À Rouillac, dans le secteur de Gourville en Charente, l’Atelier Garnier réunit deux gestes complémentaires des arts décoratifs : la sculpture ornemaniste de Damien Garnier et la dorure sur bois de Mahnaz Garnier. Leur travail porte sur la restauration, la reproduction et la fabrication d’objets d’art en bois sculptés et dorés. Cadres, miroirs, consoles, boiseries, luminaires, sièges, baromètres, retables ou modèles conçus pour un projet particulier peuvent demander des opérations de sculpture, de préparation, de dorure et de finition. L’atelier intervient sur des pièces privées comme sur des éléments associés au patrimoine, en France et à l’étranger, en s’appuyant sur les méthodes traditionnelles de l’ornementation.
La sculpture ornemaniste donne sa structure au décor. Avant d’appliquer une finition, il faut comprendre le volume, le rythme des motifs et la manière dont l’ornement s’inscrit dans l’objet. Une console, un trumeau ou un cadre ne se construit pas comme une boiserie ou un retable. Les reliefs, les moulures, les feuilles, les coquilles, les frises et les profils doivent conserver une relation avec la fonction et l’époque de la pièce. Damien Garnier travaille le bois en recherchant la justesse du dessin et de la profondeur. Le geste de la gouge enlève la matière, révèle les plans et prépare les surfaces qui resteront visibles ou recevront une dorure.
La dorure sur bois transforme ensuite la perception du relief. Une feuille d’or, de cuivre ou d’argent ne se pose pas sur une matière indifférente : la préparation du bois, la régularité de la surface et la précision des détails déterminent le résultat. Une zone saillante peut accrocher la lumière tandis qu’un creux conserve une tonalité plus retenue. Les parties mates, les zones brillantes, les patines et les reprises doivent s’accorder pour que l’objet garde sa profondeur. Mahnaz Garnier intervient dans cette relation entre support et lumière, en respectant les techniques adaptées aux objets sculptés et à leur histoire.
Le couple Garnier s’est formé autour de la rencontre entre sculpture et dorure. Damien a étudié la menuiserie, l’ébénisterie et la sculpture avant de perfectionner son dessin d’ornement et son approche du bois. Mahnaz s’est spécialisée dans la dorure sur bois. Leur complémentarité permet de suivre un ouvrage depuis la compréhension de son décor jusqu’à sa finition. Lorsque la sculpture doit être restaurée avant une remise en couleur ou une dorure, les deux savoir-faire se répondent. La préparation du relief, la conservation des traces anciennes et le choix de la finition sont alors pensés ensemble.
L’histoire de l’atelier est liée à son installation en Charente après un premier espace parisien. À Gourville–Rouillac, l’équipe dispose d’un cadre adapté à des travaux de plus grande ampleur et à la conservation de modèles. L’Atelier Garnier a également repris l’Atelier Lebeau, une maison de fabrication de cadres en bois sculpté créée en 1928. Cette continuité a permis d’élargir les modèles disponibles et de conserver une mémoire des formes destinées à l’encadrement. Elle nourrit aussi la capacité à fabriquer des cadres, miroirs, consoles et baromètres, tout en intervenant sur des pièces plus grandes ou liées à des édifices.
La restauration de mobilier et d’objets d’art commence par l’observation de ce qui subsiste. Un cadre peut présenter des éclats, des lacunes dans son décor, une préparation soulevée ou une dorure très usée. Une console peut avoir perdu une partie de son ornement ou avoir subi des modifications. Une boiserie ou un retable peut cumuler des traces d’interventions anciennes, des fragilités de structure et des altérations de surface. Avant de refaire, l’atelier doit distinguer la matière d’origine, les ajouts plus récents et les zones qui peuvent être stabilisées. Cette lecture évite de gommer l’histoire de l’objet sous une finition uniforme.
Les références présentées par l’Atelier Garnier comprennent des retables, des tabernacles, des statues, des figures sculptées, de grands cadres d’églises, des boiseries et des encadrements de musées. Ces ouvrages ne posent pas les mêmes questions qu’un objet décoratif destiné à un intérieur. Un élément liturgique peut demander de respecter un décor polychrome et une place dans l’architecture. Un grand cadre doit retrouver sa solidité tout en accompagnant l’œuvre qu’il entoure. Une statue ou une figure de proue sollicite la sculpture en volume et la compréhension des parties exposées. Dans chaque cas, la technique est liée à l’usage, à l’échelle et à l’histoire de la pièce.
La sculpture sur bois permet aussi de fabriquer des éléments nouveaux et des répliques. Une reproduction ne se limite pas à recopier une silhouette ; elle demande de comprendre le dessin, les proportions, la succession des profils et la manière dont le décor a été exécuté. L’atelier peut réaliser des compositions sur mesure pour un cadre, une console, une console d’applique, un baromètre, un trumeau ou un lustre. Le projet doit prendre en compte l’espace disponible, les dimensions de l’objet associé et le degré de présence souhaité. Une pièce contemporaine peut reprendre un vocabulaire historique sans devenir une imitation indistincte.
La connaissance des ornementations et de leur histoire guide les choix de restauration comme ceux de la création. Un motif de feuille, une frise, un fronton ou une moulure possèdent un rythme qui varie selon les styles et les époques. Les rapports entre les parties planes et les reliefs, la profondeur des tailles et l’usage de la dorure donnent à chaque ensemble son caractère. Pour restituer un décor, l’artisan observe les éléments encore en place et recherche la logique qui les relie. Pour concevoir une pièce sur mesure, il peut s’inspirer de ces principes en les adaptant à une demande actuelle.
La dorure à la feuille d’or apporte une lumière particulière aux surfaces sculptées. Elle révèle les arêtes, accompagne les courbes et fait apparaître des détails parfois discrets sous une couche terne. La feuille de cuivre et la feuille d’argent offrent d’autres effets de matière et de couleur. Le choix du métal dépend du support, de l’époque de l’objet, de la finition conservée et de l’effet recherché. Une dorure neuve peut être trop éclatante sur une pièce ancienne ; la patine et les reprises permettent alors de retrouver un accord avec les parties qui n’ont pas été refaites. Le travail final doit respecter le relief plutôt que le recouvrir.
Les cadres occupent une place particulière dans l’activité de l’atelier. Ils assurent une transition entre une œuvre et l’espace qui l’accueille, tout en possédant leur propre décor. Un encadrement peut être sculpté, mouluré, doré, patiné et composé de plusieurs profils. Une bordure endommagée doit retrouver sa continuité sans perturber la lecture de la peinture, du miroir ou du panneau qu’elle entoure. La restauration peut concerner la sculpture, la préparation, la feuille métallique ou la finition. Les cadres destinés à des musées et les cadres de particuliers demandent la même précision, même si leur format et leur environnement diffèrent.
Les miroirs, consoles et luminaires associent décor et usage. Un miroir doit conserver une surface qui accompagne le verre et une structure capable de le maintenir. Une console porte une charge et organise un espace ; son ornement ne peut pas être séparé de sa construction. Un lustre ou un baromètre rassemble des éléments qui doivent rester lisibles et cohérents. Dans ces objets, la sculpture et la dorure ne sont pas des ajouts indépendants. Elles participent à l’équilibre général, à la manière dont la pièce est regardée et à la place qu’elle occupe dans un intérieur.
Les chantiers patrimoniaux cités par l’atelier montrent l’étendue des échelles rencontrées. La restauration d’un tabernacle, d’une statue, d’un grand cadre ou d’une boiserie réclame une organisation différente de celle d’un petit objet. Il faut parfois travailler sur des fragments, comparer des éléments répétitifs, retrouver un profil ou réaliser une partie nouvelle. La sculpture doit être suffisamment précise pour reprendre le décor, et la finition doit se fondre dans l’ensemble sans créer une surface plate. Les opérations de dorure s’inscrivent dans la conservation de l’architecture ou du mobilier auquel l’objet appartient.
Le travail sur des pièces privées, pour des antiquaires, des décorateurs, des encadreurs, des architectes et des particuliers, élargit encore les situations. Certains projets demandent de restituer une finition ancienne ; d’autres consistent à fabriquer un modèle adapté à une décoration intérieure. Le dialogue porte sur la destination de l’objet, ses dimensions, son style et la place de la matière. Un cadre destiné à une œuvre contemporaine peut recevoir une ornementation sobre et une dorure mesurée. Une pièce historique peut nécessiter une intervention discrète, limitée aux zones qui compromettent sa stabilité ou sa lecture.
La fabrication de modèles sur mesure demande une préparation attentive. Le dessin fixe les proportions et les grandes lignes, mais le bois impose ensuite ses propres contraintes. Le choix de l’essence, le sens du fil, la profondeur disponible et la manière de réaliser les assemblages influencent la sculpture. Les détails doivent être assez présents pour rester lisibles, sans alourdir l’objet. La dorure intervient lorsque le relief est prêt et que la préparation de surface peut recevoir la feuille. Le résultat dépend alors de la relation entre le dessin, le volume, la lumière et l’usage prévu.
La reproduction d’ancien s’appuie sur la compréhension des formes plutôt que sur une simple apparence. Pour fabriquer un cadre, un trumeau ou une console inspirés d’un modèle historique, il faut reconnaître les profils, les transitions, les répétitions et la logique décorative. La copie peut répondre à un besoin de remplacement, à une restauration d’ensemble ou à une création destinée à un espace actuel. Le travail de l’atelier maintient le lien entre le modèle et l’objet nouveau en respectant la construction, la sculpture et la finition nécessaires à son équilibre.
La transmission du savoir-faire se manifeste dans la complémentarité des opérations. La sculpture enseigne à observer la forme avant de retirer la matière. La dorure apprend à préparer une surface, à manipuler une feuille très fine et à comprendre la façon dont la lumière se pose sur un relief. La restauration oblige à mesurer chaque intervention et à préserver les parties qui peuvent être conservées. La fabrication encourage à adapter les techniques à une demande nouvelle. Ces dimensions ne sont pas séparées : elles forment une pratique où l’objet passe de l’analyse à la réalisation puis à la finition.
À Rouillac, l’Atelier Garnier maintient ainsi un savoir-faire consacré au bois sculpté et doré. Damien Garnier travaille l’ornement et le volume ; Mahnaz Garnier apporte la maîtrise de la dorure sur bois. Ensemble, ils restaurent des objets anciens, reproduisent des formes, fabriquent des éléments d’art et conçoivent des pièces sur mesure. Les feuilles d’or, de cuivre ou d’argent soulignent les reliefs préparés par la sculpture, tandis que les patines et les finitions permettent d’accorder l’intervention à la pièce. Le travail s’adresse autant aux cadres, consoles, miroirs et luminaires qu’aux boiseries, retables, statues et encadrements patrimoniaux.
Leur activité relie la conservation des objets existants à la création de modèles nouveaux. Une restauration peut préserver une sculpture, stabiliser un décor et rendre à une dorure sa profondeur. Une reproduction peut retrouver un profil ou un motif disparu. Une fabrication sur mesure peut reprendre une tradition décorative et l’inscrire dans un espace contemporain. Dans tous les cas, le geste reste lié à la matière, à l’histoire de la forme et à la manière dont l’objet sera regardé et utilisé.