À Marseille, Martina Cristofani développe l’Atelier Riou autour d’une céramique en porcelaine, façonnée à la main et pensée pour accompagner les moments de la vie quotidienne. Ses pièces utilitaires et ses objets décoratifs cherchent un équilibre entre finesse, solidité, mouvement et lumière. La créatrice présente également des projets sur mesure et des pièces uniques, dans une démarche où la terre devient un moyen de transmettre une sensation, une intention et une énergie.
Une rencontre avec la terre
Martina Cristofani est née à Rome, en Italie. Elle a travaillé pendant plus de douze ans comme photojournaliste avant de changer de voie et de se consacrer à la céramique. Elle a ouvert l’Atelier Riou à Marseille en septembre 2020. Ce passage de l’image à la terre donne à sa pratique un rapport singulier au regard. La photographie apprend à observer une lumière, un détail, une ligne ou un mouvement ; la céramique oblige ensuite à traduire cette perception dans un volume qui peut être touché, utilisé et traversé par les variations de la cuisson.
La porcelaine s’est imposée à elle pour ses transparences et ses jeux de lumière. Cette terre est travaillée de manière fine et légère, tout en conservant une grande résistance après cuisson. L’apparence délicate des pièces ne résume donc pas leur nature. Un bord mince, une paroi claire ou une forme ondulée peuvent donner une impression de fragilité, alors que la matière cuite acquiert une solidité adaptée aux usages auxquels elle est destinée.
Le choix de la porcelaine oriente tout le travail de l’atelier. La terre demande une mise en forme précise, une attention aux épaisseurs et une bonne maîtrise des étapes de séchage et de cuisson. Une pièce fine ne se comporte pas comme un volume épais ; une forme ouverte n’évolue pas comme un objet fermé ; une surface destinée à recevoir un décor ne réagit pas de la même manière qu’une paroi laissée nue. Le geste doit anticiper ces différences dès la conception.
Des pièces pour les moments partagés
L’Atelier Riou est principalement tourné vers des pièces utilitaires destinées à être vécues au quotidien. La table occupe une place particulière dans cette approche. Une tasse, un bol, une assiette ou un plat n’est pas seulement un contenant. Sa forme accompagne une main, son poids influence le geste, son bord organise le contact et sa surface reçoit la lumière. L’objet devient un compagnon de repas, de conversation ou de pause.
La céramique peut rendre ces moments plus sensibles sans les compliquer. Une coupe accueille un fruit, un bol accompagne un repas, une tasse devient un repère dans la journée et un plat rassemble plusieurs personnes autour d’une table. Les objets conservent leur fonction tout en portant une présence singulière. La porcelaine ajoute une finesse et une luminosité qui peuvent faire varier la perception de la pièce selon le contenu, l’éclairage et l’environnement.
Cette relation entre usage et émotion guide la conception. L’atelier ne cherche pas à produire des formes séparées de la vie quotidienne. Les objets sont imaginés pour être pris en main, déplacés, posés, lavés et réutilisés. Leur dimension poétique vient de la rencontre entre une forme, une matière et un moment. La simplicité apparente d’un objet peut ainsi cacher un travail précis sur la courbe, l’épaisseur, l’équilibre et la lumière.
Le choix d’une pièce dépend aussi de l’espace où elle prendra place. Une table de grande dimension, une étagère claire, une cuisine lumineuse ou un intérieur plus dense ne mettent pas les objets en valeur de la même façon. Martina Cristofani propose d’accompagner les particuliers dans le choix de pièces adaptées à leur univers. Cette relation ne supprime pas la liberté de l’objet : elle cherche plutôt à faire dialoguer ses lignes avec le lieu qui l’accueille.
Le mouvement dans les formes
Le mouvement est un fil conducteur de la démarche de Martina Cristofani. Elle s’intéresse à la danse et au voyage, et cherche à reproduire dans ses objets une sensation de déplacement. Les formes ondulées et douces donnent l’impression que la terre a été saisie dans un mouvement avant de se stabiliser. Une courbe peut évoquer un geste, une tension peut rappeler un corps en équilibre et une ligne continue peut conduire le regard autour du volume.
La porcelaine renforce ce contraste entre finesse et force. Une forme légère peut être visuellement presque transparente, tandis que la matière cuite possède une résistance réelle. Ce jeu entre apparence et solidité donne aux pièces une présence particulière. Le regard perçoit la douceur d’un contour, puis la main découvre le poids et la tenue de l’objet. Le toucher révèle une autre dimension de la création.
La courbe ne sert pas seulement à décorer. Elle peut guider le contenu vers un bord, créer une prise, ménager une zone d’ombre ou modifier la manière dont la lumière se déplace sur la surface. Une forme ondulée demande de penser à son équilibre et à sa stabilité. Elle doit pouvoir être posée et utilisée sans perdre la sensation de mouvement qui l’a fait naître.
Les jeux de lumière de la porcelaine se lisent de façon différente selon l’épaisseur et l’orientation de la paroi. Une partie plus fine peut laisser passer davantage de clarté ; une autre peut retenir une ombre douce. La cuisson fixe la matière, mais elle ne fige pas entièrement son apparence. Les changements de lumière dans un intérieur font varier les nuances visibles et donnent à la pièce une présence renouvelée.
La série Envol
La série Envol est présentée comme un ensemble de pièces décorées lors d’une troisième cuisson. Les images utilisées sont prises à Rome et évoquent des vols d’étourneaux. Le motif introduit une sensation de déplacement sur la surface de la porcelaine. Les oiseaux ne sont pas simplement posés comme un décor fixe : leur regroupement, leur direction et l’espace qui les entoure suggèrent un mouvement collectif.
La troisième cuisson ajoute une étape au travail de la pièce. Le décor doit être préparé en tenant compte de la surface déjà cuite et de la transformation produite par ce nouveau passage au four. Les couleurs, les contours et la relation entre l’image et la forme doivent rester lisibles après la cuisson. Le décor accompagne alors le volume au lieu de le recouvrir uniformément.
Les photographies de Rome relient cette série au parcours de Martina Cristofani. La ville de naissance devient une source d’images transposées sur la terre, tandis que Marseille constitue le lieu où la pratique céramique s’est développée. La série porte ainsi un dialogue entre une mémoire visuelle, une expérience du mouvement et un objet conçu pour entrer dans un intérieur.
Un décor d’oiseaux peut modifier la manière dont une pièce est regardée. Le motif conduit l’œil autour d’un bol ou d’un vase, crée un rythme sur une assiette et donne une direction à une forme. La porcelaine offre un fond clair qui laisse respirer l’image. Les espaces non décorés gardent leur rôle : ils permettent au volume, à la transparence et aux ombres de rester perceptibles.
La série Filu
La série Filu rend hommage aux liens, au fil qui passe de génération en génération et à la ligne de la mer de Marseille. Le motif du fil peut se comprendre comme une continuité, une trajectoire ou un lien entre plusieurs points. Il correspond à la démarche de l’atelier, où l’objet conserve la mémoire d’un geste manuel tout en entrant dans la vie de personnes qui l’utiliseront ou le transmettront.
La ligne de la mer introduit une relation avec la ville actuelle de Martina Cristofani. Marseille n’est pas seulement un lieu d’installation ; elle devient une source de formes et de sensations. Le mouvement d’une ligne maritime peut se traduire par une courbe, une variation d’épaisseur ou une répétition discrète. Sur la porcelaine, le motif trouve un support lumineux qui souligne les transitions et les respirations de la composition.
Filu peut être regardée comme une série sur la continuité. Un fil relie sans enfermer, accompagne sans imposer et permet de penser ensemble la pièce, l’usage et la personne qui la reçoit. La création artisanale garde les traces de la main, mais elle n’est pas arrêtée dans un seul instant : elle poursuit son histoire sur une table, dans un intérieur et dans les gestes de ceux qui la choisissent.
La série Sassi
La série Sassi revient à l’enfance et au souvenir des heures passées à ramasser des cailloux sur une plage, en observant leurs rayures. Le motif minéral donne à la collection une origine tactile. Un galet se reconnaît par sa forme, son poids, sa douceur et les lignes qui traversent sa surface. La porcelaine permet de transposer cette attention dans des objets travaillés avec finesse.
Les rayures observées dans les pierres deviennent une source de rythme. Elles peuvent évoquer une surface naturelle sans chercher à imiter exactement un caillou. L’objet conserve une forme céramique, avec sa paroi, son bord et sa fonction, tandis que le décor rappelle l’expérience du ramassage et de l’observation. Le souvenir devient ainsi une manière de regarder la matière présente.
Cette série montre la place accordée aux détails dans l’univers de l’Atelier Riou. Une ligne, une irrégularité ou un petit contraste suffit parfois à faire naître une sensation. La création ne dépend pas d’un motif spectaculaire. Elle peut s’appuyer sur une forme calme, une surface claire et un détail qui se révèle progressivement lorsqu’on prend l’objet en main.
Des projets sur mesure
L’Atelier Riou propose des projets sur mesure et des pièces uniques. Pour les professionnels, Martina Cristofani évoque la possibilité de créer ensemble un projet et le fil d’une histoire. Le travail peut partir d’un univers visuel, d’un besoin d’usage, d’une atmosphère ou d’une série à développer. La conception demande alors de préciser les dimensions, la fonction, le nombre de pièces et la relation avec l’espace ou la table qui les recevra.
Pour un particulier, une demande peut concerner un objet adapté à un intérieur ou une pièce conçue autour d’un moment de vie. Le projet peut s’inspirer d’une couleur, d’une ligne, d’un souvenir ou d’une sensation. La porcelaine est ensuite choisie et travaillée en fonction de la forme envisagée. Les essais permettent d’observer la relation entre épaisseur, lumière, décor et tenue après cuisson.
Une pièce unique ne signifie pas qu’elle est isolée de toute réflexion technique. Elle doit rester équilibrée, stable et adaptée à sa fonction. Un objet destiné à la table doit pouvoir être posé et manipulé ; une pièce décorative peut privilégier une forme plus libre ; un projet pour un espace professionnel doit dialoguer avec des dimensions et des usages définis. Le sur-mesure met ces contraintes au service d’une création qui garde une identité artisanale.
La discussion préalable permet aussi d’anticiper les étapes de fabrication. Le façonnage, le séchage, la cuisson et la finition demandent du temps. Un décor réalisé en plusieurs passages ne suit pas le même calendrier qu’une pièce laissée dans la simplicité de la porcelaine. Le projet se construit donc avec une attention à la matière et au rythme propre de l’atelier.
Une céramique façonnée à la main
Martina Cristofani présente ses créations comme entièrement façonnées à la main. Ce choix donne à chaque objet une relation directe avec le geste. Les variations de courbe, de bord ou de surface ne sont pas des défauts à supprimer systématiquement ; elles peuvent témoigner de la fabrication manuelle et donner à la pièce sa singularité. La régularité recherchée reste compatible avec une présence humaine visible dans les détails.
La main intervient dans la formation du volume, dans l’attention portée aux épaisseurs et dans la préparation du décor. Elle accompagne aussi les décisions prises pendant le séchage et la cuisson. La terre répond parfois différemment de ce qui était prévu ; le travail consiste alors à observer, à ajuster et à accepter les transformations qui correspondent à la matière.
La porcelaine impose une certaine discipline. Sa finesse autorise une grande délicatesse, mais elle demande aussi de surveiller la stabilité de la forme. La cuisson transforme l’objet et peut accentuer une courbe, modifier une nuance ou révéler une légère variation. Le savoir-faire consiste à préparer ces étapes sans réduire la création à une recette fixe.
Une Italienne à Marseille
L’Atelier Riou a ouvert à Marseille en septembre 2020. La ville apparaît dans la série Filu à travers la ligne de la mer, tandis que Rome est présente dans les images de la série Envol et dans le parcours de Martina Cristofani. Ces deux villes ne sont pas juxtaposées comme des décors : elles nourrissent un rapport au mouvement, au souvenir, à la lumière et aux liens.
L’Insee situe Marseille dans les Bouches-du-Rhône et en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans ce cadre méditerranéen, l’atelier développe une céramique qui reste attentive aux usages de la table et aux émotions quotidiennes. Les pièces associent une matière choisie pour sa transparence et sa résistance, des formes ondulées ou douces, et des décors qui viennent de la ville, de la mémoire ou de l’observation de la nature.
À Marseille, Martina Cristofani crée ainsi des objets utilitaires, des pièces décoratives et des projets personnalisés en porcelaine. L’Atelier Riou fait dialoguer le geste manuel, la lumière, le mouvement et le souvenir. Une assiette, un bol, une tasse ou une pièce unique peut devenir le support d’une image, d’une ligne ou d’une sensation, tout en restant un objet destiné à trouver sa place dans la vie réelle.