À Rennes, en Bretagne, l’Atelier SiO est un atelier de création, de restauration et de recherche consacré à l’art et à la technique du vitrail. Valentine Tanné Lenglen, artisane maître verrier et plasticienne, a créé l’atelier en 2017. Elle conçoit et réalise des projets personnels et des commandes en mobilisant des techniques ancestrales et contemporaines, à froid comme à chaud. Son travail explore la relation entre le verre, la lumière, la couleur, l’image et l’architecture.
La création sur commande commence par une réflexion sur le lieu. Une fenêtre, une cloison, une porte ou une installation artistique ne reçoit pas la même réponse selon son orientation, ses dimensions et la lumière qui la traverse. Le dessin peut chercher la transparence, la profondeur, le contraste ou une circulation particulière du regard. Le projet se construit avec des choix de verres, de textures, de lignes et de techniques qui doivent rester cohérents avec l’espace.
Le vitrail traditionnel repose sur l’assemblage de pièces de verre et sur une structure qui les maintient. La découpe suit un dessin préparatoire, puis chaque morceau est ajusté avant le montage. La lumière devient alors un matériau de composition : un verre coloré peut créer une tache lumineuse, un verre texturé peut diffuser les contours, un verre plus dense peut renforcer une zone sombre. La ligne du plomb ou de l’assemblage ne sert pas seulement à tenir la pièce ; elle participe au rythme et à la lecture de l’œuvre.
SiO s’intéresse aussi au travail du verre à froid. La peinture sur verre permet d’ajouter un dessin, un lettrage ou une trame à une surface transparente. Le projet « Punition », réalisé en 2017, utilise un lettrage peint répété à l’infini. Valentine Tanné Lenglen a appliqué la peinture à la plume sur un verre de la verrerie Saint-Just. La grisaille noire traditionnelle a ensuite nécessité une cuisson à 585 degrés. Le format de 30 par 45 centimètres donne à cette répétition une présence graphique qui se transforme selon la distance et la lumière.
La grisaille est une peinture spécifique du vitrail. Elle permet de déposer des ombres, des contours ou des détails sans couvrir entièrement la transparence du verre. La plume, le pinceau et la densité de la matière modifient l’épaisseur du trait. La cuisson fixe la peinture et demande une préparation précise. Une température mal adaptée ou une couche trop épaisse peut changer le résultat. La maîtrise de cette étape relie le dessin, la chimie de la peinture et les contraintes du four.
Le travail à chaud ouvre d’autres possibilités. Le verre peut être transformé par la chaleur, fusionné, recuit ou associé à des effets de surface qui n’existent pas dans un assemblage traditionnel. Une recherche peut porter sur la manière dont une matière se déforme, accroche la lumière ou conserve la trace d’un geste. La technique choisie dépend de la forme recherchée et du comportement du verre. Le temps de chauffe et de refroidissement fait partie intégrante de la création, car le recuit permet de réduire les tensions dans la pièce.
L’atelier présente des recherches au cyanotype sur verre. Ce procédé met en relation une image, une préparation photosensible et une surface vitrée. La lumière imprime un motif ou une silhouette et produit des nuances caractéristiques. Utilisé dans un projet de vitrail contemporain, le cyanotype peut faire apparaître une mémoire végétale, une forme documentaire ou une composition plus abstraite. Il ne remplace pas les techniques traditionnelles : il les complète en apportant une autre manière de travailler l’image et la transparence.
La restauration constitue un axe régulier de l’activité. Un vitrail ancien doit être observé avant toute dépose ou intervention. Les plombs, les soudures, les verres, les barlotières et le support peuvent avoir évolué de manière différente. Une fissure n’a pas la même origine qu’une déformation ; un verre manquant ne se remplace pas comme une pièce simplement encrassée. Le restaurateur repère les traces, documente la composition et choisit une intervention compatible avec l’histoire du panneau.
La restauration d’une rosace du monastère de Beaufort figure parmi les projets présentés par SiO. Une rosace concentre des contraintes particulières : la forme rayonnante, les différences de poids et la relation entre le centre et les bordures demandent une lecture attentive. Le chantier implique de repérer chaque panneau, de protéger les verres et de conserver l’organisation de l’ensemble. La restauration permet de retrouver une lecture lumineuse sans effacer les marques qui témoignent de la vie du monument.
Une restauration peut aussi concerner une baie plus récente ou un vitrail dont les plombs ont perdu leur rigidité. Le panneau est alors examiné dans son contexte : exposition, mouvements du bâtiment, humidité et accès pour l’entretien. Le nettoyage doit rester mesuré afin de ne pas attaquer une patine ou une peinture ancienne. Lorsque des verres sont cassés, le choix d’un complément tient compte de la couleur, de la texture et de la place de la pièce dans la composition.
SiO réalise des projets personnels et des commandes publiques. Une commande publique présentée à Saint-Brieuc en 2020 comprend une première partie et une seconde partie, avec une installation intitulée « Planktòs ». Ce type de projet demande de penser la relation entre une œuvre, un lieu et un public. Les dimensions, la visibilité, la sécurité et les conditions de pose doivent être prévues dès la conception. Le verre devient une présence artistique inscrite dans un espace partagé, plutôt qu’un simple décor appliqué à une fenêtre.
L’atelier travaille également sur des œuvres contemporaines et des installations. Une sculpture, une applique murale, une frise ou une composition suspendue peut jouer avec les ombres projetées et les variations de la lumière naturelle. Le verre est alors observé sous plusieurs angles, à différents moments de la journée. Une couleur qui paraît dense en atelier peut devenir presque transparente devant une source lumineuse. La conception doit donc intégrer les changements d’éclairage et la distance depuis laquelle l’œuvre sera regardée.
La recherche de Valentine Tanné Lenglen associe l’image et le geste. Le verre peut recevoir une peinture, un motif, une empreinte ou une structure qui modifie sa surface. Les projets « Respire », « Ambivalence », « Pattern Urbain » et les séries de vitraux contemporains présentées dans la galerie témoignent d’une exploration de thèmes et de formats variés. Les titres et les années permettent de suivre l’évolution d’une démarche qui ne se limite pas à une seule technique.
La conception d’un vitrail commence par des échanges concrets. Le client peut présenter une photographie, un plan, une intention de couleur ou une contrainte d’intimité. L’atelier propose une direction artistique en tenant compte de la lumière, des supports et du budget. Un projet de restauration s’appuie sur des photographies de l’état initial, une description de l’histoire de la pièce et une observation des accès. Cette préparation rend possible un devis et un calendrier adaptés à la nature du travail.
La pose est une étape où le verre rencontre l’architecture. Un panneau intérieur peut être monté dans une feuillure ou une cloison ; une verrière extérieure doit résister aux variations de température et aux mouvements du bâtiment. Les fixations, les joints et les protections sont choisis en fonction du contexte. Une pose réussie doit maintenir le vitrail sans contrainte excessive et permettre un entretien futur. L’atelier accompagne cette phase pour préserver à la fois l’œuvre et le lieu qui l’accueille.
L’atelier SiO reçoit les visiteurs sur rendez-vous. Cette organisation permet de présenter les projets en cours, les essais de verre, les outils et les œuvres disponibles dans la galerie. Un échange avec la créatrice aide à comprendre la différence entre une restauration, une création sur mesure et une recherche personnelle. Il permet aussi de préciser le délai, le mode de pose et la manière dont la lumière sera perçue dans l’espace.
La Bretagne constitue un terrain fertile pour les projets de vitrail, entre patrimoine religieux, architecture civile et création contemporaine. À Rennes, SiO dialogue avec cet environnement sans se limiter à une reproduction des modèles anciens. Les techniques de plomb, de peinture, de cyanotype et de verre à chaud sont mobilisées selon le projet. La restauration conserve les traces d’une œuvre ; la création imagine une nouvelle relation entre lumière et espace ; la recherche teste des procédés qui élargissent le vocabulaire du verre.
À Rennes, l’Atelier SiO propose ainsi une pratique complète du vitrail. Créé en 2017 par Valentine Tanné Lenglen, il associe commandes, installations, restauration et recherche plastique. Les œuvres présentées vont du vitrail traditionnel à la peinture sur verre, du cyanotype à des projets publics comme « Planktòs ». Chaque réalisation se construit autour de la matière, de la lumière et du lieu. Le verre devient une surface sensible qui peut conserver une mémoire, filtrer un paysage, accompagner une architecture ou prendre la forme d’une œuvre autonome.