À Nouaillé-Maupertuis, Lionel Fernandes développe un atelier consacré à la sculpture ornementale, à l’ébénisterie et à la conservation d’objets d’art et de mobilier. Son activité s’organise autour de trois axes complémentaires : la fabrication, la restauration et la formation. Le bois y est étudié comme une matière à construire, à décorer et à préserver. Une pièce peut naître d’un croquis, d’une photographie, d’un meuble existant ou d’un élément architectural. Dans chaque cas, le travail associe compréhension du modèle, choix de la matière et précision du geste.
La sculpture ornementale donne une place centrale au relief. Une feuille, une volute, un motif héraldique ou une figure animalière doit être compris avant d’être transposé dans le bois. Le sculpteur observe les lignes principales, les profondeurs et les transitions entre les plans. Il ne s’agit pas seulement de reproduire un contour. Il faut organiser les masses pour que la lumière révèle le motif, même lorsque celui-ci est destiné à être vu à distance ou installé en hauteur.
Le bois impose ses propres directions. Le fil peut accompagner une forme, la contrarier ou fragiliser une partie trop fine. L’artisan choisit donc son débit et son orientation en fonction du relief à réaliser. Une zone saillante demande une matière capable de supporter la taille ; une partie ajourée doit conserver suffisamment de résistance ; un décor destiné à un meuble doit s’accorder avec la structure qui le porte. Le geste de sculpture reste lié à la connaissance de l’essence, de son séchage et de son comportement sous l’outil.
La taille commence généralement par une mise en volume. Les parties qui ne participeront pas au motif sont retirées progressivement, puis les plans sont précisés. Les gouges permettent de creuser, de détacher une nervure, d’adoucir une courbe ou de marquer une séparation. Le travail alterne les dégrossissages et les reprises fines. Une profondeur trop régulière peut aplatir l’ornement ; une variation trop forte peut rendre la lecture confuse. Le relief doit conserver une hiérarchie entre les zones qui attirent le regard et celles qui assurent la transition.
Les ornements peuvent appartenir à des styles très différents. Un décor Louis XVI s’appuie souvent sur une organisation symétrique, des rubans, des feuillages et des motifs structurés. Un ensemble inspiré du style Henri IV ou de la tradition classique ne mobilise pas les mêmes lignes ni la même densité. L’Art nouveau ouvre un autre registre, plus souple et plus végétal. Restaurer ou créer dans un style donné demande de comprendre ses proportions et ses détails sans mélanger des éléments qui ne lui correspondent pas.
Les armoires et les blasons font partie des réalisations possibles de l’atelier. Un blason doit rester lisible tout en respectant les règles graphiques propres à l’héraldique. Les animaux, meubles, partitions et ornements sont organisés sur une surface souvent limitée. Le relief peut être discret pour un panneau mural ou plus affirmé pour une pièce destinée à être observée de près. La sculpture transmet alors une identité, une histoire familiale, une ville ou une institution par la combinaison du dessin, des volumes et de la finition.
La gravure sur bois apporte une autre relation à la surface. Elle peut inscrire un texte, un signe, un motif ou une composition graphique dans un panneau, une porte ou un objet. La profondeur de la ligne, la largeur de l’outil et la nature du bois influencent la netteté du résultat. Une gravure fine demande une grande maîtrise du geste, car la moindre hésitation reste visible. Le travail peut rester naturel, recevoir une teinte ou être intégré à une finition plus élaborée selon la destination de la pièce.
Le tournage sur bois permet de produire des formes régulières autour d’un axe. Pieds de meuble, éléments décoratifs, poignées, embases ou pièces isolées peuvent être construits par rotation. Le tour crée une continuité différente de celle de la sculpture directe, mais les deux approches peuvent se rejoindre. Une partie tournée peut recevoir une sculpture, une mouluration ou une finition qui la relie à un ensemble plus complexe. La précision du profil et la qualité du ponçage déterminent la manière dont la lumière glissera sur la forme.
L’ébénisterie ajoute la question de la structure et de l’usage. Concevoir un meuble sur mesure implique de réfléchir aux dimensions, aux assemblages, à l’ouverture des parties mobiles et à la relation avec le lieu. Un meuble peut être fabriqué pour recevoir un objet d’art, présenter une collection ou s’intégrer à une pièce existante. Le dessin doit anticiper les contraintes de stabilité, les sollicitations quotidiennes et l’entretien. Les éléments sculptés ou gravés sont intégrés à cette construction au lieu d’être ajoutés comme une décoration indépendante.
Les matériaux associés élargissent les possibilités de fabrication. L’atelier décrit des réalisations en bois, résine et bronze, notamment pour les sculptures, les ornements, les armoiries et les socles. Lorsque le projet l’exige, certaines opérations peuvent être réalisées avec d’autres artisans ou partenaires spécialisés. Cette organisation permet de conserver une cohérence de dessin tout en faisant intervenir les compétences adaptées à chaque matière. Le bois garde sa place centrale, mais il peut dialoguer avec un métal, une surface moulée ou une finition qui souligne le relief.
La restauration commence par l’observation de l’objet et par la compréhension de son état. Un meuble ancien peut présenter des placages soulevés, des assemblages fragilisés, des éléments manquants ou des finitions altérées. Une sculpture peut avoir perdu une partie de son décor ou subir les effets d’un environnement trop sec ou trop humide. Avant toute intervention, il faut distinguer ce qui appartient à la construction d’origine, ce qui relève d’une réparation ancienne et ce qui menace désormais la conservation de l’ensemble.
Le constat d’état permet de décrire les matériaux, les déformations, les lacunes et les interventions visibles. Cette étape donne une base pour décider des traitements et pour conserver une trace du meuble ou de l’objet avant restauration. Elle aide aussi à expliquer les choix au propriétaire, surtout lorsque plusieurs options existent. Une intervention respectueuse ne cherche pas à effacer toutes les marques du temps. Elle vise à retrouver une stabilité et une lecture cohérentes, en conservant autant que possible les éléments anciens.
La restauration d’une commode plaquée demande par exemple de comprendre le support, les colles, les placages et les finitions. Une partie décollée peut être remise en place sans remplacer inutilement une matière conservée. Une lacune peut recevoir un complément choisi pour s’accorder avec l’ensemble, sans fabriquer une fausse patine qui ferait passer la reprise pour une partie originale. Les angles, les chants et les détails de façade doivent être traités avec mesure afin que la réparation reste lisible dans l’histoire de l’objet.
Les meubles et objets d’art portent souvent une dimension affective. Une table familiale, une statue, un panneau décoratif ou un meuble transmis peut être lié à des souvenirs qui dépassent sa valeur matérielle. La restauration doit donc prendre en compte la relation entre l’objet et la personne qui le confie. Le travail technique reste précis, mais il s’accompagne d’une écoute des usages, de l’histoire connue de la pièce et de la manière dont elle sera conservée après l’intervention.
Le parcours de Lionel Fernandes s’est construit entre l’atelier familial, la menuiserie, l’ébénisterie et la sculpture ornementale. Une expérience auprès d’un sculpteur travaillant la pierre et le métal a élargi son regard au-delà du bois. Des installations professionnelles en France, aux États-Unis puis en Suisse ont également confronté l’atelier à des contextes et à des demandes variés. Depuis 2022, l’activité est installée à Nouaillé-Maupertuis, où la fabrication, la restauration et la formation sont réunies.
La formation permet de transmettre les bases nécessaires au travail du bois. Les contenus abordent notamment les essences, leurs propriétés, le séchage, le stockage, le débit et les dérivés du bois. Identifier un défaut, reconnaître une attaque ou comprendre une déformation aide à choisir le matériau et à éviter un usage inadapté. La transmission ne consiste pas uniquement à montrer un outil. Elle apprend à observer la matière avant de la couper, de la sculpter ou de l’assembler.
Les cours peuvent aussi porter sur la sculpture ornementale, la restauration ou la marqueterie. Un apprenant découvre les outils de base, la tenue du geste, la lecture d’un dessin et l’organisation d’une séquence de travail. La méthode interactive permet de corriger une position, d’expliquer une difficulté et de relier la théorie à une pièce en cours. Un motif simple peut devenir l’occasion de comprendre le relief, tandis qu’un exercice de restauration montre pourquoi la conservation demande de la patience et de la réversibilité.
La démarche écologique annoncée par l’atelier accorde une attention aux bois certifiés PEFC et FSC ainsi qu’à un approvisionnement auprès de fournisseurs locaux. Ce choix ne remplace pas l’étude de chaque pièce, mais il inscrit la fabrication dans une réflexion sur la ressource et la durée. Un meuble ou un objet destiné à rester longtemps doit être conçu avec une matière appropriée, des assemblages compréhensibles et une finition compatible avec son usage. La durabilité dépend autant du choix initial que de la possibilité d’entretenir ou de restaurer l’objet.
À Nouaillé-Maupertuis, l’Atelier Lionel Fernandes fait dialoguer sculpture, ébénisterie et conservation. Les meubles sur mesure, les reliefs ornementaux, les blasons, les gravures, les socles, les objets d’art et les restaurations sont abordés comme des projets singuliers, construits à partir d’une matière et d’une histoire. La formation prolonge cette pratique en transmettant la connaissance du bois, des outils et des méthodes de restauration. Le résultat recherche la précision du décor, la justesse de la structure et la continuité d’un savoir-faire capable de donner une nouvelle vie aux pièces anciennes comme de créer des œuvres contemporaines.