À Anglards-de-Salers, dans le Cantal, Iga Borkowska développe l’Atelier La TRAME autour du tissage à bras et d’une écriture textile contemporaine. Son travail fait dialoguer une pratique manuelle ancienne avec des formes sobres destinées aux intérieurs actuels. Le kilim constitue le point d’ancrage de sa démarche : ce textile tissé est réinterprété dans des compositions où la matière, la couleur et le rythme visuel construisent une présence à la fois discrète et expressive. Les pièces s’adressent aux particuliers, mais aussi aux architectes, décorateurs et prescripteurs qui cherchent une réalisation adaptée à un projet.
Le tissage à bras commence par la préparation de la chaîne. Les fils longitudinaux sont calculés, réunis puis installés sur le métier avec une tension régulière. La trame vient ensuite se croiser avec la chaîne pour former la surface. Dans un kilim, le motif apparaît par l’organisation des couleurs et des zones de tissage plutôt que par une épaisseur de poil. Cette construction donne un textile lisible sur ses deux faces et permet de travailler des dessins géométriques, des bandes, des contrastes ou des compositions plus libres. Chaque passage de trame modifie progressivement l’équilibre de l’ensemble.
Le kilim est une référence structurante pour l’Atelier La TRAME, mais il n’enferme pas la création dans une reproduction de formes anciennes. Iga Borkowska le réinterprète avec un regard contemporain, en recherchant des lignes épurées et une relation juste entre la couleur et la matière. Une composition peut rester très calme, avec quelques nuances rapprochées, ou s’appuyer sur un contraste plus marqué. Le rythme du motif accompagne alors la fonction de l’objet et le lieu où il sera installé. Le textile devient un élément de design qui garde la trace du geste et du temps passé au métier.
Les fibres naturelles citées par l’atelier sont la laine, le lin et la soie. Elles ne réagissent pas de manière identique au tissage. La laine apporte une présence chaleureuse et une certaine souplesse ; le lin donne une structure plus nette ; la soie peut introduire de la finesse et de la lumière. Le choix de la fibre influe sur le toucher, la densité et le comportement du textile. Pour un tapis, il faut penser à la résistance et à la relation avec le sol. Pour un coussin, la souplesse et la tenue comptent davantage. Pour un panneau mural, la texture et la lecture à distance peuvent devenir prioritaires.
Le travail de l’atelier se décline en tapis, coussins, sacs et panneaux muraux. Le tapis organise une pièce par sa largeur, son dessin et sa relation avec les circulations. Un coussin permet de rapprocher la matière du corps et de mettre en valeur une petite composition. Le sac demande de coordonner le tissu avec une construction qui doit supporter la manipulation et le transport. Le panneau mural déplace le tissage vers l’art mural : il devient une surface à regarder, avec des variations perceptibles selon la lumière et le recul. Dans chaque cas, la destination de l’objet guide la manière de construire et de finir le textile.
Les créations peuvent être proposées en pièce unique, en petite série ou sur mesure. La pièce unique laisse une grande liberté à la matière et au dessin. Une petite série cherche une cohérence entre plusieurs objets tout en conservant les différences liées au tissage manuel. Le sur-mesure commence par un échange sur les dimensions, l’usage, la gamme de couleurs et l’environnement. Pour un intérieur privé, le textile peut accompagner un mobilier existant ou apporter une note forte à une pièce. Pour un projet professionnel, il faut également tenir compte de l’échelle du lieu, de la circulation et de la façon dont les visiteurs percevront la surface.
La couleur n’est pas un simple élément décoratif. Elle participe à la construction du motif et peut modifier la perception du relief ou de la profondeur. Deux teintes proches produisent une transition douce, tandis qu’un contraste net découpe davantage la forme. Le tissage permet aussi de faire varier le rythme par la largeur des bandes, la répétition des motifs et les changements de densité. Ces décisions sont prises en relation avec la matière : une laine mate, un lin plus sec ou une soie plus lumineuse ne renvoient pas la couleur de la même façon. Le résultat dépend donc du croisement entre fibre, lumière et structure.
La présence locale de l’atelier s’inscrit dans le paysage du Parc naturel régional des Volcans d’Auvergne. Les créations de l’Atelier La TRAME comprennent notamment des pièces inspirées par la vache Salers, des sacs en laine et en lin et des miniatures tissées. Ces références territoriales ne remplacent pas la recherche formelle ; elles offrent un point de départ pour relier le textile à un lieu, à une silhouette animale ou à une mémoire visuelle. La laine, le lin, les formes géométriques et les couleurs peuvent ainsi composer des objets qui évoquent le Cantal sans devenir des articles standardisés.
La boutique de l’atelier permet de découvrir les matières et les formats en présence. Voir un tapis, un sac ou un coussin permet de mieux comprendre la densité du tissage et la façon dont la lumière se pose sur les fils. Toucher la surface donne également des indications que l’image ne transmet pas : souplesse, grain, chaleur et tenue. Pour une commande, cette rencontre aide à préciser le format et le caractère recherchés. Elle rend aussi plus concret le lien entre une fibre choisie, un motif construit et l’objet qui prendra place dans un intérieur.
La transmission accompagne la production. L’Atelier La TRAME propose des initiations au tissage destinées aux enfants et aux adultes, avec des temps d’apprentissage organisés sur des cadres ou des métiers professionnels. Les premières étapes consistent à comprendre le croisement de la chaîne et de la trame, à choisir une combinaison de couleurs et à effectuer les passages qui feront apparaître le dessin. Une initiation peut conduire à une petite pièce que la personne emporte avec elle. L’expérience donne un aperçu direct de la patience nécessaire et des décisions qui se prennent derrière une surface tissée.
Les stages peuvent aussi s’inscrire dans un apprentissage plus approfondi. Découvrir un métier à tisser, comprendre les termes du tissage et distinguer les principales armures donnent des repères pour poursuivre la pratique. La préparation d’une chaîne demande de calculer le nombre de fils et leur longueur, puis de les répartir avant le montage. Les finitions viennent ensuite stabiliser le bord et donner au textile son aspect final. Ces opérations montrent que le tissage ne se limite pas au moment où la trame passe dans la chaîne : la préparation et la finition déterminent une grande partie de la qualité de l’ouvrage.
Une démarche contemporaine du tissage à bras peut ainsi réunir création, usage et transmission. Iga Borkowska développe des objets qui ne sont pas seulement des surfaces décoratives : tapis, coussins, sacs et panneaux muraux sont pensés pour leur environnement et leur relation avec les personnes qui les utilisent. Les matières naturelles et les formes épurées installent une présence calme, tandis que le kilim apporte une structure visuelle reconnaissable. Les pièces peuvent être uniques, produites en petite série ou adaptées à un projet précis, avec une attention portée aux dimensions, aux couleurs et au rythme du motif.
À Anglards-de-Salers, l’Atelier La TRAME associe donc tissage à bras, kilim et design textile. La laine, le lin et la soie sont travaillés dans des tapis, coussins, sacs, panneaux muraux et miniatures qui relient la précision du métier à une esthétique actuelle. Les références au territoire, comme les créations autour de la vache Salers, s’inscrivent dans une collection plus large où chaque matière garde sa présence. Les initiations et les stages rendent les gestes accessibles, tandis que les commandes sur mesure ouvrent un dialogue avec les intérieurs privés et professionnels. Iga Borkowska fait ainsi du tissage un langage de formes, de couleurs et de textures, construit lentement à la main.