À Montbrun-Bocage, en Haute-Garonne, Mathieu Le Borgne poursuit l’histoire de l’Atelier Le Borgne dans le métier de la tapisserie d’ameublement. Son travail porte sur les sièges, les fauteuils, les canapés et les meubles, avec une attention qui s’étend du mobilier ancien aux créations de design contemporain. Le tissu, le cuir, le crin et les autres matières ne sont pas choisis séparément de la structure : ils doivent accompagner la forme du meuble, son usage et l’esthétique qui lui donne son caractère. La restauration devient ainsi un travail de lecture, de précision et de transmission.
L’Atelier Le Borgne a été créé en 1993 par Jean-Jacques Le Borgne et Chantal Momméjac. La famille a construit son activité autour des savoir-faire de l’ameublement, puis Mathieu a rejoint l’équipe en 1996 comme apprenti. Après trois années de formation, il obtient son CAP de tapissier d’ameublement. Il travaille ensuite auprès d’autres tapissiers afin de perfectionner ses techniques et d’élargir son expérience. Cette étape compte dans son approche : la maîtrise ne repose pas sur un seul meuble ou une seule méthode, mais sur la répétition des gestes et la confrontation à des structures variées.
Son intérêt pour l’ossature des meubles l’amène à suivre une formation de menuisier en 2001. Cette compétence complète directement la tapisserie. Pour intervenir sur un siège, il est utile de comprendre les assemblages, la résistance des bois, la manière dont une traverse soutient une assise et les raisons pour lesquelles une carcasse a pu se déformer. Le tapissier travaille alors avec un regard plus large que celui de la seule couverture textile. Il peut distinguer ce qui appartient à la structure, à la garniture et à la finition, puis organiser la restauration en fonction de cette hiérarchie.
Mathieu s’associe à l’Atelier Le Borgne en 2003 et en reprend la direction en 2015. En 2025, il reçoit la distinction de Maître artisan en métiers d’art. Son parcours relie donc une formation initiale de tapissier, une expérience auprès de professionnels, une connaissance de la menuiserie et la continuité d’un atelier familial. Cette histoire donne une place particulière à la transmission : les gestes appris avant lui restent vivants, mais ils sont appliqués à des meubles et à des demandes qui peuvent appartenir à des époques très différentes.
La restauration de sièges de style constitue l’un des domaines de l’atelier. Un fauteuil ancien porte les traces de sa fabrication, de ses usages successifs et parfois de réparations antérieures. Avant de le recouvrir, il faut observer sa silhouette, ses bois, ses assemblages et l’état de sa garniture. La manière de refaire une assise dépend de ses proportions, de son confort attendu et de la relation entre le dossier, les accotoirs et les pieds. Une intervention réussie ne gomme pas nécessairement toute trace du temps. Elle rend au meuble une cohérence et un usage tout en respectant ce qui fait son identité.
Les fauteuils et canapés contemporains demandent une autre lecture. Le dessin peut être plus épuré, les volumes plus bas ou les lignes plus tendues, et le matériau de couverture participe directement à l’expression du meuble. Le tissu doit suivre les courbes sans créer de plis parasites, tandis que le cuir appelle des découpes et des finitions adaptées à son épaisseur et à sa souplesse. Le travail de Mathieu s’adresse ainsi à des pièces d’époque comme à des objets de design contemporain. La technique varie avec la construction, et non avec une recette unique appliquée à tous les modèles.
La restauration du cuir occupe une place particulière dans l’activité de l’Atelier Le Borgne. Une peau ne réagit pas comme un textile : elle possède une épaisseur, une mémoire de forme et une surface qui peut se patiner, se dessécher ou se déchirer. Sur un fauteuil en cuir, le remplacement ou la reprise doit tenir compte des coutures, des tensions et des zones soumises aux frottements. Les gestes de restauration doivent conserver une lecture homogène du meuble, en accordant les parties traitées à la silhouette générale. Cette expertise complète les interventions sur les garnitures et les structures.
Le crin fait partie des matières que Mathieu aime travailler. Une garniture en crin ne donne pas la même sensation qu’un rembourrage industriel. Elle se construit par couches, par maintien et par mise en forme, avec une attention au volume et à la souplesse. Le crin animal peut accompagner une assise qui doit rester ferme tout en conservant une élasticité. Il intervient aussi dans des dossiers ou des accotoirs selon la construction du siège. La matière demande un geste régulier, car sa répartition influence directement le confort et la tenue des lignes.
Les réalisations présentées par l’atelier montrent plusieurs applications de ce savoir-faire. Le fauteuil Club à moustache est restauré en crin avec une finition en basane, c’est-à-dire un cuir de mouton. Cette association met en relation une garniture traditionnelle et une couverture de cuir adaptée à la silhouette du fauteuil. Les deux chauffeuses présentées sont restaurées en crin animal, avec une finition capitonnée sur le dossier et un tissu en velours de mohair. Le capitonnage organise le textile par points de fixation et par creux réguliers ; il donne au dossier un relief qui participe autant au confort qu’à l’apparence. Le Bridge restauré en crin et terminé par un tissu illustre une autre proportion de siège et une autre manière de répartir la matière.
Le travail de l’atelier ne se limite pas aux fauteuils et aux canapés. Son activité comprend aussi la fabrication de matelas de laine, le cannage et le rempaillage traditionnels. Un matelas de laine se distingue par la matière qui le compose et par la façon dont elle est contenue, répartie et maintenue. Le cannage utilise une trame de canne pour former une surface ajourée sur une assise ou un dossier. Le rempaillage reconstitue une assise à partir d’un matériau végétal et d’un geste qui suit la forme du cadre. Ces pratiques concernent des objets qui ont leurs propres rythmes de fabrication et leurs propres signes d’usure.
Le cannage et le rempaillage apportent une réponse adaptée à des sièges dont la structure reste intéressante. Une assise ajourée laisse circuler l’air et produit une sensation différente de celle d’un coussin textile. Le dessin de la trame devient visible et peut constituer une composante forte de la chaise. Le rempaillage, de son côté, forme une surface plus pleine, construite par un enroulement ou un entrecroisement de fibres. Dans les deux cas, la régularité du geste compte autant que la solidité. Le résultat doit supporter les usages quotidiens sans perdre la relation avec le cadre du meuble.
La connaissance de la menuiserie permet aussi à Mathieu de dialoguer avec les différentes parties d’un objet. Une tapisserie ne peut pas être pensée indépendamment d’un pied qui porte le poids, d’un accotoir qui reçoit la main ou d’une traverse qui maintient l’assise. Les dimensions et les angles orientent la façon de préparer la garniture, de poser le tissu et de traiter les raccords. Cette compréhension de la structure est particulièrement utile lorsque le meuble a été longtemps utilisé ou lorsqu’il associe plusieurs matériaux. Elle permet de respecter sa construction au lieu de la dissimuler sous une intervention uniforme.
L’Atelier Le Borgne accueille des projets de restauration dans une relation de proximité. L’atelier propose des devis gratuits et se déplace à domicile dans le secteur de Toulouse pour la restauration de meubles. Cette possibilité facilite l’examen d’un meuble qui ne peut pas être déplacé facilement. Les informations recueillies sur son état, ses dimensions, son usage et les attentes de la personne permettent de préciser la nature de l’intervention. Une restauration de cuir, une reprise de garniture, un cannage ou une fabrication de matelas ne mobilisent pas les mêmes matériaux ni les mêmes étapes.
À Montbrun-Bocage, Mathieu Le Borgne fait ainsi vivre un atelier de tapisserie d’ameublement fondé sur la continuité familiale et sur l’élargissement des compétences. Il restaure des sièges de style, des fauteuils et des canapés contemporains, intervient sur le cuir, travaille le crin et propose aussi des pratiques traditionnelles comme le cannage, le rempaillage et la fabrication de matelas de laine. Son parcours, commencé comme apprenti dans l’atelier créé par ses parents, puis enrichi par le CAP de tapissier, la menuiserie, l’expérience auprès d’autres professionnels et la reprise de l’activité, relie la structure du meuble à la qualité de sa garniture. Chaque réalisation cherche à redonner une fonction et une présence à un objet tout en respectant son histoire et son esthétique.