À Œuilly, dans l’Aisne, l’Atelier Hugues Losfeld se consacre à la peinture en décor, à la restauration et à la restitution de peintures murales. Hugues Losfeld a créé son atelier en 2008 après une formation de peintre en décor à l’Institut Supérieur de peinture Van Der Kelen de Bruxelles, dont il a reçu une médaille d’or. L’atelier intervient en France et à l’étranger pour des châteaux, des demeures, des appartements, des immeubles et des églises, avec une pratique qui relie décor intérieur et conservation du patrimoine.
La peinture en décor transforme une surface en lui donnant une profondeur, une matière ou une architecture visuelle. Un mur peut recevoir l’apparence d’un bois, d’un marbre ou d’une pierre ; une boiserie peut être enrichie de patines, de frises et d’ornements ; un plafond peut accueillir une grisaille, une fresque ou un ciel peint. Le peintre observe le lieu, ses proportions, sa lumière et ses éléments existants avant de choisir une gamme et une technique. Le décor doit prolonger l’architecture, pas simplement être posé sur elle.
Les faux finis demandent une observation précise de la matière imitée. Un faux marbre ne repose pas sur quelques veines ajoutées au hasard : il faut organiser un fond, des passages transparents, des mouvements et des contrastes qui donnent la sensation d’une profondeur minérale. L’imitation du bois s’appuie sur le fil, les nœuds, les changements de ton et la direction des planches. La pierre appelle une autre densité de grain et une autre relation entre les aplats et les irrégularités. Chaque effet est construit par couches successives.
L’atelier privilégie des techniques traditionnelles à base d’huile, de caséine, de bière et de pigments naturels selon les chantiers. La peinture à l’huile permet de travailler des glacis, des fondus et des transparences qui modifient la profondeur d’un décor. La caséine peut répondre à d’autres besoins de support et de finition. Le choix du liant, du pigment et de la préparation dépend de la surface et du résultat souhaité. Une peinture ancienne, un enduit neuf, une boiserie ou une toile ne se préparent pas de la même manière.
Les pinceaux jouent un rôle central dans l’exécution. L’atelier indique ne pas utiliser de rouleau et privilégier des outils à soies de porc, des brosses et des spalters. Les queues-de-morue et les blaireaux servent aux lissages, aux pochages et aux effets de matière. Ces outils permettent de déposer une couleur, de la fondre, de la tirer ou de créer une texture sans perdre la maîtrise du geste. Le peintre doit changer de pression, d’orientation et de charge selon la zone travaillée et la distance depuis laquelle le décor sera regardé.
La création d’un décor commence par un projet visuel. Des relevés, des photographies, des fragments conservés, des archives ou un vocabulaire architectural peuvent servir de point de départ. Une restitution historique demande de comparer les traces disponibles, la palette et les motifs propres à une époque. Une création contemporaine laisse davantage de liberté, mais elle doit toujours répondre aux volumes du lieu. Les esquisses permettent d’étudier les rythmes, les encadrements et la place des figures avant la réalisation sur le support définitif.
La restauration et la restitution ne poursuivent pas exactement le même but. Restaurer consiste à préserver ou à rendre lisible un décor existant, en respectant ce qui peut être conservé. Restituer intervient lorsque des parties manquent ou lorsque la peinture est trop lacunaire pour être simplement nettoyée et reprise. Le peintre peut alors s’appuyer sur des documents, des fragments et l’analyse de la composition pour retrouver une cohérence. La nouvelle partie doit dialoguer avec l’ancien décor sans se faire passer pour une trace originale.
Les fresques murales et les panoramiques demandent une organisation particulière. La surface se découvre progressivement, parfois depuis un échafaudage ou un espace difficile d’accès. Le dessin doit rester lisible à l’échelle du mur, tout en conservant des détails qui se révèlent lorsqu’on s’approche. Une scène, un paysage ou une architecture peinte peut modifier la perception d’une pièce et ouvrir une profondeur imaginaire. Les raccords entre les zones, la continuité des lignes et la résistance de la finition sont surveillés pendant tout le chantier.
L’ornementation complète les décors figuratifs ou les imitations de matière. Frises, arabesques, grotesques, motifs végétaux et encadrements structurent une paroi et organisent le regard. Une dorure à la feuille peut souligner un relief, une bordure ou une partie d’un décor sacré. Le brillant de la feuille ne se perçoit pas comme une peinture mate : il réagit à la lumière et change selon la position du spectateur. La préparation, la pose et la patine doivent donc être accordées à l’ensemble de la pièce.
L’atelier travaille dans des contextes patrimoniaux variés. Un château peut demander de retrouver un faux bois ou un décor d’époque ; une demeure de prestige peut accueillir une imitation de marbre ou un panoramique ; une église peut nécessiter la création d’une fresque, d’une grisaille ou d’un décor lié à son histoire. Chaque chantier possède ses contraintes de conservation, d’accès, de lumière et de coordination avec d’autres intervenants. Le peintre en décor doit comprendre l’espace avant de déterminer le niveau de détail et la méthode.
Le titre de Maître Artisan d’Art obtenu par Hugues Losfeld en 2022 s’inscrit dans ce parcours consacré à la peinture murale et aux techniques décoratives. Les réalisations présentées par l’atelier montrent des décors classiques, des faux marbres, des patines, des fresques, des paysages peints et des restaurations. Elles témoignent d’une pratique où la fidélité à une époque peut coexister avec une création originale. L’œil, la main et la connaissance des matières forment un ensemble indissociable pour produire un décor crédible et durable.
Pour préparer une demande, il est utile de réunir les dimensions du lieu, des photographies prises sous plusieurs angles, les éléments historiques disponibles et la fonction de la pièce. Une restauration gagne à conserver les fragments, les relevés et les traces avant nettoyage. Une création peut partir d’une ambiance, d’une période, d’un motif ou d’une matière à imiter. Le projet est ensuite ajusté à la lumière, au recul et aux surfaces réellement disponibles. La réalisation finale doit être lisible dans son environnement et respecter la respiration de l’architecture.
Depuis Œuilly, l’Atelier Hugues Losfeld fait ainsi vivre une peinture en décor attentive aux techniques anciennes, aux pigments, aux outils et à la réalité des bâtiments. Faux bois, faux marbres, trompe-l’œil, fresques, panoramiques, grisailles, grotesques, patines et dorure à la feuille répondent à des demandes différentes, mais toutes reposent sur une observation rigoureuse du lieu. La restauration conserve la mémoire d’un décor ; la restitution lui redonne une cohérence ; la création ouvre un nouvel espace visuel sans perdre le lien avec la matière et l’histoire du bâtiment.