À Reims, l’Atelier Simon-Marq perpétue depuis 1640 un savoir-faire consacré au vitrail. L’atelier travaille à la fois sur la restauration de vitraux anciens, la création de vitraux contemporains et la réalisation d’objets d’art en séries limitées. Cette double orientation relie la connaissance des œuvres patrimoniales à une pratique ouverte aux artistes, aux architectes et aux projets actuels. Le verre devient une matière de lumière, de couleur et d’espace, capable de transformer un édifice tout en respectant son histoire.
L’histoire de l’atelier commence avec Pierre Simon et un chef-d’œuvre de corporation réalisé en 1640. Au fil des générations, la famille Simon a développé une compétence dans la restauration et la création de vitraux. Cette continuité ne signifie pas que les gestes sont restés figés. L’Atelier Simon-Marq a fait évoluer ses pratiques et a travaillé avec des artistes dont les univers ont renouvelé la relation entre peinture, architecture et verre. La tradition sert de base à une recherche qui reste attentive aux formes contemporaines.
La restauration de vitraux anciens demande d’abord une observation précise. Les conservatrices-restauratrices étudient l’état de chaque panneau, repèrent les fragilités et établissent un diagnostic avant de définir les traitements. Le verre, les plombs, les peintures et les éléments de fixation ne réagissent pas tous de la même manière au temps. Une intervention doit distinguer ce qui peut être conservé, consolidé ou remplacé. La compréhension historique de l’œuvre guide ensuite les choix techniques et la manière de préserver sa lecture.
Le diagnostic constitue un moment de réflexion autant qu’une étape préparatoire. Les restaurateurs recherchent les traces de fabrication, les modifications anciennes et les altérations liées à l’environnement. Une cassure, une perte de peinture ou une déformation du réseau de plomb peut avoir des conséquences sur l’ensemble du panneau. Il faut donc regarder chaque élément dans sa relation avec les autres. La restauration ne vise pas à rendre le vitrail neuf ; elle cherche à stabiliser l’œuvre et à transmettre sa matière, ses couleurs et son histoire.
La création d’un vitrail commence par le dessin du tracé de plomb. Ce dessin organise les lignes qui sépareront les morceaux de verre et détermine la structure générale du panneau. La répartition des plombs influence la lisibilité, la solidité et le rythme de la composition. Dans un projet contemporain, elle doit aussi traduire l’intention de l’artiste. Une ligne peut suivre une forme, créer une tension ou ouvrir un passage de lumière. Le tracé est donc à la fois un plan de fabrication et une partie visible de l’œuvre achevée.
Le choix de la coloration intervient ensuite. Les verres soufflés, moulés ou fabriqués selon des procédés différents possèdent des nuances, des épaisseurs et des transparences particulières. L’atelier travaille avec des verres qui peuvent diffuser la lumière, la filtrer ou la réfléchir. Une même couleur change selon son épaisseur et son voisinage. La décision ne porte pas seulement sur une teinte : elle concerne la manière dont le soleil, l’éclairage intérieur et le regard traverseront le panneau.
La coupe du verre demande de suivre le dessin avec précision. Le verrier choisit un morceau en fonction de sa couleur, de sa texture et de son orientation, puis le découpe pour qu’il s’inscrive dans le tracé. Une coupe trop éloignée de la ligne peut modifier la forme ; une pièce trop fragile peut compromettre l’assemblage. Les irrégularités du verre ne sont pas toujours éliminées, car elles participent souvent à la vibration de la surface. La main compose avec la matière disponible et avec les effets qu’elle souhaite préserver.
La peinture aux émaux permet d’ajouter des lignes, des ombres et des détails. L’émail est appliqué sur le verre puis fixé par une cuisson adaptée. Cette technique peut préciser un visage, une architecture, un feuillage ou une transition de couleur. La couche doit rester suffisamment fine pour accompagner la transparence et suffisamment stable pour durer. Le peintre verrier travaille avec la lumière qui traversera la matière, en tenant compte de la distance depuis laquelle le motif sera observé.
La gravure et le sablage modifient la surface du verre. Ils peuvent créer une zone mate, atténuer une transparence ou introduire un contraste avec une partie plus brillante. Un motif gravé accroche les rayons d’une manière différente d’une surface polie. Ces gestes offrent aux artistes une palette de textures qui dépasse la seule couleur. Le verre peut devenir doux, rugueux, translucide ou presque opaque selon la profondeur et la régularité du traitement.
Le sertissage au plomb assemble les pièces découpées dans un réseau souple et résistant. Chaque morceau est placé dans son profil, puis l’ensemble est ajusté avant les soudures. Le plomb dessine les contours mais assure aussi la cohésion du panneau. L’artisan doit contrôler les alignements, les angles et la tension générale. Une composition complexe peut demander de nombreuses reprises pour que les morceaux de verre se rencontrent avec justesse. La structure finale reste visible et fait partie du langage du vitrail.
L’assemblage sans plomb ouvre une autre voie. Le verre peut être réuni par des procédés qui donnent une apparence plus continue à la surface ou qui répondent à des exigences particulières de forme. Cette technique permet d’explorer des compositions contemporaines où les lignes de séparation ne jouent pas le même rôle que dans un vitrail traditionnel. L’atelier maîtrise plusieurs manières de construire un panneau et choisit celle qui correspond à la nature du projet, au verre et à l’effet recherché.
La pose et la dépose in situ demandent une préparation attentive. Un vitrail est une œuvre fragile et lourde dont les dimensions doivent être compatibles avec le bâtiment. Le démontage commence par la protection et l’identification des éléments. La pose doit ensuite respecter les supports, les jeux nécessaires et la relation entre le panneau et l’ouverture architecturale. Ces opérations prolongent le travail de l’atelier au-delà de la table de fabrication. Elles permettent à la création ou à la restauration de retrouver sa place dans l’édifice.
L’atelier a régulièrement mis son savoir-faire au service d’artistes contemporains. Marc Chagall, Joan Miró, Jacques Villon, Roger Bissière, Maria-Helena Vieira da Silva, Raoul Ubac, François Rouan, David Tremlett, Jean-Paul Agosti et Hans Erni figurent parmi les artistes associés à l’histoire de l’atelier. Chaque collaboration demande de traduire un langage visuel en verre, en lignes de plomb, en couleurs et en transparences. L’artiste apporte une vision ; les maîtres-verriers trouvent les moyens de la rendre présente dans l’architecture.
Les créations religieuses et profanes occupent des registres différents. Un vitrail destiné à un lieu de culte doit dialoguer avec une architecture, une lumière et un usage spirituel. Une œuvre conçue pour un espace public, une collection ou un intérieur peut s’appuyer sur d’autres rythmes et d’autres formats. Dans les deux cas, le verre ne se sépare pas du lieu. La composition est pensée pour être traversée par la lumière et rencontrée par des personnes qui se déplacent, s’arrêtent ou reviennent devant elle.
Le projet mené avec l’artiste Jean-Paul Agosti pour l’église du Sacré-Cœur de Genève illustre le travail d’une série de vitraux conçus pour un édifice. Quatorze vitraux ont été créés dans le cadre de ce projet. Une série de cette ampleur demande de maintenir une cohérence entre les panneaux tout en laissant à chacun sa fonction et sa respiration. La couleur, les transparences, les lignes et le rapport aux ouvertures composent une expérience qui se déploie dans l’ensemble du bâtiment.
L’Atelier Simon-Marq travaille également à la création de vitraux pour Notre-Dame de Paris avec l’artiste Claire Tabouret. Ce projet contemporain s’inscrit dans un édifice chargé d’histoire et demande de tenir ensemble la vision de l’artiste, les contraintes du lieu et la responsabilité patrimoniale. Le vitrail doit prendre sa place dans une architecture connue du monde entier sans reproduire les œuvres anciennes. La collaboration montre comment un atelier historique peut participer à une création actuelle dans un contexte monumental.
Les objets d’art en séries limitées prolongent l’expérience du vitrail à une autre échelle. Écrans de verre à poser ou à suspendre, ces pièces reprennent des principes de couleur, de transparence et de composition associés au travail des maîtres-verriers. Elles peuvent être regardées de près, déplacées dans un intérieur ou utilisées pour structurer un espace. Le format réduit permet de rencontrer le verre autrement, sans perdre la relation entre matière, lumière et dessin qui caractérise un panneau architectural.
Le verre soufflé à la bouche produit par la verrerie de Saint-Just occupe une place particulière dans l’univers de l’atelier. Ses irrégularités, ses nuances et ses épaisseurs donnent aux vitraux une profondeur différente d’un verre parfaitement industriel. Les bulles, les variations de surface et les écarts de couleur peuvent enrichir la lumière qui traverse le panneau. L’atelier choisit les verres en fonction de la création et de la restauration, avec une attention portée à leur caractère et à leur comportement dans l’architecture.
Les visites de l’atelier permettent de découvrir les gestes, les outils et la relation entre les étapes. Une personne peut suivre le passage du dessin à la coupe, observer les peintures aux émaux, comprendre le rôle du plomb et voir comment un panneau se prépare avant sa pose. Cette découverte rend visible un métier qui associe dessin, chimie des émaux, coupe, assemblage, soudure et installation. La visite montre aussi que le vitrail est un travail d’équipe, où plusieurs compétences se répondent autour d’une même œuvre.
À Reims, l’Atelier Simon-Marq réunit quatre siècles d’histoire, la restauration de vitraux anciens et la création contemporaine. Le dessin du tracé, le choix de la coloration, la coupe du verre, la peinture aux émaux, la gravure, le sablage, le sertissage au plomb, l’assemblage sans plomb et la pose forment une chaîne de savoir-faire cohérente. Les collaborations avec des artistes, les projets religieux, les interventions patrimoniales et les objets d’art en séries limitées montrent la diversité du métier. La lumière traverse chaque réalisation, mais elle révèle surtout la rencontre entre une architecture, une matière et la main du verrier.