Atelier & professionnel

Atelier Lucile Viaud, designer verrière et géoverrerie à Évran

Évran

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Évran, dans les Côtes-d’Armor, l’Atelier Lucile Viaud développe une pratique du verre qui commence par l’observation d’un territoire et de ses matières. Designer et artiste-chercheure, Lucile Viaud a fondé son atelier pour formuler des verres à partir de coproduits locaux, de stocks dormants et de ressources destinées à être délaissées. Son travail ne consiste pas à ajouter un décor sur un verre industriel déjà constitué. Il cherche d’abord à comprendre la composition d’une matière, sa transformation au four, sa couleur, sa texture et les formes qu’elle autorise. Les objets deviennent ainsi les témoins d’une région, d’un paysage et d’un ensemble de gestes de recherche. Dans les collections de l’atelier, la transparence peut être légèrement teintée, micro-bullée, striée ou traversée de variations naturelles. La lumière révèle alors une histoire matérielle qui reste présente au cœur même de la pièce. Le parcours de Lucile Viaud commence à l’École Boulle, où son projet de diplôme l’amène à expérimenter la valorisation de coproduits marins bretons. Coquilles, carapaces, arêtes et algues deviennent des points de départ pour imaginer de nouveaux matériaux. De ces recherches naissent notamment un plâtre de mer et un verre marin. Après ses études, elle crée son atelier en 2015 et poursuit ses investigations, notamment lors de son passage aux Ateliers de Paris. Elle y développe la marque Ostraco, puis s’installe en Bretagne pour construire une activité de recherche et de production autour de la géoverrerie. Soutenue par l’université de Rennes depuis 2017, elle travaille avec l’équipe Verres & Céramiques de l’Institut des Sciences Chimiques de Rennes sur les compositions et les usages futurs de ces matériaux. La géoverrerie désigne chez elle une manière de fabriquer des verres qui reflètent les caractères naturels et humains d’une région. Chaque formulation demande de sélectionner des matières, d’observer leur comportement et de trouver un équilibre entre leur origine et les propriétés attendues du verre. Le choix d’un coproduit ne suffit pas à produire une matière utilisable. Il faut connaître sa composition, sa réaction à la chaleur, les éléments qu’il peut apporter et la manière dont il se combine avec les autres constituants. La recherche avance par essais, fusions, observations et ajustements. Une même famille de matières peut donc produire des nuances différentes selon la préparation, la saison, le lieu de collecte ou la quantité disponible. Le verre marin Glaz est le premier géoverre développé par l’atelier. Son nom renvoie à une nuance bretonne située entre le vert et le bleu. Sa formulation associe des coquilles d’huîtres ou d’ormeaux et des micro-algues, qui participent à sa couleur naturelle. Le résultat est un verre transparent tirant vers le viridien, riche en microbulles et en cordes, ces stries qui apparaissent au cœur de la matière. Les variations de couleur ne sont pas traitées comme une irrégularité à masquer. Elles donnent au verre une profondeur et une relation avec les paysages côtiers. Lorsque la lumière traverse une pièce en Glaz, elle met en évidence les épaisseurs, les bulles et les lignes formées pendant la fusion. La mise au point de ce verre a demandé dix-huit mois de travail. Cette durée montre la différence entre une idée séduisante et une formulation suffisamment stable pour être travaillée avec des techniques verrières traditionnelles. Une fois la matière maîtrisée, l’atelier a pu développer des objets en petite série et des projets sur mesure. Le verre Glaz a notamment donné naissance aux pots Ostraco, conçus pour être empilables et combinables. Un même volume peut devenir vase, coupe, cache-pot ou contenant pour des fruits secs selon la manière dont il est utilisé. La forme paraît simple, mais ses proportions sont pensées pour que la lumière pénètre différemment dans chaque position. Les parois, les bords et les épaisseurs composent des effets qui changent lorsque les pots sont déplacés, associés ou éclairés. Produite en micro-séries, cette collection relie la recherche sur la matière à un usage quotidien. Les objets peuvent entrer dans l’habitat sans perdre le lien avec leur origine géographique et chimique. L’atelier a également développé le verre de la Rance. Installée dans la vallée de ce fleuve côtier, Lucile Viaud travaille à partir de sédiments issus d’une opération de désenvasement menée avec l’Établissement public territorial de bassin Rance-Frémur. La matière recueillie raconte un paysage marqué par les mouvements de l’eau, les dépôts et les échanges entre l’estuaire et le fleuve. Une fois transformée en verre, elle conserve une teinte et une texture qui évoquent ce territoire sans chercher à en reproduire le paysage comme une image. Les objets deviennent des formes de mémoire matérielle. Le verre des Abers constitue une autre recherche liée au littoral breton. L’atelier s’intéresse aux ressources provenant du monde des algues et aux matériaux qui peuvent entrer dans une formulation verrière. Le travail sur les coproduits ne suit pas une recette identique pour tous les territoires. Chaque projet commence avec une matière disponible localement, puis s’organise autour de rencontres avec des producteurs, des institutions, des chercheurs ou des acteurs du paysage. Cette démarche transforme la fabrication en enquête collective, où le verre sert à rendre perceptible une relation entre économie locale, environnement et création. Le verre de Rouergue montre comment la géoverrerie peut s’éloigner du littoral. Sa formulation associe du sable du Lot, des cendres de bois de chauffage de la vallée de la Truyère et des coquilles d’escargots confiées par un héliciculteur. Ces éléments ne sont pas choisis uniquement pour leur aspect. Ils apportent une composition et une histoire, puis deviennent une matière nouvelle après la fusion. La couleur olive et les variations internes du verre expriment une autre géographie. L’objet conserve une apparence épurée, mais il contient la trace de plusieurs activités et de plusieurs lieux. Le verre des îles du Ponant est issu d’un travail mené avec l’association Savoir-Faire des îles du Ponant. L’atelier recense des matières potentielles propres aux îles et teste leur intérêt pour une formulation. Des sables d’excavation, des cendres de fumaison de poisson ou des matériaux issus d’activités insulaires peuvent participer à cette recherche. Le résultat attendu n’est pas une matière uniforme imposée de l’extérieur. Il s’agit de faire apparaître un verre qui raconte la diversité des paysages, des savoir-faire et des ressources locales. La teinte ambrée développée dans ce cadre rappelle qu’une matière peut être à la fois un objet technique, un souvenir de territoire et un support de transmission. Le travail du verre demande ensuite d’adapter les techniques à chaque formulation. L’atelier pratique le soufflage, le travail de la pâte de verre et d’autres modes traditionnels de mise en forme. Pour certaines collections, des morceaux de géoverre sont triés en fritte, c’est-à-dire en petits fragments obtenus par choc thermique dans l’eau au moment de la fusion. Ce tri permet de jouer sur le grain, la densité et la répartition des couleurs. Une pièce peut présenter une surface plus granuleuse, une transparence interrompue ou une composition qui rappelle un dépôt minéral. La matière dicte alors une partie du dessin. Le geste du verrier consiste à l’accompagner plutôt qu’à l’effacer. Les collections de l’atelier comprennent des pots, vases, boules, cives, mobiles, objets de table et sculptures. Le même verre peut changer de caractère selon la forme choisie. Un vase met en avant la relation entre paroi, ouverture et lumière. Une coupe privilégie le bord et la surface. Une cive peut fonctionner comme un objet posé ou comme un élément de composition. Un mobile ajoute le mouvement et les ombres projetées. Les sculptures consacrées aux diatomées offrent un exemple particulier de cette rencontre entre science et création. Elles évoquent les frustules, les squelettes de micro-algues, sans chercher à produire une copie anatomique exacte. Les courbes, la transparence et la couleur du verre marin permettent de rendre visible un monde microscopique. La forme artistique devient un moyen de sensibiliser le public à des organismes qui participent à la vie des océans. La recherche s’appuie ainsi sur une observation scientifique tout en conservant la liberté de la sculpture. Les projets sur mesure prolongent ce lien entre matière et usage. Pour la gastronomie, l’atelier peut concevoir des assiettes, fioles ou objets de service dont la couleur et la texture racontent un paysage associé à une table. Pour l’architecture, un verre formulé à partir de ressources locales peut entrer dans une verrière, une installation ou un élément d’aménagement. Le projet commence par une compréhension du lieu, de la fonction, de la lumière et des contraintes de fabrication. Les dimensions, la résistance, la répétition et le transport doivent être pensés avec la composition du verre. Une création sur mesure ne consiste donc pas à choisir une couleur dans un catalogue : elle demande de relier une histoire de matière à un usage concret. Les collaborations avec des cuisiniers, des artistes, des designers et des institutions occupent une place notable dans la démarche. Le travail réalisé pour le cuisinier Hugo Rœllinger a donné naissance à un duo fiole-assiette en verre marin Glaz pour le restaurant Le Coquillage. D’autres collaborations ont associé le verre à des recherches sur les diatomées ou à des projets de table et d’architecture. Ces échanges permettent d’observer comment une matière change lorsqu’elle rencontre une autre discipline. Le verre peut devenir support de présentation, objet tactile, élément de lumière ou forme sculpturale. Il reste attaché à son territoire tout en entrant dans des usages nouveaux. À Évran, l’atelier dispose d’un espace de recherche et de production où les formulations, les essais et les objets se répondent. L’environnement rural et la proximité de la vallée de la Rance nourrissent la réflexion sur les matériaux disponibles, les cycles de transformation et les paysages. La géoverrerie ne promet pas de faire disparaître les déchets par une formule magique. Elle demande au contraire de regarder précisément ce qui est disponible, ce qui peut être transformé et ce que la chaleur permet réellement d’obtenir. Cette exigence donne à la démarche sa crédibilité et sa force poétique. L’Atelier Lucile Viaud développe donc un verre de territoire, produit à partir de matières locales ou délaissées et façonné artisanalement en objets, en petites séries ou en pièces sur mesure. Glaz, verre de la Rance, verre des Abers, verre de Rouergue et verre des îles du Ponant racontent des paysages différents par leurs teintes, leurs bulles, leurs stries et leurs grains. Les pots Ostraco, les objets de table, les mobiles et les sculptures donnent à ces recherches une présence concrète. Entre laboratoire, création et transmission, Lucile Viaud transforme le verre en une matière qui permet de regarder autrement les ressources, les territoires et la lumière.

Métiers exercés

Traçabilité

Sources de cette fiche

Chaque notice indique précisément l’information qu’elle soutient et la date à laquelle elle a été consultée.

  1. Organisme professionnel site-officiel

    Atelier Lucile Viaud — site officiel (site externe)

    Organisme : Atelier Lucile Viaud

    Fait soutenu
    Le site officiel présente la géoverrerie, les verres de territoire développés par l’atelier, la marque Ostraco, les petites séries, les travaux sur mesure et l’implantation en Bretagne.
    Consultée le
    10 septembre 2026

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