Atelier & professionnel

Atelier Skald — lyres et instruments historiques à Morlaix

Morlaix

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Morlaix, dans le Finistère, l’Atelier Skald développe une lutherie consacrée aux lyres, aux instruments historiques et aux créations inspirées par les musiques anciennes. Son domaine couvre l’Antiquité et le Moyen Âge, avec une attention particulière portée aux instruments qui ont laissé des traces dans les fouilles, les sculptures, les monnaies, les manuscrits ou les collections de musée. Le travail réunit trois dimensions qui se répondent : l’étude des objets et des représentations, la fabrication manuelle et la mise en jeu musicale. Cette combinaison donne naissance à des instruments qui ne sont pas seulement des pièces à regarder, mais des objets destinés à retrouver une forme, une matière, un geste et une voix.

La lyre occupe le centre de la démarche. Elle est abordée comme un cordophone dont il faut comprendre la construction, les proportions et les possibilités de jeu à partir d’indices souvent incomplets. Les artisans confrontent les données disponibles, échangent avec des spécialistes et s’appuient sur l’archéologie expérimentale pour avancer dans leurs restitutions. Cette méthode ne consiste pas à reproduire une silhouette de mémoire. Elle cherche à relier chaque choix de fabrication à un élément documenté : une forme de caisse, une essence de bois, une manière d’assembler les pièces, un type de chevalet ou une représentation ancienne. Lorsque les traces ne permettent pas de tout connaître, les propositions restent liées à ce que l’instrument peut raisonnablement suggérer.

La recherche porte notamment sur les instruments de l’Âge du Fer, de la période gauloise et du haut Moyen Âge. La lyre gauloise associée à la stèle de Paule, dans les Côtes-d’Armor, constitue un exemple notable. La sculpture, datée du premier siècle avant notre ère, montre un personnage portant un instrument. Sa précision a fourni un point d’appui pour étudier la forme possible d’une lyre armoricaine. L’Atelier Skald a participé à des travaux de numérisation en trois dimensions et de photogrammétrie afin de mieux exploiter les volumes et les détails de cette représentation. La création du Pôle de Recherche et d’Interprétation en Archéologie Expérimentale a ensuite permis de réunir des chercheurs autour de ces questions et de prolonger l’étude par des essais concrets.

Cette approche se retrouve dans la restitution de la lyre de Trossingen, retrouvée dans une sépulture mérovingienne du VIe siècle au sud de l’Allemagne. L’instrument conservé était réalisé dans un corps monoxyle d’érable, avec des gravures sur les bras et la table d’harmonie. Pour se rapprocher de sa facture, l’atelier a étudié des outils correspondant à la période et a réalisé plusieurs propositions avec des instruments reconstitués. Le résultat ne se limite pas à une apparence ancienne : les choix d’outillage, la manière de retirer la matière et la compréhension du corps de l’instrument participent à l’expérience. Une collection plus contemporaine, la collection Néo, transpose ensuite cette recherche dans des lyres électro-acoustiques susceptibles de rejoindre des pratiques musicales actuelles.

D’autres modèles élargissent ce parcours historique. Les collections réunissent des lyres rattachées à Oberflacht, Cologne, Sutton Hoo, Kravik, Hyllestad et à plusieurs traditions gauloises. La lyre d’Oberflacht renvoie à une nécropole fouillée à partir du XIXe siècle, où deux instruments avaient été retrouvés dans des sépultures riches. Les originaux ayant disparu, les photographies, les croquis et les rapports archéologiques deviennent des éléments essentiels pour reconstruire une hypothèse de travail. La lyre de Kravik offre un autre cas d’étude : son corps monoxyle en sapin, retrouvé en Norvège, a conservé des bras et un joug ouvragés, tandis que plusieurs éléments nécessaires au jeu n’ont pas été préservés. Ces lacunes rendent les décisions de lutherie particulièrement sensibles, car il faut faire parler les indices sans leur attribuer plus de certitude qu’ils n’en ont.

Dans l’espace de lutherie, les instruments naissent à côté d’un outillage contemporain et d’outils historiques reconstitués à partir de découvertes archéologiques. Gouges, ciseaux, scies, herminettes, pinces et planes servent à retrouver des gestes compatibles avec les périodes étudiées. Une forge complète ce dispositif : elle permet de fabriquer des outils dont la forme est rapprochée de pièces identifiées par les archéologues. La relation entre outil et matière devient ainsi une partie visible de la recherche. Le travail du bois se poursuit dans un espace de séchage où sont sélectionnées et préparées différentes essences, notamment le frêne, l’érable, le tilleul, l’aulne, le saule et le bouleau. Le choix d’une essence dépend de la pièce à réaliser, de la résistance recherchée, de la façon dont elle se travaille et de l’effet attendu sur l’instrument.

La facture ne s’arrête pas aux restitutions. L’atelier réalise aussi des instruments historiques avec adaptation et des créations originales. Une adaptation peut conserver une silhouette ou une logique ancienne tout en répondant à une pratique musicale actuelle. Une création, elle, peut partir d’une légende, d’un univers littéraire ou d’une rencontre entre plusieurs familles d’instruments. La harpe-lyre Gaëlia illustre cette liberté : elle associe les principes de la harpe et de la lyre, utilise de l’amarante et intègre un système électro-acoustique spécialement conçu. La collection Legendary Origin explore de son côté des instruments liés à des imaginaires comme ceux de Jules Verne, Tolkien ou la matière celtique. La collection Animal Spirit fait entrer la sculpture, l’incrustation et le symbolisme dans le décor de l’instrument.

Chaque commande peut donc prendre une direction différente. Un musicien intéressé par une lyre historique cherchera une relation étroite avec un modèle ancien et avec son contexte. Un conteur pourra privilégier un instrument qui accompagne la voix et soutient le récit. Une compagnie de reconstitution aura besoin d’un objet cohérent avec une époque, un personnage ou une scène. Un musée pourra demander une pièce destinée à une vitrine, une démonstration ou une médiation. Une structure de recherche pourra s’intéresser aux conditions de fabrication et aux hypothèses sonores. Le travail sur mesure permet de préciser le format, le décor, la fonction et le type de jeu sans réduire la lyre à un simple objet décoratif.

La dimension musicale est indissociable de la fabrication. Les démonstrations instrumentales mettent en regard plusieurs lyres, des modèles gaulois jusqu’aux instruments du haut Moyen Âge, avec des récits et des explications liées à l’histoire de la musique. Les conférences s’appuient sur plusieurs années de recherche et d’expérimentation pour présenter des instruments reconstitués et faire entendre des sonorités qui ne sont plus familières. Des expositions peuvent réunir instruments, outils reconstitués et panneaux explicatifs. Cette médiation rend sensible le lien entre un fragment archéologique, un choix de matière, un geste d’artisan et la musique qui en résulte.

La transmission passe aussi par la pratique. L’Atelier Skald a développé la Lyre Academy, dont la pédagogie s’appuie sur un système de tablature et sur plusieurs façons d’utiliser l’instrument : accompagner un récit, jouer en ensemble, interpréter, créer et improviser. Les stages et masterclass s’adressent aux débutants comme aux musiciens qui souhaitent approfondir leur jeu. Les thématiques peuvent être travaillées individuellement ou en groupe, pour des adultes et des enfants. Des interventions scolaires ont également été conçues pour relier l’histoire, la fabrication et la pratique musicale. Des enfants peuvent ainsi découvrir la lyre par l’écoute, participer à une construction collective et comprendre qu’un instrument ancien devient pleinement vivant lorsqu’il est joué.

La location constitue une autre manière d’entrer dans cet univers. Des lyres sont proposées sur des durées d’un mois, de quinze mois ou de vingt-quatre mois, afin de permettre une première expérience avant une commande. Cette formule s’adresse aux particuliers comme aux professionnels qui veulent découvrir le toucher, la tenue et l’acoustique de l’instrument dans la durée. Elle peut convenir à une personne qui débute, à un musicien qui prépare un projet ou à une structure qui souhaite intégrer la lyre à une animation. L’essai donne le temps d’apprivoiser la position des mains, la relation entre les cordes et le geste d’accompagnement, puis de choisir plus précisément une direction de pratique.

La visite de l’atelier prolonge cette découverte par une rencontre avec les outils et les matières. Les portes ouvertes associent la présentation de la démarche à des démonstrations musicales. Les démonstrations artisanales montrent la fabrication d’un instrument dans un contexte inspiré de l’Âge du Fer ou du haut Moyen Âge, avec des outils reconstitués à partir de découvertes. Le public peut observer le travail du bois, comprendre pourquoi une forme est retenue et poser des questions sur la construction. Cette proximité rappelle que la facture instrumentale est une suite de décisions patientes : choisir une matière, préparer un outil, retirer peu à peu du bois, vérifier une proportion, puis écouter ce que l’objet devient.

À Morlaix, l’Atelier Skald donne ainsi une place singulière à la lutherie de recherche. Lyres gauloises, modèles mérovingiens, instruments médiévaux, adaptations électro-acoustiques et créations imaginaires appartiennent à un même ensemble, construit autour de la curiosité pour les sons anciens et de la précision du geste. L’atelier s’adresse à des musiciens, à des conteurs, à des collectionneurs, à des musées, à des compagnies et à tous ceux qui souhaitent comprendre ou pratiquer la lyre. Son travail relie patrimoine et création sans confondre les deux : les restitutions s’appuient sur des traces étudiées, tandis que les instruments originaux assument leur liberté. Le résultat est une facture d’instruments où l’histoire, la matière et la musique restent constamment en dialogue.

Métiers exercés

Traçabilité

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