À Mazan, dans le Vaucluse, Patrick Zambelli exerce un métier d’art consacré au plâtre et à ses nombreuses expressions. Son activité réunit la plâtrerie traditionnelle, le staff, le stuc, la gypserie et la conception de pièces destinées à l’architecture ou à la décoration. L’atelier travaille avec des matières minérales et des structures préparées pour donner forme à des cloisons, des plafonds, des corniches, des moulures, des cheminées, des escaliers et des éléments plus libres. Le plâtre n’est pas réduit à une finition uniforme : il peut devenir un relief, une surface colorée, une voûte, un décor ou une pièce conçue spécialement pour un lieu.
La continuité familiale occupe une place centrale dans le parcours présenté par l’atelier. L’entreprise de plâtrerie a été fondée par le père de Patrick Zambelli en 1929, puis une maison a été créée à Carpentras en 1958. Patrick Zambelli dirige la société depuis 1995 et inscrit son travail dans cette transmission de gestes et de connaissances. Cette histoire ne signifie pas une répétition immobile des mêmes formes. Elle donne plutôt une base technique à partir de laquelle l’atelier peut répondre à des restaurations, à des réalisations neuves et à des demandes de conception plus personnelles.
Le plâtre traditionnel manuel demande de préparer la matière, le support et l’organisation du chantier. Une cloison ou un plafond doit être pensé selon les dimensions, la structure environnante et la fonction de la pièce. Le plâtre peut être blanc ou coloré, selon l’aspect recherché. La main accompagne la prise et la surface au fur et à mesure de la mise en œuvre ; elle règle les épaisseurs, reprend les raccords et donne à la finition son caractère. La qualité du résultat dépend autant de la régularité du geste que de la compréhension du bâtiment qui reçoit l’ouvrage.
Les cloisons traditionnelles et les plafonds à la provençale font partie des réalisations décrites par l’atelier. Un plafond peut associer le plâtre et le bois pour former un ensemble appelé kess ou sordine. Cette construction introduit une relation entre la matière minérale, les lignes de la charpente et les proportions de la pièce. Le plafond n’est alors pas un simple plan horizontal : il participe à l’identité de l’espace, accompagne la lumière et peut rappeler les modes de construction propres à l’architecture provençale. La préparation doit tenir compte des assemblages et du poids des éléments afin de conserver une réalisation stable.
Le staff permet de fabriquer des éléments décoratifs à partir de plâtre renforcé. Corniches, moulures, rosaces et ornements peuvent être réalisés dans l’atelier, puis ajustés sur place. La fabrication commence par une forme ou un profil qui détermine le dessin du décor. Le matériau est ensuite préparé, armé lorsque la pièce le demande et travaillé pour obtenir une surface régulière. La pose exige de contrôler les raccords, les angles et la continuité du motif. Une corniche réussie doit suivre la géométrie du mur et du plafond sans attirer l’attention sur les jonctions entre les différentes pièces.
La gypserie apporte un autre rapport au plâtre. Elle peut produire des ornements, des reliefs et des éléments architecturaux qui donnent à un intérieur une présence particulière. Le geste peut rester fidèle à une tradition régionale ou répondre à une forme contemporaine. Le travail de Patrick Zambelli comprend aussi la création de pièces et de structures en métal déployé ou en bois. Ces armatures permettent de construire une forme libre, un volume courbe ou un décor dont la géométrie ne se limite pas aux profils usuels. Le plâtre vient alors envelopper et modeler une structure pensée pour le projet.
Les escaliers voûtés constituent une spécialité technique mentionnée par l’atelier. La voûte sarrasine ou catalane repose sur une organisation particulière des formes et des appuis. Une croisée d’ogive demande également de comprendre la rencontre des arcs, la répartition des lignes et la manière dont les surfaces se rejoignent. Ces ouvrages font le lien entre la fonction et l’expression architecturale : l’escalier doit permettre le passage, mais il peut aussi devenir un élément majeur de l’espace. La conception tient compte des proportions, des raccordements et de la relation avec les murs qui l’accompagnent.
Le stuc et le plâtre ciré modifient la perception de la surface. Le stuc peut imiter une matière minérale et apporter une profondeur obtenue par la superposition, le lissage et le travail de la lumière. Une finition cirée révèle les passages de l’outil et donne à la surface une présence différente selon l’orientation. La couleur peut être intégrée à la matière ou ajoutée dans la finition, avec des nuances adaptées à l’architecture. Le choix ne se résume pas à une teinte : il concerne aussi le toucher visuel, le niveau de brillance, la capacité de la surface à refléter la lumière et son accord avec le bois, la pierre ou le métal présents dans la pièce.
Les cheminées et les moulages spéciaux montrent la capacité de l’atelier à adapter le plâtre à des formes singulières. Une cheminée peut reprendre un vocabulaire traditionnel, s’inscrire dans une architecture ancienne ou recevoir un dessin plus dépouillé. Le moulage spécial est utilisé lorsque la pièce à créer ne correspond pas à un profil courant. Il faut alors étudier le modèle, la dépouille, les parties fragiles et la façon dont l’élément sera démoulé puis posé. Une forme décorative ne doit pas seulement être réussie vue de face : ses bords, ses angles, ses points de fixation et ses raccords doivent être compatibles avec le support final.
La restauration et la réhabilitation demandent d’observer ce qui existe avant d’ajouter ou de remplacer une partie. Un décor en plâtre peut présenter des fissures, des manques, des déformations ou des reprises anciennes. La nature du support, l’état de la structure et les traces laissées par les interventions précédentes orientent la méthode. Une restauration attentive cherche à conserver les proportions et le relief qui donnent son sens à l’ensemble. Lorsque des éléments doivent être recréés, le profil, la texture et la teinte sont rapprochés de ceux qui sont conservés afin que la nouvelle partie s’intègre sans effacer l’histoire du lieu.
La réhabilitation peut également concerner un bâtiment dont les volumes sont conservés mais dont les usages changent. Une cloison, un plafond, une moulure ou un escalier doit alors répondre à des besoins actuels tout en respectant le caractère de l’architecture. Le plâtre et la chaux peuvent être associés à des briques de terre selon les contraintes du projet. Cette relation avec des matériaux traditionnels permet de travailler la matière sans isoler le décor de la construction. L’atelier peut ainsi intervenir sur une création complète, sur un élément précis ou sur la remise en état d’un ouvrage existant.
La chaux fait partie des produits travaillés par Patrick Zambelli. Elle offre des finitions qui s’accordent avec les supports anciens et avec une architecture où la respiration des parois doit être prise en compte. Sa préparation et sa mise en œuvre varient selon la surface, l’exposition et le résultat recherché. Une finition à la chaux peut rester mate, recevoir une nuance ou accompagner une texture. Le choix du produit ne peut pas être séparé du support : une matière adaptée à un mur ancien ne se comporte pas nécessairement de la même manière sur une construction neuve ou sur une surface déjà peinte.
Le métier associe donc plusieurs échelles. À l’échelle du bâtiment, l’atelier doit comprendre les volumes, les appuis et la circulation des personnes. À l’échelle du décor, il règle un profil, une courbe, une moulure ou une transition de surface. À l’échelle du geste, il prépare la matière, pose, modèle, lisse, colore ou cire. Cette combinaison explique pourquoi la plâtrerie d’art peut participer à une construction aussi bien qu’à une restauration. Le même matériau devient structure, parement, décor ou pièce unique selon la préparation et l’intention.
Patrick Zambelli accueille principalement des projets de particuliers et intervient dans les communes environnantes, avec des réalisations possibles au-delà de ce territoire. L’atelier indique également travailler à l’étranger. Une demande peut concerner une rénovation intérieure, une cheminée, une série de moulures, un plafond décoratif, un escalier voûté ou une pièce conçue pour un espace précis. Pour préparer un échange, il est utile de présenter les dimensions, les photographies du support, l’état des éléments conservés et l’ambiance souhaitée. Le projet peut alors être orienté vers une technique de plâtrerie, de staff, de stuc, de gypserie ou de restauration.
La transmission prolonge cette pratique. L’atelier forme des jeunes au métier et accueille des stagiaires ainsi que des élèves de collège. Cette ouverture rend visibles des gestes qui demandent du temps pour être compris : préparer une pâte, tenir une épaisseur, suivre un profil, construire une armature et corriger une surface avant sa finition. La connaissance ne se transmet pas seulement par des explications ; elle passe par l’observation, la répétition et l’attention portée au comportement de la matière. Dans un métier où la main doit dialoguer avec l’architecture, cette expérience progressive est une part essentielle de la continuité professionnelle.
À Mazan, l’Atelier Patrick Zambelli propose ainsi une approche complète du plâtre d’art, depuis la cloison traditionnelle jusqu’à la gypserie de création. Staff, stuc, plâtre ciré, chaux, moulages, cheminées, plafonds, escaliers et restaurations répondent à des situations différentes, mais reposent sur la même exigence de préparation et de précision. La tradition familiale, l’expérience acquise depuis plusieurs décennies et la transmission auprès de nouveaux apprenants nourrissent une pratique capable de respecter l’architecture provençale tout en donnant forme à des projets singuliers.