À Rombach-le-Franc, en Alsace, Pascale Vallon fait vivre l’Atelier Luciole autour de la dorure ornemaniste, de la restauration de tableaux et de la conservation de décors liés au mobilier et à l’architecture. Installée depuis plus de vingt ans dans son atelier, elle travaille la feuille d’or, la peinture et les objets dorés en tenant compte de leur matière, de leur style et de leur histoire. Son activité associe les interventions sur des pièces anciennes, les créations décoratives et la transmission par des stages. La diversité des réalisations présentées montre un savoir-faire qui passe du cadre et de l’objet à l’autel, à la chaire ou au panneau mural.
Le parcours de Pascale Vallon repose sur deux formations qui se complètent. Elle est diplômée de l’École Européenne d’Antiquités et d’Art de Paris en restauration de tableaux et possède le CAP de doreur-ornemaniste de l’École d’ameublement de Paris La Bonne Graine. La première formation donne les bases nécessaires à l’observation d’une peinture et à la compréhension de son état ; la seconde se concentre sur les gestes, les supports et les finitions de la dorure. Cette double orientation permet d’aborder une œuvre peinte avec le regard du restaurateur tout en maîtrisant les surfaces dorées qui l’accompagnent.
En 1998, Pascale Vallon reçoit le prix national des jeunes talents de la Société d’Encouragement aux Métiers d’Art pour la dorure et la peinture. Cette distinction intervient au début de son parcours professionnel et souligne déjà le lien entre les deux pratiques. La dorure ne se limite pas à déposer une couleur métallique. Elle modifie la manière dont un relief accroche la lumière, révèle les volumes d’une moulure et dialogue avec la peinture ou le bois qui l’entoure. La peinture, de son côté, participe à la lecture d’un décor et peut demander une approche très différente selon qu’elle se trouve sur une toile, un élément de mobilier ou une surface architecturale.
La dorure à l’eau fait partie des prestations montrées par l’atelier. Un exemple concerne un cadre Napoléon III et la pose de feuilles d’or selon cette technique. La feuille est extrêmement fine et exige une préparation attentive du support. Les zones à traiter, les reliefs et les parties déjà conservées doivent être examinés avant toute intervention. Une restauration peut chercher à retrouver la continuité d’une finition sans donner à l’ensemble un aspect neuf et uniforme. La lumière révèle alors les différences de profondeur, les traces du temps et la relation entre les parties anciennes et les zones reprises.
L’atelier présente aussi la dorure d’objets à la technique à l’huile. Cette méthode apparaît notamment sur une réalisation consacrée à un objet doré. Le choix d’une technique dépend du support, de l’effet recherché et du contexte de l’œuvre. La surface ne réagit pas de la même manière selon sa préparation, son relief et sa place dans un ensemble. Pour un objet de décoration, la dorure peut être conçue comme une finition expressive ; pour une pièce ancienne, elle doit respecter les caractéristiques conservées. Dans les deux cas, le travail demande de contrôler les raccords, les bords et les zones où l’éclat pourrait détourner le regard.
La restauration de tableaux occupe un autre volet de l’activité. L’Atelier Luciole montre la restauration d’une toile du XIXe siècle. Une peinture de cette époque peut présenter des encrassements, des déformations, des pertes ou des interventions anciennes dont il faut comprendre les effets. Le restaurateur observe la couche picturale et son support avant de déterminer l’ordre des opérations. Le nettoyage, la consolidation et les reprises ne peuvent pas être dissociés de la composition et de la matière originales. Le but est de retrouver une lecture plus claire de l’œuvre tout en maintenant les éléments qui témoignent de son histoire.
Le mobilier religieux demande une attention particulière aux volumes, aux usages et à la place de l’objet dans l’édifice. L’atelier a travaillé sur le maître-autel de l’église de Riedwihr en collaboration avec l’atelier Le Chevalet en 2019. Une autre réalisation concerne la chaire baroque de l’église Sainte-Foy de Sélestat, présentée comme un chantier sur monument historique en 2011. Ces pièces ne sont pas seulement des meubles isolés : elles participent à un espace, à un parcours et à une histoire liturgique. La restauration doit donc considérer les reliefs, les couleurs, les dorures et la relation du décor avec l’architecture.
Le patrimoine religieux apparaît également dans la restauration de l’autel latéral de l’église Saint-Léger de Guémar. Le projet associe faux marbres, peintures et dorures autour du pèlerinage de Saint-Maximin. Les faux marbres demandent de restituer un effet de matière peint, tandis que la dorure apporte un contraste avec les surfaces colorées et les éléments sculptés. L’ensemble doit conserver son unité visuelle sans réduire les différentes techniques à une finition identique. Les peintures, les imitations de pierre et les feuilles métalliques jouent des rôles distincts dans la composition ; leur restauration doit respecter cette hiérarchie.
Les cadres sont eux aussi des objets de patrimoine. Le cadre d’une peinture protège l’œuvre et contribue à sa présentation, mais il possède également une construction, un décor et une finition qui méritent d’être conservés. Un nettoyage ou une reprise mal proportionnée peut modifier la perception du tableau. L’Atelier Luciole travaille sur ces éléments en prenant en compte la dorure, les moulures, les angles et les zones de contact. La restauration du cadre de l’église Saint-Léger de Guebwiller, réalisée en 2016 tandis que la toile était restaurée par Claude Bernhardt, illustre la complémentarité entre l’encadrement et la peinture.
La création vient prolonger la restauration. L’atelier présente un mobilier intitulé « Les danseurs », réalisé avec des feuilles d’argent et de cuivre en 2005, ainsi que des panneaux décoratifs muraux sur mesure créés pour l’architecture en 2017. Ces projets utilisent la surface métallique pour produire un rythme, une lumière ou une présence décorative nouvelle. Un panneau mural ne se regarde pas comme un petit objet : ses dimensions, la distance de recul et l’éclairage du lieu influencent le choix du décor. Le sur-mesure permet d’adapter la composition au mur, aux ouvertures et aux éléments qui resteront visibles autour de l’intervention.
La reproduction d’œuvre constitue une autre possibilité. L’Atelier Luciole présente un retable de Montbéliard daté de 1538, dont l’original est conservé au Kunst Museum de Vienne, réalisé en collaboration avec E. Fuhrer et F. Curty en 2017. Reproduire un décor ancien demande d’observer ses formes, ses couleurs, ses rapports de proportion et sa place dans l’ensemble. Le travail ne consiste pas simplement à recopier une image : il faut comprendre comment la peinture, la dorure et le support construisent une même lecture. Une reproduction peut ainsi servir à étudier, présenter ou faire revivre un motif tout en distinguant clairement la pièce nouvelle de l’original.
La transmission occupe une place concrète à l’Atelier Luciole. Pascale Vallon propose des stages à la carte ou ponctuels autour de la dorure, dans un cadre destiné aux loisirs ou aux vacances. Les participants réalisent un ouvrage guidés et conseillés par une professionnelle. Les formats présentés comprennent la création d’un panneau décoratif et la restauration d’un objet choisi par le participant. Cette approche permet de découvrir les gestes de préparation, de pose et de finition en partant d’une réalisation réelle. L’accompagnement est adapté au projet, car un panneau neuf et un objet ancien ne posent pas les mêmes questions.
La pédagogie prolonge le parcours de la doreuse ornemaniste. Expliquer la technique oblige à rendre visibles les étapes qui restent souvent discrètes dans une pièce terminée : la préparation, le dessin du décor, la relation entre le support et la finition, puis le contrôle de l’ensemble. Un stage peut aussi apprendre à regarder les altérations avant de vouloir les corriger. La patience mentionnée par l’atelier prend ici tout son sens, car la feuille, la peinture et les reliefs demandent des gestes mesurés et une attention continue.
À Rombach-le-Franc, Pascale Vallon réunit ainsi restauration de tableaux, dorure à l’eau et à l’huile, mobilier religieux, reproduction de décors, panneaux muraux et stages d’initiation. Les réalisations sur des cadres, des autels, une chaire baroque, un retable et un ensemble de mobilier montrent une pratique attentive à la relation entre matière, lumière et architecture. Formée à la restauration de tableaux et à la dorure ornemaniste, elle travaille aussi bien sur des pièces patrimoniales que sur des créations contemporaines. L’Atelier Luciole fait de la feuille métallique et de la peinture des outils de conservation, de création et de transmission.