 dans la présentation professionnelle. Un panneau de bois doré lié à la Confrérie du Saint Rosaire a également été traité. À Fontaines-Saint-Martin, des peintures religieuses sur toile, dont Saint Sébastien et Saint Roch et une Descente de croix, figurent parmi les interventions mentionnées. Ces œuvres ne se résument pas à leur sujet : leur support, leur format, leur cadre et leur place dans un édifice participent à la manière dont elles doivent être étudiées.
Le travail concerne aussi des ensembles de grande dimension. L’Atelier Empreinte présente des interventions au château des Halles, notamment sur un diptyque de scènes pastorales, des tableaux encastrés dans les murs et des peintures décoratives de couloirs. La restauration de fresques murales y est indiquée sur une période allant de 2002 à 2024. Un chantier de ce type impose de considérer l’architecture en même temps que la peinture. L’accès, la stabilité du support, les dimensions, la lumière du lieu et la relation entre les différentes scènes modifient les conditions de travail. La conservation d’un décor intégré à un bâtiment demande donc une organisation différente de celle d’un tableau transportable.
Les iconographies publiées sur le site détaillent d’autres œuvres restaurées. Une huile sur toile intitulée La Sainte Trinité et les âmes du purgatoire, conservée à la chapelle Saint-Georges de Thizy-les-Bourgs, est présentée comme très endommagée et rattachée au XVIIe ou au XVIIIe siècle. D’autres pages consacrent un tableau représentant la rencontre du Christ et de Marie Madeleine à Fontaines-Saint-Martin, ainsi qu’à une œuvre représentant Saint Pierre. Les photographies d’étapes montrent les lacunes, les déchirures, le début du nettoyage et l’état retrouvé après intervention. Cette documentation met en évidence la relation entre l’examen de l’image, la stabilisation du support et la restitution d’une lecture cohérente.
Le cadre est observé avec le tableau lorsqu’il participe à la protection ou à la présentation de l’œuvre. Un encadrement peut être ancien, incomplet, fragilisé ou difficile à adapter à la tension de la toile. Dans un édifice religieux ou un château, il peut aussi être lié à la place historique de la peinture. Le restaurateur doit alors prendre en compte les bords, les attaches, les dimensions et la manière dont l’œuvre sera replacée. Cette attention évite de traiter la surface peinte comme un élément séparé du dispositif qui la soutient et la montre.
La recherche historique accompagne parfois le geste matériel. Une étude iconographique peut préciser le sujet représenté, aider à comprendre les transformations de l’image et conserver le récit lié à l’œuvre restaurée. Pour une mairie, une paroisse ou une association, ce dossier peut servir à transmettre la connaissance d’un tableau à celles et ceux qui le regardent aujourd’hui. Pour un particulier, il contribue à garder la mémoire d’une peinture familiale, de son origine et des interventions réalisées. Le document ne remplace pas l’œuvre : il en garde les observations et explique les choix qui ont permis de la stabiliser.
Dominique Juban partage également les techniques de la peinture à l’huile. Les cours s’appuient sur la copie de tableaux de grands maîtres ou sur des créations personnelles. Le programme présenté par l’atelier aborde l’analyse de la couleur, la composition, la superposition des couches, la pose de la toile sur châssis, la tension, l’encollage et la préparation artisanale au gesso. L’emploi des huiles et des médiums est étudié avec la peinture sur différents supports. Les périodes abordées vont du XVIIe siècle à la création actuelle, ce qui permet de comparer des manières de construire une image et de préparer une surface.
Les groupes annoncés réunissent six à huit élèves au maximum afin de permettre un suivi individuel. Une personne peut apprendre à observer une gamme colorée, à organiser une composition ou à construire progressivement les couches d’une peinture. Une autre peut venir approfondir une technique ou développer une création commencée auparavant. La copie n’est pas réduite à l’imitation rapide d’un sujet. Elle oblige à comprendre les rapports de tons, la préparation du support, la place des transparences et le rôle des couches successives. L’atelier indique aussi que les travaux réalisés par les élèves sont présentés lors d’expositions, donnant une visibilité au chemin accompli pendant les séances.
Des stages sont régulièrement proposés autour de thèmes variés. Parmi les sujets déjà traités figurent les portraits du Fayoum, le passage de la réalité à l’abstraction et le portrait. Ces thèmes offrent trois entrées différentes dans la pratique : l’étude d’une peinture ancienne, la transformation d’une observation et l’attention portée à la figure humaine. Les débutants comme les peintres confirmés peuvent trouver un axe de progression dans une séance construite autour d’un sujet. Le contenu reste lié aux gestes de la peinture, à l’analyse des images et à la recherche personnelle de chaque participant.
La création occupe une autre place dans l’activité de l’Atelier Empreinte. Dominique Juban peint à l’huile sur différents supports, pratique aussi l’aquarelle et présente ses œuvres dans des expositions. Son parcours artistique comprend des participations à des salons depuis 1994. Le site mentionne une médaille de vermeil reçue en 2008 et une médaille d’or en 2016 de la Société Académique Arts Sciences et Lettres de Paris pour l’ensemble de son travail. Ces distinctions s’inscrivent dans une trajectoire où la restauration, l’enseignement et la création se nourrissent d’une même fréquentation attentive de la matière picturale.
La relation avec les œuvres confiées reste fondée sur l’échange. Des photographies de face et de revers, les dimensions, les détails des déchirures ou des soulèvements et les informations connues sur l’histoire du tableau peuvent préparer un premier contact. Ils ne remplacent pas l’examen direct lorsque la décision doit porter sur une intervention précise. Pour une peinture conservée dans un bâtiment, les conditions d’accès et de présentation sont aussi à prendre en compte. L’atelier reçoit les demandes sur rendez-vous, afin de discuter du besoin, de regarder l’œuvre et d’établir une proposition adaptée à son état réel.
À Anse, Dominique Juban réunit ainsi restauration de tableaux, conservation d’œuvres d’art, étude iconographique, création picturale et transmission. Les interventions vont du nettoyage et de l’allègement d’un vernis au traitement des déchirures, au refixage des écailles, au doublage et au rentoilage. Les exemples présentés couvrent des peintures religieuses, des décors de château, des œuvres sur toile et des panneaux de bois. Les cours et les stages prolongent cette pratique par l’étude de la couleur, des supports, des couches et de la composition. L’Atelier Empreinte inscrit chaque projet dans une relation précise entre l’objet, son histoire, sa matière et le regard qui pourra de nouveau le rencontrer.