À Saint-Mihiel, dans le Grand Est, l’Atelier Gamil occupe une ancienne tannerie au bord de la Meuse. La verrerie artisanale y fait découvrir le verre en fusion soufflé devant les visiteurs par Stéphane Pelletier, maître verrier. L’atelier associe une galerie de créations, des initiations pour le grand public et un travail sur mesure mené avec des créateurs. Les objets réalisés sur place sont lumineux, colorés et fabriqués en petites quantités, tandis que les projets de sculpture peuvent prendre la forme d’une pièce unique, d’un prototype ou d’une petite série.
Le soufflage commence avec une matière portée à haute température dans le four. Le verrier cueille une masse de verre en fusion à l’extrémité de la canne, puis la met en mouvement grâce au souffle, à la rotation et à des outils adaptés. La forme se construit par étapes : la matière est réchauffée, étirée, ouverte, resserrée ou modelée selon le résultat recherché. Le geste doit rester précis, car le verre se refroidit rapidement et ne pardonne pas une hésitation. Stéphane Pelletier explique les étapes de mise en forme et les gestes hérités de deux mille ans d’histoire du métier.
La démonstration permet de comprendre le dialogue entre chaleur et mouvement. Le verrier surveille la température de la paraison, la vitesse de rotation et l’équilibre de la masse. Un outil peut marquer une ligne, élargir une ouverture ou soutenir une partie fragile. Le souffle transforme le volume intérieur, tandis que la gravité agit sur la matière encore souple. Le travail avance avec des réchauffes régulières dans le four pour conserver une plasticité suffisante. Chaque pièce garde ainsi la trace d’un enchaînement de gestes plutôt que d’une forme produite mécaniquement.
La galerie présente des objets réalisés exclusivement dans l’atelier. Les collections changent selon les saisons et les tendances, et chaque visite peut révéler de nouvelles formes. Les pièces sont proposées dans une large gamme de prix, depuis de petits objets accessibles jusqu’à des créations destinées à être offertes ou collectionnées. Une même forme peut être déclinée dans plusieurs couleurs, ce qui permet de comparer la transparence, la densité et les nuances obtenues au refroidissement. La boutique en ligne est annoncée comme un projet en développement, tandis que la galerie accueille les visiteurs sur place.
La couleur est intégrée au processus de fabrication. Le verrier ajoute des fragments, des poudres ou des éléments colorants à la masse chaude, puis les répartit par rotation et par soufflage. La chaleur modifie la densité apparente et la façon dont la lumière traverse la pièce. Une couleur concentrée peut former une zone profonde ; une dispersion plus fine crée un halo ou un effet de transparence. La surface peut rester lisse, recevoir une texture ou être travaillée avec des outils qui accrochent les reflets.
L’Atelier Gamil propose plusieurs formules d’initiation au soufflage de verre. Elles s’adressent aux familles, aux groupes d’amis et aux collègues qui souhaitent découvrir le métier ensemble. Le participant réalise lui-même une figurine ou un petit soliflore coloré, accompagné par les conseils du verrier. La séance permet de comprendre les règles de sécurité, de se placer autour du four et de coordonner les gestes avec l’artisan. Le résultat est une pièce personnelle, façonnée à partir d’une matière qui était encore en fusion quelques instants auparavant.
Une initiation demande d’abord de choisir une forme et une palette. Le verrier prépare la matière, puis guide la personne dans les gestes de rotation, de souffle et de mise en forme. L’accompagnement tient compte de la taille du groupe et de l’aisance de chacun. Le participant ne travaille pas seul devant un four : il apprend à agir au bon moment, à maintenir une distance de sécurité et à écouter les consignes. Cette progression rend l’expérience accessible sans réduire la réalité physique du verre chaud.
Le petit soliflore permet d’observer plusieurs étapes du travail. Une masse de verre est cueillie, colorée et soufflée afin de créer un volume intérieur. Le col est ensuite resserré, la base stabilisée et la forme reprise avec des outils. Une figurine demande parfois davantage de modelage et de rapport entre plusieurs éléments. Dans les deux cas, la pièce doit être placée dans un four de refroidissement pour relâcher les tensions et devenir suffisamment stable.
Le sur-mesure constitue un autre axe de l’atelier. Depuis 2010, l’Atelier Gamil collabore avec de nombreux créateurs pour la recherche et la mise en forme de sculptures et d’objets en verre. Les projets peuvent venir d’un artiste, d’un designer ou d’un collectif qui souhaite expérimenter une matière et un volume. L’atelier propose des techniques adaptées telles que le soufflage, la pâte de verre, le thermoformage et la taille du verre. Le choix dépend de la forme, de la transparence, de la précision recherchée et du nombre d’exemplaires.
Accueillir un créateur dans l’atelier permet de travailler directement avec les outils et les fours. Les échanges portent sur la maquette, la matière, le calendrier et les essais. Une sculpture complexe peut nécessiter plusieurs prototypes pour comprendre le comportement du verre. Une petite série demande de retrouver une forme et une couleur cohérentes tout en acceptant de légères variations liées au geste manuel. La location à la journée des espaces de soufflage, de moulage ou de finition offre un cadre pour des projets qui ne peuvent pas être réalisés dans un atelier non équipé.
La pâte de verre permet de travailler avec un moule et des fragments ou des grains de verre qui seront fondus. Le thermoformage utilise la chaleur pour donner une forme à une plaque ou à un élément posé sur un support. La taille du verre intervient après refroidissement et permet de modifier une surface par abrasion, facettage ou polissage. Ces techniques ne produisent pas le même type de volume. Le verrier choisit avec le créateur le procédé qui correspond à la texture, au degré de transparence et à la structure souhaités.
Les réalisations présentées montrent l’ouverture artistique de l’atelier. Parmi les projets cités figurent « Trouver les Égards » de la Maison Pelletier-Ferruel, des travaux avec Anthéa Hamilton, Marie-Claire Messouma, Marguerite Li-Garigue et Pakui Hardware, ainsi que des pièces de Jean-Marie Appriou, Marguerite Humeau, Sandrine Pelletier, Giulia Andreani, Denis Savary, Pia Rondé et Fabien Saleil. Les œuvres ont été montrées dans des galeries, des centres d’art et des expositions comme le Palais de Tokyo, le MAMCO ou la Jan Kaps Gallery.
Le projet « Cité fantôme » de Pia Rondé et Fabien Saleil, présenté en 2017, utilise le soufflage de verre dans un moule en silicone. Cette méthode permet de conserver une forme donnée par le moule tout en laissant la matière produire ses propres épaisseurs et ses variations. Le travail avec Pierre Alexandre Rémy autour de « Écho au chaos » a mobilisé une technique vénitienne. Ces collaborations montrent comment l’atelier adapte ses gestes à une intention artistique qui peut dépasser le vocabulaire traditionnel de la verrerie.
Les séries et les prototypes sont préparés avec la même attention que les pièces uniques. Une série courte demande de prévoir les dimensions, le refroidissement, les reprises et la tolérance aux variations. Le verre soufflé à la main n’est pas parfaitement identique d’un exemplaire à l’autre ; cette différence fait partie de sa valeur artisanale. L’atelier peut cependant établir des repères de forme, de poids et de couleur pour maintenir une cohérence. Les essais permettent de vérifier la tenue, la lumière et la relation entre plusieurs pièces.
Le lieu de Saint-Mihiel joue un rôle dans l’expérience proposée. L’ancienne tannerie installée au bord de la Meuse offre un cadre où l’histoire industrielle rencontre la création contemporaine. Les visiteurs voient le four, la canne, les outils et les pièces en cours. La démonstration rend visibles les gestes qui restent souvent cachés derrière un objet terminé. Elle permet de comprendre pourquoi une petite différence de souffle, de température ou de rotation modifie la forme finale.
La sécurité fait partie intégrante de la découverte. Le verre en fusion, les fours, les outils et les surfaces chaudes imposent des distances et des gestes précis. Le verrier indique où se placer, quand approcher et comment se déplacer autour de l’espace de travail. Lors d’une initiation, le participant est accompagné pendant toute la manipulation. Cette vigilance n’enlève rien au plaisir de créer ; elle donne au contraire un cadre qui permet d’expérimenter sans prendre de risque inutile.
L’atelier se trouve à environ une heure trente de Paris, avec un accès facilité par la ligne Paris–Meuse TGV. Cette proximité relative permet à des artistes et des designers de venir travailler sur une journée ou de planifier plusieurs séances. La location des espaces peut concerner le soufflage, le moulage ou les finitions, selon le projet. Un créateur peut ainsi réunir la recherche de forme, la fabrication et les reprises dans un même lieu, avec les conseils d’une équipe habituée aux collaborations.
Le sur-mesure commence par une demande et une étude de faisabilité. Le créateur décrit la forme, l’usage, la taille, la couleur et le nombre d’exemplaires. L’atelier propose ensuite une technique et organise des essais. Certains objets demandent une grande liberté de déformation, d’autres une précision géométrique ou une surface particulière. Le choix du moule, du verre, du rythme de chauffe et de la finition est ajusté au fur et à mesure.
La boutique et les initiations créent un lien direct avec le public, tandis que les commandes artistiques inscrivent l’atelier dans un réseau de création contemporaine. Les deux activités se nourrissent mutuellement. Une forme expérimentée pour un artiste peut inspirer un objet plus accessible ; une série colorée de la galerie peut ouvrir une piste pour une sculpture. Le savoir-faire reste le même, mais l’échelle, le rythme et le degré de recherche changent selon la demande.
À Saint-Mihiel, l’Atelier Gamil fait donc vivre le verre soufflé entre transmission, création et collaboration. Stéphane Pelletier montre la matière en fusion et guide les initiations ; la galerie propose des objets uniques aux couleurs variées ; le sur-mesure accueille des artistes pour des sculptures, des prototypes et des petites séries. Soufflage, pâte de verre, thermoformage, taille et finitions composent un ensemble ouvert, où chaque projet s’appuie sur la chaleur, le souffle et la précision du geste. L’ancienne tannerie devient ainsi un lieu de rencontre entre un métier vieux de deux mille ans et les formes que les créateurs imaginent aujourd’hui.