À Nice, l’Atelier Morganti réunit la création contemporaine, la décoration et la restauration autour de la laque. Morgan Daniélou et Nicolas Morganti y travaillent sur des objets, du mobilier et des décors qui demandent une compréhension attentive du support, de la couleur et de la matière. Leur atelier d’art s’est installé sur la Côte d’Azur en 2012. Ils réalisent des modèles uniques et des séries limitées, avec une pratique qui associe le geste du laqueur, la culture des arts décoratifs et le dialogue avec les commanditaires.
Le métier de laqueur consiste à décorer un ouvrage en appliquant, ponçant et lustrant des couches successives. Le résultat dépend de la préparation du support autant que du choix de la laque. Un meuble, un panneau, une boîte, un objet d’art ou un élément architectural ne présente pas la même absorption, la même structure ni les mêmes contraintes. Le support est donc apprêté avant de recevoir les couches décoratives. Cette étape permet d’obtenir une base régulière et de préparer la surface aux opérations qui vont suivre.
L’Atelier Morganti travaille avec plusieurs familles de produits. La laque traditionnelle de Chine, le vernis gras et des laques issues de formulations modernes, comme les finitions cellulosiques ou polyuréthanes, offrent des possibilités différentes. Le choix tient à la nature de l’objet, à son usage, au rendu souhaité et aux contraintes de conservation. Une surface destinée à un mobilier contemporain ne se traite pas nécessairement comme une laque ancienne ou un panneau qui doit retrouver une cohérence avec un décor historique. La matière impose son rythme et sa méthode.
La superposition des couches construit peu à peu la profondeur. Entre deux applications, le ponçage réduit les irrégularités et rapproche la surface du niveau recherché. Le lustrage vient ensuite révéler la qualité du fond et la lumière de la finition. Ces gestes demandent de la patience et une bonne lecture des réactions du support. Une pression excessive peut traverser une couche ou affaiblir un décor ; un ponçage trop léger peut laisser une différence visible sous la finition. Le laqueur avance par observations successives, en tenant compte de la couleur, du grain et de la régularité.
La laque peut être associée à d’autres matières. Les feuilles d’or, d’argent et de cuivre introduisent des reflets qui changent selon l’angle de regard. Les poudres d’aventurine produisent une présence minérale et scintillante, tandis que la nacre apporte des irisations plus fines. Ces éléments peuvent être inclus dans les couches ou utilisés pour construire un décor. Ils ne sont pas de simples ornements ajoutés à la fin : leur épaisseur, leur adhérence et leur relation avec les couches transparentes influencent la surface finale.
Les créations de l’atelier s’appliquent à de nombreux supports : bois, métaux, plastiques et verres. Chaque matière demande une préparation et une attention différentes. Le bois peut présenter des joints et des variations de fibre ; le métal réclame une accroche compatible avec sa surface ; le verre et certains plastiques imposent de réfléchir à l’adhérence et aux effets de transparence. Le laqueur adapte son approche afin de préserver le support tout en obtenant un décor homogène. Cette diversité permet d’intervenir aussi bien sur un meuble que sur un panneau mural ou un objet conçu pour un intérieur.
La décoration intérieure constitue une part de l’activité. L’atelier réalise des décors muraux, des finitions de mobilier et des éléments destinés à des projets de grande ampleur. Les références présentées par l’Atelier Morganti évoquent des intérieurs de villas, de yachts, d’hôtels et des enseignes de luxe. Dans ces réalisations, la laque doit dialoguer avec l’architecture, les volumes, les ouvertures et la lumière. Une couleur choisie sur une petite surface peut gagner en intensité lorsqu’elle se déploie sur un mur ou plusieurs panneaux. Les essais et les échanges servent à ajuster la teinte, la brillance, le rythme du décor et la relation avec les autres matériaux.
L’atelier met à disposition des échantillons de matières et de couleurs. Ils donnent une vision concrète des effets possibles avant la fabrication. Un même ton peut être décliné avec un aspect plus mat, plus brillant ou plus profond. Une feuille métallique peut être montrée sur un fond clair ou sombre pour faire apparaître son contraste. La nacre, les poudres et les décors peints se jugent aussi par la lumière qui les traverse ou les accroche. Ces comparaisons aident à construire un projet cohérent avec le mobilier, les murs, les textiles et les éléments décoratifs déjà présents.
La collaboration avec les décorateurs et les architectes d’intérieur demande une traduction précise des intentions. Un dessin indique une composition, mais il faut encore déterminer la technique, la gamme de couleurs et l’ordre de fabrication. L’atelier peut étudier un décor destiné à une grande surface, une finition de mobilier ou un objet d’art. Les proportions, les raccords et les transitions deviennent essentiels lorsque plusieurs panneaux doivent former un seul ensemble. Le travail de la laque conserve une dimension manuelle, même lorsque le projet s’inscrit dans un intérieur très construit.
La restauration occupe une place majeure dans l’Atelier Morganti. Les artisans interviennent sur des laques, des vernis, des peintures, des papiers et des dorures, quel que soit le support lorsque sa nature permet une intervention adaptée. Ils restaurent aussi des céramiques, des terres cuites, des pierres et d’autres objets d’art sculptés. Chaque matériau a ses fragilités et ses anciennes transformations. Le restaurateur observe les soulèvements, les lacunes, les déchirures, les repeints et les zones où la matière a perdu sa cohésion avant de choisir une méthode.
Les antiquités asiatiques constituent un domaine régulièrement traité. L’atelier cite des meubles et des objets laqués, des paravents en papier et des sculptures, ainsi que des laques du vingtième siècle associées à des créateurs comme Dunand, Eileen Gray, Leleu, Arbus ou Fornasetti. Les bois peints ou vernis, notamment les pièces en vernis Martin, demandent une lecture différente d’une laque japonaise ou d’un décor polychrome. La restauration doit respecter les caractéristiques de chaque œuvre et éviter d’uniformiser des surfaces qui n’ont pas été fabriquées selon la même technique.
La dorure peut être réalisée à la détrempe ou à la mixtion. Elle se rencontre sur des objets, des meubles et des décors où l’or participe à la composition générale. Une feuille métallique fragile peut être soulevée, ternie ou lacunaire ; sa remise en cohérence nécessite de protéger les parties conservées et de limiter les ajouts. La relation entre l’or, la laque et le support est examinée dans son ensemble. L’objectif est de restituer la lisibilité de la pièce tout en maintenant la différence entre la matière ancienne et les zones reprises.
Parmi les restaurations présentées par l’atelier figure une tabatière du maître orfèvre Adrien-Jean-Maximilien Vachette. La pièce associe une structure en or et des panneaux de laque du Japon datant du dix-septième siècle. Un tel objet concentre plusieurs difficultés : la petite échelle, la précision de l’orfèvrerie, la fragilité de la laque et la nécessité de replacer chaque élément dans un assemblage minutieux. Le restaurateur doit regarder le décor, les bords, les panneaux et les parties métalliques ensemble pour que l’intervention ne fragilise pas l’objet.
Les travaux sur des pantalonnières signées du décorateur Jacques Adnet montrent une autre relation entre la laque et le mobilier du vingtième siècle. Les surfaces peuvent porter des usages, des frottements et des altérations qui ne se traitent pas comme celles d’un objet de collection plus ancien. Il faut tenir compte du dessin général, des arêtes, des parties mobiles et de la manière dont la pièce est destinée à être présentée. La restauration vise alors à retrouver une lecture équilibrée sans effacer les indices de fabrication et de vieillissement.
Le vernis Martin fait partie des techniques françaises que l’atelier étudie et restaure. Cette tradition s’est développée lorsque les artisans européens ont cherché à répondre à l’attrait pour les laques venues d’Asie. Les meubles et les panneaux décorés peuvent présenter des scènes, des couleurs et des finitions dont la compréhension exige de distinguer les couches et les ajouts. L’histoire de la technique permet de mieux saisir les choix de décor et la manière dont une surface a évolué. La restauration s’appuie sur cette connaissance autant que sur l’examen direct de l’objet.
La création contemporaine peut intégrer des références anciennes sans les copier littéralement. L’atelier a présenté des guéridons, des cabinets, des miroirs et des décors qui associent la laque à la nacre, aux coquilles d’œufs, aux feuilles d’or ou à des poudres. Une collaboration entre artisans d’art peut faire intervenir un ébéniste, un métallier, un verrier ou un designer. La laque devient alors un élément parmi d’autres, mais elle conserve son rôle de surface et de liaison entre les matières. Les couches, les glacis et le lustrage donnent au projet une profondeur que la lumière révèle progressivement.
Les formats uniques et les séries limitées ne répondent pas aux mêmes contraintes. Une pièce unique permet d’adapter chaque étape à un support singulier et de développer un décor spécifique. Une série demande une régularité plus stricte entre les exemplaires, tout en conservant le caractère manuel de la finition. Les échantillons, les repères de couleur et l’ordre des opérations facilitent cette cohérence. Dans les deux cas, le travail reste lié à la préparation, au temps de séchage, au ponçage et à l’observation de la surface.
Morgan Daniélou a obtenu un diplôme des métiers d’art à l’école Olivier de Serres à Paris, l’une des écoles européennes consacrées à la formation à l’art de la laque. Son expérience dans de grands ateliers parisiens comprend la restauration d’antiquités asiatiques et Art déco, ainsi que la création de décors pour des enseignes de prestige. Nicolas Morganti apporte de son côté une expérience de décorateur et une connaissance des arts et des antiquités. Leur association relie la pratique technique, la culture des objets et la conception de décors actuels.
À Nice, l’Atelier Morganti s’adresse aux décorateurs, aux particuliers, aux collectionneurs, aux musées et aux projets d’art monumental. Une demande peut porter sur une restauration de laque ancienne, une finition de mobilier, un décor mural, un objet d’art ou une création en série limitée. La diversité des supports et des techniques permet de construire une réponse adaptée à l’histoire de la pièce et à son usage futur. La laque y apparaît comme un métier de couches, de matière et de lumière, où l’application, le ponçage, le lustrage, la dorure et le dialogue avec le support donnent à chaque réalisation son caractère.