À Paris, l’Atelier Feuillage réunit deux gestes complémentaires de l’ameublement : conserver et restaurer des meubles anciens, d’époque ou de style, puis concevoir et fabriquer des pièces originales adaptées à un projet. Fondé par Martin de Beaune, diplômé de l’École Boulle en ébénisterie et restauration de mobilier d’art, l’atelier travaille le bois en tenant compte de son histoire, de sa matière et de son devenir. La restauration vise à retrouver un fonctionnement et une présence esthétique sans effacer les traces qui donnent au meuble sa singularité. La création, elle, part d’un besoin, d’une forme ou d’une matière pour produire un meuble unique ou un aménagement qui s’inscrit dans un espace réel.
La restauration de mobilier ancien demande d’abord une observation attentive. Un meuble ne se résume pas à sa surface visible : son assemblage, ses placages, ses ferrures, ses déformations et ses finitions racontent la manière dont il a été construit et utilisé. Avant d’intervenir, l’ébéniste doit distinguer ce qui relève de l’usure normale, d’une réparation ancienne, d’une fragilité structurelle ou d’une altération du décor. La conservation et la restauration présentées par l’atelier s’appuient sur des techniques traditionnelles et sur le respect de l’intégrité de l’objet. La réparation fonctionnelle peut concerner une structure qui a travaillé, un élément de mobilier qui ne joue plus correctement ou une partie endommagée ; l’intervention esthétique cherche à retrouver une cohérence sans transformer le meuble en objet neuf.
Chaque essence possède un dessin, une densité et une manière de réagir à l’humidité ou aux outils. Dans une création sur mesure, le choix du bois fait donc partie du projet dès le début. Il peut répondre à une atmosphère, à une contrainte de dimensions, à une résistance attendue ou à la volonté de faire dialoguer plusieurs matières. L’atelier présente des meubles en bois massif, des placages, des incrustations et des finitions qui laissent apparaître les détails du matériau. Le veinage n’est pas seulement un motif décoratif : il accompagne les lignes du meuble, souligne une façade, donne une direction à un plateau et participe à la perception de la profondeur.
L’une des approches singulières de l’Atelier Feuillage est le mobilier nature et live edge. Des racines, des souches, des rondins ou des tranches brutes peuvent devenir le point de départ d’une table, d’une table basse, d’une commode, d’un rayonnage, d’une bibliothèque, d’une lampe ou d’un plateau. Ces formes ligneuses sont choisies pour leur beauté, leur qualité et leur potentiel fonctionnel. Le bois est récupéré à partir de coupes claires ou d’opérations d’élagage lorsqu’il est sain, puis il est séché et traité avant d’être travaillé. Certaines marques, cicatrices ou irrégularités sont conservées parce qu’elles témoignent de la vie de l’arbre et donnent à chaque pièce son caractère.
La stabilisation est une étape essentielle lorsque le mobilier intègre une partie entière d’arbre ou une zone d’aubier. L’atelier contrôle l’humidité, recherche les contaminations susceptibles d’altérer le rendu et scelle les nœuds ou les fissures avant d’engager certains procédés. Cette préparation limite les risques de cintrage ou de craquement, notamment lorsqu’une structure naturelle doit recevoir une vitre, une résine ou un autre élément composite. Le bois continue pourtant à vivre après sa transformation. La fabrication doit composer avec cette évolution plutôt que promettre une matière complètement immobile. Le temps de séchage, le traitement et la finition concourent ensemble à la durabilité du meuble.
Les matériaux associés permettent de faire passer une forme naturelle du statut de fragment à celui de meuble. Un plateau peut recevoir du verre, un piétement peut être réalisé avec un autre matériau, une résine époxy peut combler ou accompagner une partie du bois, et des ferrures peuvent assurer une fonction précise. Le verre apporte une transparence qui laisse voir une souche ou une structure, tandis qu’une résine colorée peut souligner une fente, prolonger une ligne ou créer un contraste. Le métal, le laiton, le cuir et les éléments de marqueterie enrichissent également les possibilités. Le choix de ces composants dépend de l’usage et de la construction ; ils ne sont pas ajoutés pour masquer le bois, mais pour rendre la forme naturelle praticable, stable et lisible.
Pour les meubles personnalisables, l’atelier part de modèles qui peuvent être adaptés aux dimensions, aux essences et aux usages souhaités. Une table basse, une table de repas, un bureau, un établi, une bibliothèque, une mezzanine, un claustra ou un élément d’aménagement n’impose pas les mêmes contraintes. Le meuble doit trouver sa place, laisser circuler les personnes, accueillir les objets et rester agréable à utiliser. Les assemblages en bois sont réalisés sans clous ni vis, avec des tenons-mortaises, des queues droites, des queues d’aronde et d’autres solutions où les formes du bois assurent la liaison. Cette construction traditionnelle donne de la précision aux jonctions et permet de penser la réparation ou l’évolution de l’objet dans le temps.
La personnalisation peut porter sur le format, les essences, les proportions et les détails fonctionnels. Des incrustations de bois, de laiton ou de cuir peuvent créer un accent discret ; un marquage en creux ou une gravure réalisée à la commande numérique peut inscrire un dessin ou un lettrage sur une surface. Des tiroirs ou des cachettes peuvent être intégrés lorsqu’ils répondent au projet. L’atelier rattache cette possibilité à une histoire du mobilier où certains meubles dissimulaient des espaces destinés à conserver des objets précieux ou des documents. Dans une création actuelle, ce détail peut être décoratif, pratique ou simplement surprenant, mais il reste soumis à la solidité de la structure et à la qualité de l’usage.
Les finitions donnent au meuble sa profondeur et sa protection. L’Atelier Feuillage présente des patines, des vernis, des finitions à la cire, des vernis tampons, des lavis et des traitements qui font ressortir les détails du bois. Le polissage, la cire ou le vernis ne produisent pas le même toucher ni la même manière de réfléchir la lumière. Une finition peut accentuer une teinte, calmer un contraste, révéler une marqueterie ou laisser visible une irrégularité choisie. La technique du bois brûlé, présentée comme un procédé d’origine japonaise, crée une couche carbonée en surface qui apporte une couleur sombre et une protection particulière. Le choix final doit rester cohérent avec l’essence, la fonction et l’environnement du meuble.
L’atelier peut aussi travailler avec des artistes partenaires lorsque le projet demande une intervention complémentaire. Un peintre, un dessinateur, un graffeur ou un sérigraphe peut enrichir une façade, un abattant ou une partie destinée à recevoir une décoration. Des cuirs, des peaux ou des matières végétales peuvent porter un motif convenu avec le client. Cette collaboration permet de réunir plusieurs savoir-faire tout en conservant un interlocuteur unique pour la conception et la fabrication du meuble. L’ébénisterie reste responsable de la structure, des assemblages et de la finition qui permettront à l’intervention artistique de s’intégrer durablement à l’objet.
Le travail du bois s’inscrit enfin dans une réflexion sur la qualité, le réemploi et la durée. L’atelier indique privilégier des bois issus d’un abattage responsable, récupérer des matériaux lorsque cela est possible et employer des produits moins toxiques chaque fois que les solutions techniques le permettent. Dans le mobilier live edge, la récupération de structures vouées à se décomposer ou à être brûlées donne une seconde trajectoire à une matière déjà formée. Dans la restauration, prolonger la vie d’un meuble évite aussi de remplacer un objet dont la construction et les matériaux peuvent encore servir. Cette attention ne supprime pas les contraintes du métier : elle les inscrit dans une recherche de solutions adaptées, précises et durables.
À Paris, l’Atelier Feuillage associe ainsi restauration de mobilier, ébénisterie, marqueterie, travail des finitions et conception d’ameublement sur mesure. Martin de Beaune s’appuie sur une formation spécialisée et sur des techniques traditionnelles pour répondre à des projets très différents, du meuble ancien à conserver au meuble contemporain construit autour d’une souche ou d’un plateau vivant. Le bois reste le centre de chaque réalisation, qu’il soit restauré, assemblé, incrusté, sculpté, tourné, patiné ou associé au verre, au métal, au cuir et à la résine. Cette approche donne naissance à des pièces pensées pour leur lieu, leur usage et leur durée, avec une attention constante portée à la matière et aux gestes qui la mettent en forme.