À Paris, dans le 5e arrondissement, Anne-Maxence Moreau fait vivre l’Atelier Terre de Sel, consacré à la restauration d’objets d’art. La céramique et le verre occupent une place centrale dans sa pratique, avec une attention particulière portée à la porcelaine, à la faïence, au grès, à la terre cuite et au biscuit de porcelaine. L’atelier travaille aussi sur des objets en verre, pierre, ivoire, cire, résine et plâtre. Cette diversité permet de traiter aussi bien des pièces des arts de la table que des œuvres décoratives, des poupées de porcelaine ou des éléments de statuaire.
Le parcours d’Anne-Maxence Moreau commence par cinq années d’études à l’École de Condé, à Paris, dans la spécialité céramique et verre. Elle obtient le titre de conservatrice-restauratrice du patrimoine. Son travail de mémoire porte sur la restauration d’un corpus de figurines de Sèvres, ce qui lui apporte une expertise particulière sur le biscuit de porcelaine. La formation est ensuite complétée par une expérience de conservation au musée national de Sèvres, un séjour professionnel à Florence et un apprentissage du Kintsugi. Ces étapes réunissent approche historique, observation des matériaux et pratique manuelle.
La restauration commence par une réflexion sur ce que l’objet doit devenir après l’intervention. Une pièce de collection peut demander une réparation discrète, une œuvre de famille peut retrouver une continuité visuelle, tandis qu’un objet décoratif peut assumer les traces de sa cassure. L’Atelier Terre de Sel présente des interventions personnalisées, réversibles et conçues pour rester stables dans le temps. Le projet est donc défini en fonction de la matière, de l’état de l’œuvre, de son usage et du résultat recherché, sans appliquer le même niveau de restitution à toutes les pièces.
La conservation intervient avant même la réparation visible. Stabiliser une œuvre, protéger sa surface et contrôler son environnement peuvent éviter de nouvelles altérations. L’atelier commence par un nettoyage complet des objets confiés. Les anciennes restaurations jaunies ou encrassées peuvent être retirées lorsqu’elles nuisent à la stabilité ou masquent la surface originale. Le nettoyage doit être conduit avec mesure : une peinture, une glaçure, une dorure ou une matière poreuse ne réagit pas de la même façon à une action mécanique ou à un produit.
Le collage fait partie des opérations de conservation. Les fragments doivent être rapprochés avec précision et réunis avec des adhésifs stables, écologiques et réversibles. La ligne de cassure, l’ajustement des bords et la solidité de l’ensemble sont observés avant de passer aux étapes suivantes. Un collage ne se résume pas à maintenir deux morceaux ensemble. Il prépare parfois le comblement d’un manque, la remise en forme d’une surface et la retouche finale. Si les fragments sont incomplets, l’atelier peut proposer une intervention différente ou s’arrêter au niveau qui correspond au projet.
Lorsque la surface a été nettoyée et les fragments réunis, les manques peuvent être comblés. Le matériau ajouté doit suivre la forme de l’objet et retrouver une texture compatible avec ce qui est conservé. Pour une porcelaine fine, une petite lacune peut interrompre un décor ou modifier la lecture d’un volume ; sur une faïence, une différence de relief et de couleur peut attirer le regard ; sur une statue, un élément absent peut déséquilibrer la silhouette. Le comblement répond ainsi à la fois à une question de solidité et à une question de lisibilité.
La retouche colorée et le vernissage interviennent après la remise en forme. L’Atelier Terre de Sel utilise des peintures et des pigments stables dans le temps, travaillés pour retrouver la couleur et la texture de l’œuvre originale. Deux niveaux de restitution sont proposés : l’intervention illusionniste, dite invisible, et l’intervention muséale, très discrète mais légèrement visible. Dans le premier cas, l’objectif est de rapprocher fortement la surface restaurée de l’état antérieur. Dans le second, la zone complétée reste identifiable à un regard attentif, tout en s’intégrant à l’ensemble.
Les étapes sont progressives. L’atelier indique envoyer des photographies de l’objet au fil de la restauration afin que la personne puisse suivre l’évolution et décider si le niveau atteint lui convient. Il est alors possible d’arrêter le travail après une consolidation ou un comblement, ou de poursuivre vers une finition plus discrète. Cette progression laisse une place à la décision du propriétaire et évite de réaliser une retouche plus poussée lorsque la pièce a déjà retrouvé une présence satisfaisante.
Le biscuit de porcelaine constitue un domaine particulièrement délicat. Cette matière non émaillée possède une surface douce et mate, où les petites variations de teinte ou de texture peuvent se remarquer. Le portfolio de l’atelier présente plusieurs figures et groupes en biscuit, dont un putto figurant l’hiver, un groupe allégorique représentant l’été, une rose de biscuit de porcelaine de Sèvres et un bénitier avec la Vierge aux anges. Une restauration doit tenir compte de la finesse des volumes, des reliefs et de l’aspect propre à cette porcelaine sans émail.
Les pièces en faïence et en grès offrent d’autres situations. Le portfolio présente un carreau en barbotine de la maison Gilardoni, un vase en grès peint à froid, un pichet en grès et un vase flammé en grès. Sur un objet décoré, le nettoyage peut révéler un motif ou une couleur qui était assombri par des dépôts. Sur une pièce peinte à froid, la retouche doit respecter la différence entre le décor et le support. Un carreau intégré dans une cheminée ou une boiserie demande en plus de considérer la pose, l’assemblage et la relation entre l’objet et son environnement.
La statuaire et les objets décoratifs font également partie des réalisations montrées. Une figure en porcelaine de Meissen, des plaques en terre cuite ou en plâtre, une croix occitane, une fontaine à thé et des objets en porcelaine témoignent de formes et de matières variées. Une statuette peut avoir un élément manquant, une base fragilisée ou une cassure qui traverse un relief. Un objet creux peut nécessiter une attention particulière à ses parois. L’intervention cherche à rendre l’œuvre stable et compréhensible, en respectant ses volumes et son décor.
Le Kintsugi propose une relation différente à la fracture. Cette technique japonaise met en valeur les cassures, les manques et les fissures en les recouvrant d’or. L’Atelier Terre de Sel associe cette pratique à la philosophie du Wabi-Sabi, qui considère l’usure et l’imperfection comme une part de l’histoire de l’objet. La réparation ne cherche plus à faire disparaître la ligne de rupture : elle l’intègre à une nouvelle esthétique. Une pièce peut ainsi garder la mémoire de son accident et recevoir une finition dorée qui attire le regard sur le chemin de la cassure.
Le Kintsugi proposé par l’atelier s’appuie sur des laques issues de l’urushi et sur des matières naturelles. Leur séchage demande du temps, car chaque étape peut nécessiter une à deux semaines et le traitement complet d’un objet s’étend sur une période annoncée d’un à deux mois. La technique peut constituer une restauration complète ou une finition décorative. Pour une pièce destinée à l’alimentaire, le site distingue la pratique traditionnelle avec des laques naturelles durcies par l’humidité d’une finition décorative. Le choix doit donc être accordé à l’usage envisagé et au type de résultat souhaité.
L’atelier présente aussi des exemples concrets de Kintsugi sur un couvercle de beurrier en porcelaine, à côté d’une restauration invisible sur un cache-pot en porcelaine et d’un simple collage sur une pièce Imari en porcelaine japonaise. Ces trois cas montrent que des objets proches par leur matière peuvent recevoir des traitements très différents. Une réparation dorée peut devenir le caractère principal de la pièce ; une restauration invisible peut privilégier la continuité d’un décor ; un collage peut suffire lorsque les fragments s’ajustent et que l’état de l’objet le permet.
La conservation ne s’arrête pas lorsque l’objet quitte l’atelier. Anne-Maxence Moreau donne des conseils sur l’environnement adapté, la manière de limiter l’empoussièrement et les gestes de nettoyage à employer ensuite. Le transport est également préparé avec des matériaux qui évitent de rayer l’objet ou d’endommager la restauration. Cet accompagnement est utile pour une pièce fragile, une statuette en biscuit, un vase en porcelaine ou un objet dont les fragments ont été réunis récemment. Une œuvre restaurée doit pouvoir être manipulée et présentée dans des conditions compatibles avec sa nouvelle stabilité.
Le portfolio mentionne plus de 60 œuvres restaurées et présente des pièces issues de domaines variés. Le parcours professionnel détaille notamment une intervention sur une statue de l’Immaculée Conception et plusieurs vases du Second Empire pour la Fondation Eugène Napoléon. Il présente aussi des chantiers liés à la Maison Gilardoni, au musée national de céramique de Sèvres et à l’unité d’archéologie de la ville de Saint-Denis, en collaboration avec l’Inrap, pour des collections de verres du XVIIe au XIXe siècle. Ces expériences relient objets privés, patrimoine, archéologie et collections publiques.
Un chantier décrit pour une cheminée du XIXe siècle porte sur la reconstitution de dix-huit carreaux en barbotine. La dépose, la restauration et la repose de carreaux installés dans des boiseries demandent de travailler sur l’objet tout en tenant compte de son emplacement. Les carreaux ne sont pas seulement des éléments isolés : leur dessin, leur alignement, leurs joints et leur rapport au bâti participent à la lecture de l’ensemble. Cette approche peut être adaptée à des œuvres décoratives intégrées dans un meuble, une cheminée ou un aménagement intérieur.
Pour solliciter l’Atelier Terre de Sel, il est utile de transmettre des vues générales de l’objet, des détails des cassures, les dimensions approximatives et les fragments conservés. L’histoire connue de la pièce, son matériau supposé, une ancienne réparation et son usage futur peuvent orienter le premier échange. Une restauration de collection, une réparation d’un objet familial et un Kintsugi décoratif ne conduisent pas au même protocole. Le devis et la proposition d’intervention doivent donc être construits à partir de l’œuvre réelle et du degré de restitution souhaité.
À Paris, Anne-Maxence Moreau réunit formation de conservatrice-restauratrice, spécialité céramique et verre, travail sur le biscuit de porcelaine, conservation préventive et pratique du Kintsugi. L’Atelier Terre de Sel intervient sur la porcelaine, la faïence, le grès, la terre cuite, le verre et plusieurs matériaux associés. Nettoyage, collage, consolidation, comblement, retouche et vernissage peuvent être combinés selon l’état de la pièce. De la réparation discrète à la cassure soulignée par l’or, chaque choix cherche à protéger l’objet et à respecter la place qu’il occupe dans une collection, un intérieur ou une mémoire familiale.