À Mahéru, dans l’Orne, Anne Elisabeth Gillot dirige l’Atelier Théus, un atelier consacré à la reliure et à la restauration des livres. Elle y élabore et façonne à la main tous types de reliures, tout en intervenant sur le patrimoine confié par les particuliers et les institutions. Son activité s’est construite après des études de Lettres, un CAP et vingt années d’expérience, dont quatre passées à l’Atelier Laurenchet. L’entreprise a été créée dans l’Orne en 2011. Cette trajectoire associe une pratique manuelle précise à une attention soutenue pour l’histoire, la structure et l’usage de chaque ouvrage.
La reliure ne consiste pas seulement à recouvrir un livre. Elle organise les cahiers, protège les feuillets et permet au volume de s’ouvrir, de se refermer et de rester consultable au fil du temps. Le choix de la structure dépend du format, du papier, de l’épaisseur, de la fréquence de lecture et de la valeur affective ou patrimoniale du document. Un ouvrage récent, un livre ancien, un registre administratif, un album ou un livre d’artiste n’appellent pas forcément les mêmes gestes. Le travail commence donc par une écoute du projet et par l’observation de l’objet avant de retenir une solution.
L’Atelier Théus accueille des demandes de reliure traditionnelle comme des projets plus personnels. La reliure peut donner une protection durable à un ouvrage dont la couverture est fatiguée, réunir des feuillets épars ou accompagner un livre créé par son auteur. Elle peut aussi contribuer à la conservation d’un document qui doit être transmis, consulté ou conservé dans une bibliothèque. La main de la relieuse intervient dans la préparation, l’assemblage et la finition, avec une recherche d’équilibre entre solidité, confort d’ouverture et présence visuelle.
La restauration des livres demande une démarche différente de celle d’une fabrication neuve. Un volume ancien porte les marques de son parcours : une couverture peut être usée, le dos peut s’être détaché, des coutures peuvent avoir perdu leur tenue et des papiers peuvent être fragilisés par les manipulations. Avant de décider, il faut distinguer ce qui appartient à la construction d’origine, ce qui relève d’une réparation plus récente et ce qui menace réellement la conservation. L’intervention vise alors à stabiliser l’ouvrage et à lui rendre un usage, en respectant autant que possible ses matériaux et son caractère.
Les techniques de reliure répondent à des situations variées. Une reliure classique peut protéger un livre de bibliothèque ou un ouvrage de collection. Une reliure de conservation peut privilégier la retenue et la réversibilité lorsque les éléments anciens doivent rester lisibles. Une reliure de création peut au contraire donner une place plus grande à la composition, au choix des matières et aux effets de surface. La structure, la couvrure et le décor sont pensés ensemble afin que le résultat ne soit pas séparé du contenu du livre.
Les matériaux jouent un rôle essentiel dans cette recherche. Papier, toile, cuir, fil, carton et matériaux de protection ne réagissent pas de la même manière aux variations de manipulation et d’environnement. Leur épaisseur, leur souplesse et leur grain influencent la tenue du plat, la mobilité du dos et la sensation lorsque le livre est ouvert. Pour un ouvrage consulté régulièrement, l’ouverture et la résistance peuvent passer au premier plan. Pour un volume conservé dans une bibliothèque, la discrétion et la protection des parties sensibles peuvent guider les choix. L’expérience de la relieuse permet de mettre ces paramètres en relation avec le projet présenté.
La restauration peut concerner un patrimoine familial aussi bien qu’un document conservé par une bibliothèque ou une mairie. Un registre, un recueil de correspondances, un ouvrage transmis entre générations ou un livre acheté chez un libraire ancien n’a pas la même histoire ni le même usage. Les particularités de chaque pièce sont prises en compte : pagination, format, couture, couverture, annotations, illustrations et éléments qui accompagnent le texte. La reliure doit protéger ces traces sans effacer ce qui donne au document sa valeur.
Les professionnels de la librairie ancienne, les décorateurs et les industriels font partie des publics cités par l’Atelier Théus. Leurs demandes peuvent porter sur des ouvrages destinés à la vente, à la présentation, à une bibliothèque d’entreprise ou à un projet d’aménagement. Dans ce contexte, la relieuse doit comprendre les contraintes de manipulation, de transport et de présentation. Le choix d’une finition ne repose pas uniquement sur son aspect : il doit correspondre au rôle du livre, à son environnement et à la manière dont il sera utilisé après le travail.
Les particuliers peuvent également confier un ouvrage auquel ils sont attachés. Un livre de famille, un carnet d’écriture, un album ou une édition reçue en héritage peut retrouver une forme stable et une place durable dans la maison. Le projet peut rester sobre, avec une couvrure choisie pour sa résistance et sa facilité d’entretien, ou prendre une dimension plus expressive grâce à une couleur, une texture ou un décor. L’échange permet de définir ce qui doit être préservé, ce qui peut être transformé et la place que le livre occupera dans la vie de son propriétaire.
Le travail sur des livres neufs ou sur des feuillets préparés ouvre d’autres possibilités. La reliure peut accompagner un auteur, un artiste ou une personne qui souhaite transformer un ensemble de textes et d’images en objet durable. Les pages peuvent être organisées selon une structure adaptée à leur contenu, avec une attention portée à l’ouverture et à la consultation. Une couverture bien proportionnée protège le papier tout en donnant au volume une identité. Dans une reliure de création, les choix de matière et de couleur prolongent le projet sans prendre la place du texte ou des images.
La connaissance des matériaux se nourrit aussi des échanges avec d’autres métiers d’art. Anne Elisabeth Gillot cite parmi ses interlocuteurs des imprimeurs, papetiers, ébénistes, encadreurs, calligraphes, graphistes, doreurs, gainiers, luthiers, dentellières, designers et relieurs. Ces rapprochements rappellent que le livre se situe au croisement de plusieurs savoir-faire. Un papier peut être conçu par un artisan, imprimé par un autre, puis relié dans une structure qui en révèle le format et la texture. La qualité du résultat dépend alors de la compréhension des étapes qui précèdent et qui suivent la reliure.
La restauration du patrimoine écrit demande de la patience. Les opérations sont menées dans un ordre qui évite de fragiliser davantage le volume. Les éléments qui se détachent doivent être identifiés, les feuillets remis en relation et les parties solides préservées avant d’ajouter une réparation. Une surface ancienne ne doit pas être traitée comme un matériau neuf : sa souplesse, sa couleur et ses déformations renseignent sur son histoire. Le rôle de la relieuse consiste à rendre le livre manipulable tout en conservant une lecture honnête de ce qui a été transmis.
Le choix d’une reliure peut également répondre à un besoin de classement. Des documents accumulés au fil des années risquent de se disperser ou de s’abîmer lorsque leur assemblage n’est plus adapté. Une structure conçue pour leur format peut faciliter la consultation et la conservation, sans masquer les informations présentes sur les pages. Le propriétaire peut ainsi retrouver un ensemble cohérent, plus simple à manipuler et mieux protégé contre les frottements, les pliures et les déchirures liées à un stockage inadapté.
L’Atelier Théus s’inscrit dans un territoire rural de l’Orne tout en travaillant pour des clients en Normandie et à Paris. Cette ouverture géographique est liée à la nature des objets confiés : un livre peut être envoyé, déposé ou présenté lors d’un échange préparatoire, tandis qu’une collection ou un ensemble documentaire demande parfois une organisation particulière. La relation se construit autour des informations utiles sur le volume, de photographies lorsque cela est pertinent et d’un examen permettant d’évaluer l’état réel du livre. Les modalités sont ensuite définies en fonction du travail à entreprendre.
Les études de Lettres suivies par Anne Elisabeth Gillot donnent une place particulière au contenu des ouvrages. Comprendre un texte, un document ou une série de volumes aide à percevoir ce que la reliure doit protéger. Un livre ancien n’est pas uniquement un assemblage de matériaux : il porte une mémoire, une organisation et parfois des indices sur les personnes qui l’ont consulté. Le geste artisanal s’appuie sur cette relation entre le sens et la matière. La couture, la couvrure et la finition deviennent les moyens de prolonger la vie du document.
L’Atelier Théus s’adresse aussi aux bibliothèques et aux mairies, pour lesquelles la conservation des documents peut représenter un enjeu de transmission. Les registres, recueils et ouvrages patrimoniaux doivent rester identifiables et consultables, parfois après plusieurs décennies de manipulation. Une intervention proportionnée peut renforcer leur structure et limiter les dégradations sans transformer leur apparence au-delà de ce qui est nécessaire. Les choix techniques sont ainsi mis au service de la durée, de la lisibilité et de l’usage collectif.
À Mahéru, Anne Elisabeth Gillot réunit la reliure façonnée à la main, la restauration de livres et une connaissance construite par la formation et l’expérience. L’Atelier Théus accompagne les particuliers, les librairies anciennes, les décorateurs, les industriels, les bibliothèques et les mairies en Normandie et à Paris. Qu’il s’agisse de préserver un ouvrage ancien, de structurer un ensemble de documents ou de créer une reliure adaptée à un projet personnel, le travail commence par l’attention portée au livre lui-même : ses matériaux, son histoire, son contenu et la manière dont il doit continuer à vivre. Les échanges avec l’atelier se font sur rendez-vous, dans le respect du temps nécessaire à l’examen et à la réalisation.