Atelier & professionnel

Atelier Faro — lunettes artisanales de Fabrice Mesnier et Romain Mange à Rioz

Rioz

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Rioz, en Haute-Saône, Fabrice Mesnier et Romain Mange dessinent et fabriquent des montures sous le nom d’Atelier Faro. Tous deux opticiens, ils abordent la lunette à la fois comme un équipement à ajuster au visage et comme un objet dont la forme naît d’une succession de gestes. Le dessin, la découpe, le façonnage, l’assemblage, le rivetage, le grattage et le polissage sont réalisés sur place. Leur travail porte principalement sur l’acétate de cellulose et se décline en collections, en personnalisations de couleurs et de finitions, ainsi qu’en créations adaptées à la physionomie du porteur.

Fabrice Mesnier et Romain Mange se connaissent depuis une vingtaine d’années. Leur expérience d’opticiens les avait familiarisés avec des collections produites loin des lieux de vente, sans leur donner la maîtrise directe de la fabrication. Pendant les mois de confinement, un projet qu’ils évoquaient déjà prend une forme concrète : créer leurs propres modèles et conduire eux-mêmes leur réalisation. Atelier Faro est constitué en 2021. L’entreprise, dirigée par les deux fondateurs, exerce aujourd’hui à Rioz une activité de conception, de fabrication et de réparation de lunettes et d’instruments d’optique.

Le nom de l’atelier associe les premières syllabes de Fabrice et Romain. Ce choix place d’emblée leur collaboration dans l’identité de la marque. Le modèle n’est pas dessiné d’un côté puis confié anonymement à une chaîne extérieure : les deux opticiens restent liés à la transformation matérielle de la monture. Cette continuité leur permet de considérer simultanément l’allure générale, les dimensions, les raccords entre la face et les branches, la place des charnières et la manière dont l’ensemble sera porté.

L’acétate de cellulose constitue la matière principale de la collection. Il est élaboré à partir de coton et de pulpe de bois, puis fourni sous forme de plaques colorées. Atelier Faro travaille avec Decoracet à Oyonnax pour les acétates français et avec Mazzucchelli à Milan pour des références italiennes. Lors d’une visite de l’atelier, Fabrice Mesnier a présenté des plaques de six millimètres destinées aux faces et de quatre millimètres pour les branches. Ces épaisseurs correspondent à deux rôles différents : la face doit recevoir les verres et définir la silhouette, tandis que les branches prolongent la monture jusqu’aux oreilles.

La richesse visuelle de l’acétate ne tient pas seulement à une couleur posée en surface. Les plaques peuvent être colorées dans leur masse, associées entre elles ou enrichies d’une incrustation textile. La matière thermoplastique peut être chauffée, découpée, limée et polie. Chaque opération révèle ou modifie les couches visibles sur les chants et autour des ouvertures. Une association de teintes choisie au départ doit donc être pensée avec la forme, car la découpe et l’adoucissement des arêtes feront apparaître les profondeurs de la plaque sous plusieurs angles.

Le processus débute par le dessin. La visite technique menée à Rioz montre que le tracé numérique pilote ensuite une machine de découpe. L’outil donne aux faces et aux branches leur contour initial, mais cette précision mécanique ne termine pas la monture. Une pièce sortie de la plaque conserve des arêtes, des surfaces et des raccords qui demandent encore un long façonnage. Atelier Faro réunit ainsi la conception assistée par ordinateur et des reprises manuelles successives, chacune répondant à un besoin différent.

Après la découpe, les éléments tournent pendant trois jours dans des tambours de polissage. De petits morceaux de bois et une pâte abrasive agissent progressivement sur l’acétate. Cette tribofinition prépare un état de surface plus régulier sans remplacer le travail de la main. Les zones de jonction, les bords de la face et les branches sont ensuite repris avec des limes de plus en plus fines. Le nivellement entre la face et les branches ne peut être obtenu par un simple programme identique pour toutes les pièces : l’artisan observe le raccord réel et retire la matière là où cela est nécessaire.

Le drageoir est une autre partie décisive de la fabrication. Cette rainure, usinée dans le pourtour intérieur de la face, reçoit le bord du verre. Sa régularité conditionne la tenue de l’équipement optique dans la monture. La forme extérieure peut attirer le regard, mais elle doit cohabiter avec cette géométrie fonctionnelle. Le lunetier travaille donc sur deux lectures de la même pièce : une silhouette visible, avec ses courbes et ses couleurs, et un logement technique préparé pour accueillir les verres.

Les charnières de face et de branche sont rivetées. Atelier Faro retient ce mode d’assemblage pour la solidité et porte une attention particulière à la continuité entre les deux parties. Le rivetage engage des composants de petite dimension dans une matière déjà découpée et polie. Leur position doit permettre l’ouverture des branches tout en maintenant un raccord propre lorsqu’elles sont déployées. Un défaut d’alignement se verrait immédiatement sur la ligne de la monture et modifierait aussi sa tenue. Le geste relie ainsi finition esthétique et comportement mécanique.

Grattage, limage et polissage fin achèvent le façonnage. Une finition mate ne demande pas le même état de surface qu’un brillant, et le choix influence la perception des couleurs comme la manière dont la lumière glisse sur la monture. Les formes épaisses peuvent conserver une présence sculpturale, tandis que l’adoucissement des contours accompagne le contact avec le nez, les tempes et les oreilles. Le confort revendiqué par les deux opticiens dépend de cette accumulation de détails plus que d’une seule opération spectaculaire.

Les composants complètent un réseau de fournisseurs identifié. Les charnières, rivets et vis viennent d’OBE en Allemagne. Les armatures proviennent de Carrier à Oyonnax, tout comme les étuis fabriqués par Bavoux. Atelier Faro privilégie donc des partenaires français lorsque la filière le permet, puis des entreprises européennes pour les pièces qui ne sont pas trouvées localement. Cette organisation rend lisibles les différents métiers réunis dans une monture : production de l’acétate, composants métalliques, outillage optique, façonnage lunetier et protection de l’objet fini.

La première collection compte une trentaine de formes réparties entre modèles mixtes, féminins et masculins. Martin, Tom, Sacha, Charlie, Camille, Nadia, Raoul ou Gigi figurent parmi les modèles mixtes. Lucie, Jeanne, Léonie, Violette, Suzanne, Louise ou Garance composent une partie de la sélection féminine, tandis que Justin, Fernand, Paul, Georges, Félix ou Gaby appartiennent à la sélection masculine. Ces prénoms donnent une identité à des dessins distincts sans enfermer toute la collection dans un seul type de contour.

Chaque forme peut recevoir vingt-sept coloris de face, quatorze couleurs de branches et une finition mate ou brillante. L’atelier évalue à près de mille cinq cent douze les combinaisons possibles pour une même forme. Ce nombre ne correspond pas à autant de montures tenues prêtes : la production à la demande permet de choisir l’association avant le façonnage. La personnalisation intervient donc au début du travail, lorsque faces, branches et finition peuvent encore être coordonnées, plutôt qu’après l’achèvement d’un modèle standard.

Trois degrés de réalisation structurent cette approche. La collection propose les formes dessinées par Faro. La personnalisation conserve l’un de ces contours tout en faisant varier les teintes de la face, des branches et le rendu mat ou brillant. Le sur-mesure va plus loin en adaptant la monture à la physionomie ou en développant une création issue d’un croquis, d’une idée ou d’un besoin particulier. Dans les trois cas, l’objet passe par le même atelier ; ce sont le point de départ et le nombre de paramètres redessinés qui changent.

Certaines recherches montrent jusqu’où le matériau peut être individualisé. Fabrice Mesnier a présenté une face intégrant des rouages de montre et des branches dont l’aspect rappelait un bracelet. Une autre création incorporait le tissu de cravates ayant appartenu au père d’une cliente. Des essais ont également porté sur des inclusions végétales. Ces exemples ne relèvent pas d’une décoration ajoutée au dernier moment : l’élément choisi doit rejoindre la plaque, survivre à la découpe et rester lisible après le limage et le polissage.

Une gravure peut prolonger la personnalisation sur la branche avec le prénom du porteur et le nom du modèle. Placé sur une pièce étroite, ce marquage doit rester discret et net. Il rappelle aussi que la monture a été suivie individuellement durant sa fabrication. La combinaison de la forme, des deux jeux de couleurs, de la finition et de la gravure produit des variations nombreuses sans faire disparaître les choix de construction communs à l’atelier, notamment les charnières rivetées et le soin des raccords.

L’implantation à Rioz inscrit Faro dans le tissu manufacturier de Bourgogne-Franche-Comté. Le réseau régional BFC Industries le répertorie parmi les fabricants de lunettes et associe son activité à l’assemblage, au rivetage, au polissage manuel et au travail des polymères. Cette présence en Haute-Saône prolonge, à une autre échelle, la culture lunetière voisine du massif jurassien et les liens matériels avec Oyonnax. Elle donne surtout aux deux opticiens un lieu où le dessin et la fabrication restent réunis.

Atelier Faro défend ainsi une lunette dont la personnalité ne se sépare pas de la précision technique. L’acétate de cellulose offre les couleurs et les profondeurs ; le dessin organise la silhouette ; la découpe prépare les éléments ; trois jours au tonneau, plusieurs qualités de limes et le polissage construisent le toucher ; le drageoir accueille les verres ; les rivets articulent les branches. Fabrice Mesnier et Romain Mange coordonnent ces opérations à Rioz pour passer d’une plaque plane à une monture ajustée, reconnaissable et destinée à accompagner durablement le visage qui la porte.

Traçabilité

Sources de cette fiche

Chaque notice indique précisément l’information qu’elle soutient et la date à laquelle elle a été consultée.

  1. Organisme professionnel site-officiel

    Atelier Faro — artisan lunetier créateur (site externe)

    Organisme : Atelier Faro

    Fait soutenu
    Le site officiel présente Fabrice et Romain, l’origine du projet, la fabrication en Haute-Saône, les étapes réalisées sur place, l’acétate, les partenaires et les trois degrés de réalisation.
    Consultée le
    10 septembre 2026

Vous représentez cet atelier ou vous avez repéré une erreur ?

Revendiquer la ficheSignaler une correction