À Paris, dans le quartier du Faubourg Saint-Antoine, l’atelier Lacroix Marrec perpétue une histoire de la marqueterie commencée en 1865. L’atelier réalise des décors de style et des compositions contemporaines, mais son activité ne s’arrête pas au mobilier. Les ouvrages peuvent prendre place sur des bijoux, des instruments de musique, des luminaires, des parquets, des boîtes à bijoux, des panneaux muraux, des boiseries ou des billards. La restauration de marqueteries sur des meubles, des objets et des parquets de toutes époques complète cette pratique. L’ensemble s’adresse aussi bien aux particuliers qu’aux professionnels.
L’histoire de Lacroix Marrec est une histoire de transmission. Le site de l’atelier fait remonter sa création à C. Rigollet en 1865, dans l’univers du Faubourg Saint-Antoine, alors marqué par les métiers de l’ameublement. En 1954, André Immauville prend la direction de l’atelier et devient le maître d’apprentissage de Richard Lacroix. En 1972, Robert Bonnefond devient à son tour le maître d’apprentissage de Hubert Marrec. Ces étapes montrent comment un métier se conserve par la pratique quotidienne, l’apprentissage et la reprise progressive des gestes.
Richard Lacroix et Hubert Marrec s’associent en 1988 pour fonder l’entreprise Lacroix-Marrec. Leur atelier forme ensuite Eric Lehuédé, apprenti de 1992 à 1995. Eric obtient son CAP, reste dans l’entreprise et perfectionne sa technique au fil des années. En 2013, il s’associe avec Martin Delépine afin de poursuivre l’activité et de faire vivre l’atelier historique. Depuis 2024, après le départ de Martin Delépine vers de nouveaux projets, Eric Lehuédé poursuit la gérance avec le soutien et la participation de la maison Dissidi, ébénisterie historique du Faubourg Saint-Antoine.
Cette continuité n’empêche pas l’évolution. Lacroix Marrec revendique un héritage traditionnel tout en proposant des réalisations contemporaines qui peuvent faire intervenir des procédés modernes. La marqueterie de style demande de retrouver un vocabulaire, une composition et une relation aux proportions qui s’accordent avec un meuble ou un décor. Une création contemporaine peut au contraire ouvrir une recherche sur les formes, les matières et les supports. Dans les deux cas, le dessin reste le point de départ : il organise les lignes, les contrastes et la place de chaque élément avant le passage à la découpe.
Le site décrit trois grands moments de fabrication : dessiner, découper et incruster. Dessiner permet de construire le motif et d’en mesurer l’équilibre. Découper consiste à transformer le dessin en éléments de placage ou en pièces réalisées dans d’autres matières. Incruster réunit ces éléments sur le support pour faire apparaître le décor. Ce chemin demande de garder une correspondance précise entre le projet et la matière. Une ligne, une courbe ou une figure géométrique peut changer de présence selon le fil du bois, la largeur du placage et la manière dont les pièces s’ajustent.
Les supports proposés par l’atelier montrent l’étendue du métier. Le décor peut accompagner la façade ou le plateau d’un meuble, s’inscrire dans une boiserie, suivre la surface d’un parquet ou prendre une place plus réduite sur une boîte. Il peut aussi dialoguer avec un instrument de musique, un luminaire ou un objet destiné à être manipulé. Chaque support impose sa propre échelle et ses propres contraintes. Une marqueterie destinée à un panneau mural se lit à distance ; un bijou ou une boîte à bijoux se découvre de près. Le dessin et le choix des matériaux doivent tenir compte de cette relation avec l’objet.
Lacroix Marrec travaille le bois de placage sous des apparences très variées. Le site présente le bois moiré, dont les reflets ondulent, le bois moucheté, le bois pommelé, la ronce, le bois maillé et les loupes. Ces appellations décrivent des dessins naturels qui modifient la lumière et la perception de la surface. Une ronce apporte des fibres entremêlées ; une loupe provient d’une excroissance de l’arbre ; un bois moiré crée des mouvements qui ne se répètent pas régulièrement. Le marqueteur compose avec ces caractéristiques plutôt que de les effacer.
D’autres matières peuvent compléter les placages. La nacre, la pierre, le galuchat, la paille, l’écaille, l’os, le laiton et l’étain introduisent des différences de texture, de reflet et de densité. La combinaison ne repose pas seulement sur la couleur. Une surface métallique capte la lumière autrement qu’un bois mat ; la nacre produit un éclat qui se déplace ; le galuchat ajoute un grain perceptible au toucher et au regard. Dans une composition, ces écarts peuvent souligner un motif, créer un rythme ou donner plus de profondeur à un décor.
L’atelier développe aussi ses propres teintes de placage. Le procédé présenté repose sur l’immersion dans des bains d’eau pigmentée avec un fixatif. Cette approche permet d’élargir la palette des bois et de rechercher une couleur adaptée au projet. Le site cite notamment le vert tabac associé à des marqueteries d’époque Transition et Louis XVI. Il présente également une recherche autour de teintes naturelles principalement d’origine végétale. La couleur devient alors une étape du travail sur le placage, en relation avec le dessin, l’essence choisie et la finition attendue.
Les outils réunissent des instruments manuels et des équipements de découpe. La scie bocfil, la scie à chantourner mécanique, la scie circulaire, les ciseaux à bois, le tranchet, le marteau à plaquer et la lime tiers-point figurent parmi les outils présentés. Le site mentionne aussi la machine de découpe par laser et le fraisage numérique pour les procédés modernes. L’outil n’a de sens qu’en fonction de la pièce à obtenir. Une découpe fine, une courbe, une répétition ou une matière particulière peuvent conduire à choisir une méthode plutôt qu’une autre. La main reste présente dans la préparation, l’ajustement, l’incrustation et la finition.
La restauration constitue un volet à part entière. Lacroix Marrec intervient sur des marqueteries de mobilier d’exception, des objets et des parquets, quelle que soit l’époque ou le style. Une pièce très dégradée peut demander plusieurs étapes minutieuses pour retrouver une lecture proche du motif initial. Le site montre notamment la restauration d’un plateau de commode. Un décor restauré doit retrouver sa cohérence sans perdre les indices de sa construction. Le travail peut impliquer l’observation des parties conservées, la recherche d’un placage compatible, la préparation des éléments manquants et leur ajustement dans l’ensemble.
Les demandes de restauration peuvent venir d’un particulier qui souhaite préserver un meuble, d’un professionnel de l’ameublement ou d’un propriétaire d’objet décoratif. La nature de l’intervention dépend de la surface, du support et de l’état du décor. Un parquet n’est pas soumis aux mêmes usages qu’un panneau de meuble ; un objet manipulé demande une attention différente d’une boiserie fixe. La connaissance des techniques anciennes aide à comprendre la pièce, tandis que les procédés actuels peuvent faciliter certaines étapes de préparation ou de découpe.
La transmission occupe une place visible dans la vie de l’atelier. Lacroix Marrec propose des stages de marqueterie à Paris, dans le quartier historique de l’ameublement. Les formations s’adressent aux personnes qui souhaitent découvrir les différentes facettes du métier comme à celles qui connaissent déjà la marqueterie et veulent approfondir certains domaines. Un rendez-vous préalable permet de préciser les attentes de l’élève et les thèmes à explorer. Le programme peut porter sur la réalisation d’un motif, l’apprentissage de techniques liées à certains matériaux ou l’enchaînement des étapes nécessaires à la fabrication.
Le stage offre ainsi une rencontre directe avec la matière et les outils. Le participant ne se contente pas d’observer une pièce achevée : il peut suivre le passage du dessin aux éléments découpés, puis à leur assemblage. Cette progression rend visibles les choix qui donnent sa précision au décor. Le niveau, le projet et les matériaux orientent le contenu de l’apprentissage. La transmission s’inscrit dans la continuité de l’histoire de l’atelier, où les savoirs se sont construits par l’apprentissage et par la pratique auprès de marqueteurs expérimentés.
L’atelier met également en avant son inscription dans les métiers d’art et présente les signes de reconnaissance associés à ce domaine, notamment le label Entreprise du Patrimoine Vivant et la reconnaissance de l’Institut National des Métiers d’Art. Ces références situent la marqueterie dans une tradition de savoir-faire exigeants, tout en laissant une place à l’innovation. L’histoire du lieu, la diversité des supports et l’association des outils manuels et numériques composent une identité cohérente.
À Paris, Lacroix Marrec fait dialoguer la mémoire du Faubourg Saint-Antoine et les recherches actuelles sur le décor. L’atelier peut réaliser une marqueterie de style, développer une composition contemporaine, restaurer un meuble ou un parquet, préparer un ouvrage pour un instrument ou transmettre les premiers gestes lors d’un stage. Bois aux dessins singuliers, nacre, galuchat, métal, paille et autres matières sont choisis selon le motif et le support. Sous la direction d’Eric Lehuédé, l’atelier poursuit une histoire commencée au XIXe siècle en gardant la marqueterie vivante par la fabrication, la restauration et l’apprentissage.