À Nîmes, Myriam Hubert développe un travail singulier autour de la marqueterie de verre. Son atelier associe une recherche artistique sur la lumière à des réalisations destinées à des espaces résidentiels, des hôtels, des restaurants et des boutiques. Les compositions murales donnent au verre une présence architecturale : la matière ne sert pas seulement à fermer ou éclairer un espace, elle devient un décor construit par l’assemblage de fragments, les écarts de couleur et les variations de transparence. L’atelier réalise aussi des objets précieux, conçus comme des pièces uniques porteuses d’un caractère propre.
Le parcours de Myriam Hubert ne commence pas dans le verre. Née en 1987 à Compiègne, elle travaille d’abord pour des organisations humanitaires. Lors de sa dernière mission au Liban, elle observe les techniques de taille dans un atelier de mosaïque à Beyrouth. Cette rencontre avec le geste, la matière et le ciselage réoriente progressivement son parcours. Elle comprend alors qu’elle veut travailler une matière par la précision de la coupe et par la construction d’un décor. L’expérience de la mosaïque devient un point de départ, mais son langage personnel se déplacera vers le verre.
De retour en France, elle rejoint un collectif d’artisans en 2013. En parallèle, elle crée une ligne de bijoux en verre. Ce travail de petit format lui permet d’affiner sa relation avec la matière et de rechercher une grande précision dans les formes. Le bijou impose une échelle réduite, une attention aux contours et une manière de composer avec la lumière lorsque la pièce est portée. Cette période construit des gestes qui serviront ensuite à des réalisations plus vastes. La recherche menée sur les bijoux prépare le passage du verre comme élément précieux au verre comme surface décorative.
Myriam Hubert revient ensuite à son intérêt pour la mosaïque et imagine les bases d’un savoir-faire qu’elle nomme marqueterie de verre. La technique repose sur l’association de fragments qui deviennent les éléments d’une composition. Comme dans une marqueterie, le dessin doit organiser les formes, les rythmes et les rapports entre les morceaux. Comme dans un travail de mosaïque, la coupe et l’assemblage déterminent la lecture de l’ensemble. Le verre ajoute une dimension particulière : une surface peut laisser passer la lumière, la réfléchir, la filtrer ou changer d’apparence selon l’orientation du regard.
En 2018, elle présente ses premières compositions murales. Ce passage au grand format transforme la relation entre le geste et l’espace. Une composition destinée à un mur doit tenir compte de ses dimensions, de la lumière qui l’atteint, des éléments qui l’entourent et de la distance depuis laquelle elle sera observée. Un motif qui semble précis à proximité peut se fondre dans l’ensemble lorsqu’il est vu depuis une pièce voisine. Les choix de coupe, d’échelle et de contraste doivent donc rester liés à l’architecture. Le verre devient une matière de décor, mais aussi une manière d’accompagner les volumes et les circulations.
Les réalisations présentées par l’atelier couvrent plusieurs univers. Dans le commerce haut de gamme, Myriam Hubert a travaillé sur des projets pour Boucheron et Cartier à Doha, Riyad, Bangkok, Melbourne et Daegu, ainsi que sur une vitrine de boutique Point Plume à Paris. Ces lieux demandent un décor qui s’accorde avec une identité visuelle, un parcours de clientèle et une présentation de produits. Une composition de marqueterie de verre peut attirer le regard, créer un arrière-plan, accompagner une vitrine ou donner une profondeur particulière à un espace. Le motif doit rester cohérent avec les lignes du mobilier, l’éclairage et les matériaux voisins.
Le projet réalisé pour la boutique Cartier de Melbourne illustre cette orientation vers le décor mural. L’atelier le présente comme une aventure artistique liée à la conception d’un décor en marqueterie de verre. Une réalisation de cette nature demande de passer d’une intention à une composition adaptée à un lieu réel. Les dimensions, les raccords, la place des ouvertures et l’effet de la lumière sont autant d’éléments qui doivent être considérés avant la fabrication. Le décor ne se comprend pas séparément de l’espace qui l’accueille : il est conçu pour dialoguer avec l’architecture et avec l’expérience du visiteur.
Les hôtels et les restaurants constituent un autre terrain d’expression. Le répertoire présenté par Myriam Hubert cite le restaurant Rose du Pont à Chamonix, l’Hôtel Royal Monceau à Paris et l’enseigne de la brasserie Vagenende à Paris. Un décor destiné à un lieu d’accueil doit conserver sa présence pendant des usages répétés. Il accompagne des déplacements, des conversations et des changements de lumière au cours de la journée. La composition peut être regardée comme une image, mais elle doit aussi s’inscrire dans un environnement fonctionnel. Les teintes, les transparences et les rythmes du verre prennent alors une dimension liée à l’atmosphère du lieu.
Les projets résidentiels permettent une relation plus intime avec la matière. L’atelier présente des compositions portant des noms comme Aubélia, Retropical, Palmettes turquoise, Crépuscule, Orient, Secret Garden et Odyssée. Ces ensembles montrent une recherche autour des couleurs, des motifs et de la relation entre plusieurs panneaux. Un décor résidentiel peut être conçu pour une entrée, un salon, une chambre ou un espace de passage. La distance de regard, la lumière naturelle et les éléments déjà présents dans la pièce orientent les choix. Une composition murale doit trouver son équilibre avec le mobilier, les textiles, les peintures et les ouvertures.
La lumière est au cœur de la marqueterie de verre. Une même pièce peut présenter des nuances différentes selon qu’elle reçoit une lumière directe, diffuse ou latérale. Les fragments peuvent créer des zones plus denses, des passages plus clairs ou des contrastes qui se révèlent avec le déplacement du regard. Cette variation donne de la profondeur à une surface qui reste pourtant plane. L’assemblage devient une manière de diriger l’attention et de faire évoluer le décor au fil des heures. La matière conserve ainsi une part de mouvement, même lorsque la composition est fixée dans un espace.
La précision de la coupe joue un rôle essentiel dans cette écriture. Chaque fragment doit trouver sa place dans une composition où les limites, les angles et les courbes construisent le motif. Une variation de largeur peut modifier une ligne ; un changement de teinte peut déplacer le point focal ; un raccord mal pensé peut rompre le rythme général. Le travail demande d’anticiper la relation entre les éléments avant leur réunion. L’expérience acquise dans le bijou en verre apporte une attention particulière aux contours et aux détails, tandis que les projets muraux imposent de réfléchir à l’échelle et à l’ensemble.
Les objets précieux forment un prolongement plus concentré de cette recherche. L’atelier les présente comme des objets uniques, à la croisée de l’art et de la matière, avec une identité propre. Leur format permet de regarder les détails, les limites entre les fragments et les effets de lumière depuis plusieurs angles. Un objet peut être posé, exposé ou intégré à un intérieur comme un élément décoratif. La marqueterie de verre y garde la même exigence que dans les grands décors, mais la proximité du regard rend chaque choix plus visible. La surface devient une composition à observer autant qu’une forme à découvrir.
La démarche de Myriam Hubert se nourrit aussi de collaborations. Après ses premières compositions murales, elle développe des projets avec des décorateurs et des maisons du luxe, en France et à l’international. Une collaboration demande de traduire une intention esthétique en solution réalisable. Le dessin peut être discuté avec l’architecte ou le décorateur, puis adapté aux contraintes du lieu. Les choix de matière, de teinte et de rythme doivent respecter l’esprit du projet tout en conservant la singularité du travail de l’atelier. Le dialogue avec d’autres professionnels permet de faire évoluer le verre vers des situations très différentes.
Cette activité s’accompagne d’une reconnaissance dans le champ des métiers d’art. Myriam Hubert participe à la Biennale Révélations au Grand Palais en 2022 et reçoit la même année les Félicitations du Jury du concours national des Ateliers d’Art de France. Elle est également lauréate de la région Occitanie du concours régional des métiers d’art 2022, avec une exposition à Montpellier. Ces étapes marquent la reconnaissance d’une trajectoire qui relie le bijou, la mosaïque, le décor mural et la création contemporaine en verre.
L’atelier est installé à Nîmes, dans le Gard. Cette implantation occitane accompagne une activité qui peut s’adresser à des projets situés en France ou à l’étranger. Les réalisations déjà présentées montrent une capacité à travailler sur des espaces de nature très différente, depuis une vitrine jusqu’à un hôtel, un restaurant, une résidence ou un objet précieux. Chaque commande appelle une réflexion sur l’échelle, la lumière, le motif et l’environnement. La commune de Nîmes constitue le point d’ancrage public de l’atelier, tandis que son travail se déploie selon les projets et les collaborations.
À Nîmes, Myriam Hubert a construit une pratique où le verre devient une matière de décor, de lumière et de précision. Son parcours humanitaire, la découverte de la taille à Beyrouth, les bijoux créés à partir de 2013 et les premières compositions murales de 2018 éclairent la naissance de sa marqueterie de verre. Les projets pour Cartier, Boucheron, des hôtels, des restaurants et des résidences montrent des applications multiples, sans réduire le travail à une formule répétée. Des fragments assemblés, une lumière changeante et un dessin adapté à chaque espace donnent à ses réalisations leur présence singulière.