À Verlus, dans le Gers, Stéphanie Deschodt consacre son Atelier Mayati à la marqueterie de paille contemporaine. La paille de seigle y devient une matière de dessin, de lumière et de composition, appliquée sur des meubles, des objets décoratifs ou des supports pensés comme des tableaux. Le travail ne se limite pas à habiller une surface existante : une œuvre murale peut être conçue pour elle-même, avec son propre rythme, ses contrastes et sa relation au regard. Cette manière de considérer la paille comme une peinture donne à l’atelier une identité particulière dans le domaine de l’ameublement et de la création artistique.
La matière première utilisée par Atelier Mayati est exclusivement de la paille de seigle française. Elle provient d’un seul céréalier et arrive à l’atelier sous forme de brins naturels ou teintés. La paille doit sa brillance à la silice que la céréale absorbe dans le sol pendant sa croissance. Cette qualité naturelle permet d’obtenir des reflets sans ajouter de vernis. La couleur et l’éclat changent lorsque le brin est orienté différemment ; une même nuance peut donc paraître plus claire, plus sombre ou plus métallique selon la lumière et la position de la personne qui regarde.
La préparation constitue une part essentielle du métier. Chaque brin est fendu, humidifié, repassé puis aplati avant d’être posé. Le plioir écrase la paille et fait ressortir sa surface brillante. Le scalpel sert à découper et à dessiner les formes. Le pinceau dépose la colle sur le support. Ces trois outils suffisent à conduire un geste entièrement manuel, sans outil motorisé pour les tableaux. La découpe doit suivre la largeur du brin et la direction de ses fibres ; la pose bord à bord demande une grande régularité afin de ne pas laisser apparaître d’espace entre deux éléments.
Le temps de travail se mesure parfois en quelques centimètres carrés par jour lorsque le motif est particulièrement fin. Cette progression lente permet de contrôler l’orientation de chaque brin, la continuité d’une ligne et le raccord entre les zones. Un dessin géométrique peut demander une alternance précise de directions ; un portrait exige des variations d’échelle et de tonalité ; un fond uniforme doit conserver une vibration régulière sans devenir monotone. La lenteur n’est pas une étape secondaire : elle fait partie de la construction visuelle de l’œuvre et explique pourquoi deux pièces ne peuvent pas présenter exactement les mêmes reflets.
La démarche de Stéphanie Deschodt s’organise autour de trois registres. Le premier concerne les meubles et les objets décoratifs. Plateaux, miroirs et petits meubles d’appoint conservent une fonction d’usage tout en recevant un décor qui modifie leur présence. La paille apporte un toucher particulier et une surface lumineuse, mais elle doit aussi accompagner les arêtes, les angles et les zones qui seront manipulées. Le support est préparé pour recevoir le placage et pour conserver une bonne cohérence entre la structure du meuble et la matière décorative.
Le deuxième registre est celui des compositions géométriques. Les lignes, les angles et les répétitions s’inspirent notamment de l’esthétique Art déco. La paille est particulièrement adaptée à ces compositions parce que son éclat varie avec l’orientation des fibres. Un même motif peut ainsi changer d’intensité au fil du déplacement dans la pièce. Un damier, une étoile, un prisme ou une succession de bandes ne sont pas seulement des formes tracées sur un support : ils organisent une circulation de lumière. Le dessin doit prévoir les raccords, les symétries et la manière dont le regard découvrira la surface depuis plusieurs points de vue.
Le troisième registre est celui des portraits. L’atelier réalise des têtes d’animaux, comme des lions ou des renards, ainsi que des figures féminines traitées en motifs géométriques. Un portrait en marqueterie de paille ne repose pas sur un modelé continu ; il traduit un visage ou une silhouette par des directions, des couleurs et des fragments. La largeur du brin devient alors un outil de dessin. Des pièces plus fines permettent de préciser un contour ou une expression, tandis que des bandes plus larges structurent les masses et les arrière-plans. Le résultat dépend du dessin préparatoire, de la composition et de la patience nécessaire à la pose.
Les tableaux sont réalisés entièrement à la main. Stéphanie Deschodt prépare les brins, choisit leurs teintes, les découpe et les colle sur le support, sans recourir à un outil motorisé pour cette production. La colle doit être répartie avec assez de précision pour maintenir le brin sans déborder sur la surface visible. Le plioir intervient ensuite pour assurer l’adhérence et faire apparaître la brillance. Une pression trop forte pourrait marquer la matière ou déplacer un élément ; une pression insuffisante laisserait une zone mal fixée. Chaque étape demande donc de conserver le dessin en mémoire tout en surveillant la réaction réelle de la paille.
La paille peut être naturelle ou teintée. Les brins naturels gardent les nuances liées à la céréale et à leur orientation. Les brins teintés élargissent la palette et permettent de construire des contrastes plus nets. La couleur ne se lit jamais séparément de la direction : deux éléments teints de manière proche peuvent produire des effets différents si leurs fibres ne sont pas tournées de la même façon. L’atelier utilise ces variations pour créer une profondeur, séparer des plans ou faire vibrer une composition géométrique. Les associations avec le cuir ou la feuille d’or restent ponctuelles et sont choisies en fonction du projet, sans prendre la place de la paille.
Les œuvres récentes comprennent notamment Le Lion, Prisme de paille et Soléa. Le Lion appartient au registre des portraits et s’appuie sur une construction géométrique pour faire apparaître la tête de l’animal. Prisme de paille explore la relation entre lignes, brillance et orientation. Soléa montre comment la technique peut s’appliquer à un meuble fonctionnel. Le confiturier Soléa, mesurant 70,5 centimètres de haut, 33,8 centimètres de large et 26,5 centimètres de profondeur, est recouvert sur sa façade et ses côtés de brins naturels et teintés dorés posés un par un. Il peut être utilisé dans une chambre ou comme bout-de-canapé tout en conservant la présence d’une pièce artistique.
Le mobilier permet d’observer la marqueterie depuis des distances différentes. Une table d’appoint comme Sienna reçoit des brins teintés dans des nuances de terre de Sienne, d’ocre et de brun. Sur son plateau de 37 centimètres de diamètre, la composition en étoile joue sur l’orientation des fibres. Le piétement central en métal sombre structure l’ensemble et laisse au décor une place centrale. Le guéridon Émeraude, haut de 40 centimètres et d’un diamètre de 34 centimètres, associe des brins naturels et teintés en vert profond. La surface peut être regardée comme un petit paysage abstrait dont les éclats changent lorsque l’on se déplace autour du meuble.
Les supports ne sont pas limités au bois. La marqueterie de paille peut être appliquée sur la pierre, le métal ou le cuir lorsque la préparation et la nature du projet le permettent. Chaque support modifie la manière de travailler. Le bois offre une surface familière pour le mobilier ; la pierre apporte une densité différente ; le métal peut renforcer le contraste entre la rigidité du support et la souplesse visuelle des brins ; le cuir introduit un toucher plus doux. Le choix du support, de la colle, de l’échelle et de la finition doit être arrêté avant la pose afin de préserver la tenue de l’ensemble.
Une œuvre murale demande une autre réflexion qu’un plateau ou un miroir. Elle est conçue pour être regardée comme une composition autonome, sans devoir respecter une fonction d’ouverture, de rangement ou de contact répété. Le format, la distance de lecture et l’éclairage influencent le dessin. Une grande surface peut accueillir un portrait plus ample ou des lignes qui se déploient ; une pièce plus petite peut se concentrer sur un détail, une répétition ou une variation de couleur. La lumière naturelle révèle les changements d’orientation, tandis qu’un éclairage artificiel peut accentuer certains contrastes.
Le sur-mesure permet d’adapter cette matière à un projet précis. Une commande peut concerner un meuble, un panneau, un tableau, un objet décoratif ou une composition destinée à un intérieur. Les dimensions, l’usage, la palette et le support sont étudiés avant le dessin. Un architecte ou un décorateur peut rechercher une continuité avec une boiserie, une couleur présente dans un textile ou une réponse à la géométrie d’un espace. Un particulier peut souhaiter restaurer un meuble, personnaliser une surface ou commander une œuvre dont le format s’accorde à une pièce. La proposition dépend de la faisabilité du motif, du temps de pose et de la quantité de matière nécessaire.
La transmission tient une place déterminante dans l’activité de l’atelier. Les cours sont organisés plusieurs fois par an en petits groupes de six personnes maximum à l’Atelier de Vérône, à Aire-sur-l’Adour, dans les Landes. Le matériel est fourni et l’accompagnement se fait pas à pas, en français. Une formule découverte de trois heures, accessible à tous les niveaux, permet d’aborder la préparation, la fente et la pose des brins ; son tarif publié est de 75 euros. Le participant repart avec un petit objet réalisé et terminé sur place.
Le stage de marqueterie propose une durée de deux à quatre jours, pour tous les niveaux, au tarif publié de 100 euros par jour. Il permet d’aller plus loin dans la préparation de la paille, les motifs géométriques et les finitions d’atelier. Le rythme laisse davantage de temps pour comprendre la matière, corriger un geste et mener une pièce à son terme. Une formule sur mesure peut aussi être construite pour une commande, une collaboration ou une recherche personnelle. Le calendrier et le contenu sont alors définis avec la personne intéressée avant l’accueil.
L’apprentissage commence par la prise en main de la paille. Il faut comprendre comment la fendre, l’humidifier et l’aplatir sans perdre sa longueur ni sa brillance. Le plioir transmet une pression qui fait évoluer la surface ; le scalpel demande une coupe nette et contrôlée ; le pinceau doit déposer une quantité de colle adaptée. La pose bord à bord oblige à avancer avec méthode. Une première réalisation permet de sentir la relation entre la matière, le support et la direction de la lumière. Les étapes suivantes ouvrent la possibilité de construire un motif plus régulier ou de s’éloigner progressivement d’un modèle.
Le choix d’une œuvre de l’Atelier Mayati dépend de la place qui lui est destinée et du rapport souhaité avec l’usage. Un tableau peut devenir un point focal dans un intérieur. Un miroir ou un plateau peut associer une fonction quotidienne à un décor singulier. Un petit meuble peut être observé de près, comme une sculpture, tout en restant utilisable. Les nuances de la paille naturelle et teintée se répondent avec le bois, le métal, le cuir ou la feuille d’or lorsque ces matières sont retenues. L’entretien et l’exposition doivent tenir compte de la surface, de la lumière et de l’environnement dans lequel la pièce sera installée.
À Verlus, Atelier Mayati fait donc de la paille de seigle une matière de tableau, de mobilier et d’objet. Stéphanie Deschodt travaille exclusivement des brins français, les prépare et les pose à la main avec un plioir, un scalpel et un pinceau. Portraits d’animaux, compositions géométriques, miroirs, tables d’appoint et meubles recouverts montrent plusieurs applications d’un même geste. Les cours prolongent cette pratique par une transmission accessible aux débutants comme aux personnes qui souhaitent approfondir leur approche. Un projet peut commencer par une œuvre existante, une idée de motif ou une demande sur mesure ; il se construit ensuite autour du support, de la palette, des dimensions et de la lumière.